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Samatha, la pratique de la sérénité par Alain Durel. Almora éditions. Groupe Guy Trédaniel éditeur, 27 rue des Grands- Augustins, Paris 75006, France.

http://www.dervy-almora.fr/

Alain Durel est écrivain et philosophe, grand voyageur dans les traditions et spiritualités du monde. Ce livre relève à la fois du carnet de voyage et de l’essai spirituel. Il se présente comme un journal de route, à la fois interne et externe.

Le voyage se déroule au Sri Lanka en 2024. Alain Durel connaît bien le Sri Lanka où il a étudié le bouddhisme theravāda. Cette fois, il se rend au monastère de la Forêt nommé Nā Uyana pour étudier et pratiquer la méditation samatha, ou « méditation de sérénité ». Alain Durel a déjà pratiqué vipassana. Il n’est pas en territoire inconnu. Il est l’auteur d’un ouvrage sur le sujet intitulé Anapanasati et Vipassana, publié au Relié.

Ce journal mêle témoignages, points géographiques et historiques et enseignements spirituels. Les rencontres sont centrales dans ce voyage, tant avec autrui qu’avec soi-même. La beauté y est très présente.

« Il est un stade où la beauté de l’amour et l’amour de la beauté se confondent dans l’expérience du plaisir suprême. Or, ce plaisir suprême n’est pas le résultat de l’acquisition d’un bien, fût-il Dieu, mais de la disparition de l’avidité, de la colère et de l’aveuglement, de toute idée d’un mien, d’un moi, d’un soi, de la disparition du monde comme représentation. »

Alain Durel restitue ses échanges et expériences avec le Vénérable Aryadassana. Le lecteur chemine à ses côtés au fil des rencontres avec ce « lion de la forêt ». Il nous introduit aux subtilités de la méditation samatha et indique les écueils ou obstacles à reconnaître et éviter.

« Le problème des méthodes de méditation, c’est qu’elles fixent des buts et, ce faisant, mettent le méditant en demeure de les réaliser. La méditation devient une « activité » alors qu’elle devrait plutôt tendre vers la passivité. Non pas une complète passivité, bien sûr, en tout cas pas au début, mais une passivité en ce sens que l’ego, l’agent, le « doer », comme disent les anglophones, doit progressivement s’effacer. Or, ceci n’est pas possible si on considère la méthode comme une carte d’état-major et la méditation comme un champ de bataille. »

La célébration de l’instant, le lâcher-prise, le renoncement au contrôle, l’attention ajustée, la non-exclusion, l’oubli de soi-même… Parfois c’est le vénérable qui enseigne, parfois un oiseau qui passe.

« Joie, paix, fraîcheur. Clarté diffuse et non concentrée. Il va falloir du temps pour abandonner la soif de résultats. Vivre dans cette beauté, ici et maintenant. Le désir de l’expérience nous fait quitter l’instant où tout se passe. »

Au fil de la lecture et de la découverte d’une tradition, le journal d’Alain Durel se fait un ami qui nous aide à dire oui à ce qui se présente, à la vie, au banal comme à l’incongru.

« Il arrive un moment, dit-il, où il faut lâcher prise complètement, c’est-à dire renoncer à toute exigence, à toute attente, à toute méthode. On doit trouver cette « sainte indifférence », chère à Pyrrhon, dans laquelle il n’y a plus de jugement ni de justification. Quoi qu’il arrive, quoi qu’il se passe dans l’esprit, cela n’a pas d’importance. Ici, on ne lutte plus, on ne résiste plus, on n’a plus de but et par conséquent on ne peut plus être frustré. »

Lâcher prise, lâcher aussi le lâcher prise, c’est bien de liberté qu’il est question tout au long de l’ouvrage. En annexe, Alain Durel propose un beau texte du canon pāli, le Cūlahatthipadopama Sutta (L’empreinte des pieds d’un grand éléphant).

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