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Le Concile des oiseaux, Manteq ut-Tayr par ’Attâr de Nishâbur. Traduit et annoté par Manijeh Nouri. Editions La Tarente, Mas Irisia, Chemin des Ravau, 13400 Aubagne.

https://latarente.fr/

Œuvre majeure du patrimoine universel, littéraire et traditionnel, Le Concile des oiseaux appelle à une méditation infinie. Rédigé au XIIIe siècle par le soufi Farid ud-Din ‘Attâr de Nishâbur, ce long poème est un voyage initiatique particulièrement remarquable, un chef d’œuvre, au même titre que l’Odyssée d’Homère, la Divine comédie de Dante ou les Lusiades de Camões.

Dans sa préface, Mohammad Reza Shafi’i Kadkani, l’un des meilleurs spécialistes de ‘Attâr de Nishâbur, livre quelques clés de lecture afin d’approcher l’essence de ce texte sublime par sa beauté et sa profondeur. La traduction de Manijeh Nouri est totalement au service de l’une et de l’autre.

Guidé par une huppe, des oiseaux pèlerins s’engagent dans la quête du Simorgh, un roi caché dont ils découvriront la véritable nature après de multiples aventures, la traversée de sept vallées correspondant à sept stations de la quête initiatique. Amour, détachement, connaissance, émerveillement, non-séparation, vérité… sont nécessaires pour s’élever au sommet du mont Qaf et parcourir cette voie de reconnaissance de soi-même comme étant la divinité.

Le mot Manteq nous renvoie à la langue, à la fois clé de la connaissance et bain dans lequel nous vivons, et aussi à la logique, une « logique du cœur » si prisée du soufisme. Mohammad Reza Shafi’i Kadkani oriente avec beaucoup de justesse notre lecture du texte de ‘Attâr :

« Le regard de ‘Attâr sur l’homme, la quête du divin, l’amour, la beauté et la connaissance mystique est lumineux, toujours actuel, et peut vivement intéresser et passionner les hommes de notre temps.

Ainsi, lorsque ‘Attâr affirme :

Le langage du savoir jaillit comme le soleil,

          Le langage mystique est éternellement obscur.

Il énonce une profonde vérité. Il distingue bien la frontière entre le savoir de la raison scientifique et la connaissance mystique, et pourtant il affirme cela à l’époque prétendue « obscurantiste » du Moyen Âge ! Le langage du savoir pour lui est accessible à tout le monde ; à l’instar du soleil, il fait monter la clarté et la lumière. Le langage de la Connaissance mystique, de l’inspiration, de notre perception de la beauté, du sentiment de l’amour, de l’expérience religieuse, du divin, en revanche, relève plutôt de l’obscur. Dans ces domaines, l’homme ne peut jamais exprimer clairement sa perception et la transmettre simplement aux autres. »

Seule une poésie crépusculaire peut nous donner le pressentiment de notre véritable nature et nous guider sur le chemin qui conduit à sa réalisation. La maîtrise de la langue de ‘Attâr permet de faire apparaître l’invisible à travers les voiles opaques de l’ego et d’ouvrir une brèche vers l’infinie liberté.

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