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Les hypothèses du Guil suivi de L’impossible Conclusion par Odile Cohen-Abbas. Editions Unicité, 3 sente des Vignes, 91530 Saint-Chéron.
https://www.editions-unicite.fr/
Odile Cohen-Abbas possède la langue autant qu’elle est possédée par elle. De cette double possession, tantôt fusion, tantôt combat, naissent des textes qui troublent, envoûtent, exorcisent et révèlent.
Au commencement, la séparation, le morcellement, la dualité qu’il faut bien ingérer pour s’en libérer et naviguer dans les infinis. Les mots se font alors vaisseaux, des vaisseaux capables d’affronter les monstres remontés des abysses de la psyché.
« Deux croupes taurines à fort grossissement microscopique perçant des branches de bouleaux, deux taches neuronales, deux spectres, deux points infimes du verbe nocturne qui prospecte, deux figures oniriques masquées, casquées, Irèle tout juste neurale – au stade crucial de la neurula – et le minotaure embryonnaire, sculpture mobile d’un impossible ban, versent leur trot de simulacres paisibles dans un rêve bégayant sous les pariétaux du Guil endormi. Alentour les arbres entiers sont au trot et certaines couches peu profondes de la terre les imitent. »
Odile Cohen-Abbas compose avec les mots de véritables machines anatomiques afin de mieux disséquer l’expérience humaine, banale ou extrême, ouvrant des intervalles jusqu’alors cachés, autant de portes sur des mondes plus réels que le nôtre pour mieux reconnaître cette vieille amie, la mort, et la prendre pour guide.
« La force justifiée qui tranche dans le fond, dans la trésorerie de la psyché utérine, transgressive du
Shéol,
qui tranche dans l’unique trésor, l’unique état d’âme du
Shéol
qui achève le travail de la mort, qui achève la lecture proto-aquatique sur le corps des morts, l’unique force justifiée, sanctionnée dans les violences de la psyché transgressive, proto-aquatique, électrocutant et re-magnétisée, qui accouche d’un prélèvement libre de morts, d’une ponction de morts logarithmique sur les morts, la psyché littéralement révulsée de transgression dans la crainte de l’accouchement, de la délivrance, l’âme utérine contre le corps âgé, son propre corps sénile de
Shéol,
qui favorise pourtant entre elle et lui, un prélèvement passif du pire crime, craintif de sa propre essence, de son propre testament, une interaction d’expulsion,
âme subversive de cette aire d’oubli, révulsée de violation, dans cette aire scindée du
Shéol,
dans la syntaxe d’un verset qui résiste, proprement en son deçà, inexistant… »
Odile Cohen-Abbas a un sens profond de l’expulsion, de l’exil, « exister » c’est, étymologiquement, être jeté dehors. Faire « le procès du séparateur » n’est qu’une étape pour reconquérir la forteresse où l’être est contraint et le libérer.
Il y a ce possible dit-elle : « 1. Remplacer « sexe d’or » par la monarchie de l’or. 2. Remplacer « sexe d’or » entre les jambes des mortes par la théocratie de l’or ». Vaincre la première mort, la deuxième, toutes les morts.
Ou cet autre qui conduit à la grande fluidité : marche – glissement – déposition – lieu – déroulement – désignation ou nom, encore et encore jusqu’à ce couronnement improbable.
Le langage est un puissant psychédélique, pas besoin de substances, il suffit de rendre aux mots leur liberté, ils se déposent, s’assemblent alors pour servir le jaillissement, la fulgurance de l’être.
« Est-ce le rêve d’un livre ?
Il faut prier pour le rêve.
Il faut prier pour le livre.
Est-ce rêve unique d’un livre ?
Est-ce rêve unique d’un unique livre ?
Prier pour le rêve
Prier pour le dernier rêve du livre
Et la douleur d’un rêve qui se détruit
Est-elle la même douleur pour un mauvais rêve ? »
Ici, ni allégorie, ni métaphore, ni parabole… Prenons le texte littéralement. Reste la question, qui rappelle : pas de pensée véritable sans douleur.
Théoriquement, ce livre est impossible à écrire. Et pourtant, il est, comme sa génitrice. Elle est. Elle engendre des mondes infinis car elle rend la langue féconde pour engrosser des rêves qui accouchent de mondes réels, plus réels que celui-ci, un simulacre. A force d’incantations et d’invocations, certaines inavouables, elle oblige les dieux et les démons à se soumettre à la langue, ouvrant ainsi le chemin de la liberté.
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