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Vie. Livre troisième : Division Eidola par François Richard. Editions Le Grand Souffle.
https://www.legrandsouffle-editions.com/
François Richard, écrivain-musicien, livre le troisième volet de son Opera. Après L’asquation et Ÿcra percer à nuit le monde, voici Division Eidola. L’ensemble, encore inachevé, forme déjà une œuvre profondément initiatique, déroutante comme tout voyage dans les profondeurs de l’être qui nous rappelle que la langue et la grammaire fondent les architectures des mondes. Se plonger dans cette œuvre, c’est vivre une expérience intense du Verbe et renouer avec ce qui nous constitue, les sons, les lettres et les nombres.
Œuvre visionnaire, en ce sens qu’il conduit le lecteur dans des songes qui enseignent et des métaphysiques à la fois étrangères et familières, Vie veut rendre « vivant », soit davantage conscient de ce qui est, de ce qui n’est pas encore, de ce qui ne peut être. C’est en naviguant sur l’océan de la langue que le lecteur peut apprendre quels vents suivre et quels vents éviter.
Le texte recèle une dimension alchimique, transmutatoire :
« Ç’avait été l’apparition du Lion vert sous l’action de l’égrégore des gens de l’hirondelle. Le vitriol qui recouvre et aspire tout sauf l’or, laissant les gens aurifiés, relie dans la nuit le rayon vert du vitrail de la cathédrale de Chartres. »
La langue est interrogée afin de percevoir les mondes par tous les sens simultanément pour, pris de vertige, se laisser emporter à travers les portes du silence et découvrir que cette intrigue, car intrigue il y a, est celle qui anima les dieux du passé et qui réveille les dieux du futur.
Les sons et les mots ont leur propre vie, une autonomie créatrice qui nécessite une exploration de la plurivalence des symboles comme de la permanence des mythèmes qui glissent d’un temps à un autre, d’un mythe à un autre, conservant les arcanes et les sagesses.
Nous sommes en poésie, celle qui crée les mondes, nous sommes aussi dans le roman de nos narrations personnelles, ici traversées, reconnues en leur nature éphémère, pour aller se saisir de l’être en soi.
« L’ermite, vous savez l’ermite réfugié seul en haute montagne et qui semble camper un ancien combattant des ombres, hanté de pouvoirs persistants. Il participe aussi sans savoir aux très riches secondes dont je parle.
Il a vécu à creuser un tunnel jusqu’à sa tombe, à descendre tracer un labyrinthe sous la pangée de ses mains pleines de ciel. Arrivé là il a perçu que son sarcophage c’était la forme même de son labyrinthe.
Or lorsqu’il est sorti, enfin né à la mort qui le ceignait, il était dans la caverne en haut d’une très grande montagne. »
C’est un voyage dans l’intensité de la conscience, une conquête de cette liberté intrinsèque, voilée par les périphéries de l’expérience. Ici, l’expérience dissout l’expérience pour laisser libre la place, libre pour la vie :
« Ce voyage toujours, auquel les aèdes et leurs antiennes se réfèrent, quelle que soit la culture du monde qu’ils portent, est invariablement entrepris afin de restaurer le pouvoir de l’être dans le vivant, retrouver une âme perdue qui en a été comme exilée. »
Il ne faudrait pas prendre ce texte pour un brillant exercice de bravoure. Le texte est habité, salutairement hanté, sans doute comme son auteur qui se délivre en même temps qu’il livre. Nous pensons maîtriser le langage alors que nous baignons en lui comme le poisson en l’eau. Ce livre nous apprend à respirer sous l’eau.
Site de l’auteur : https://hefer.jimdofree.com/
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