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Le chien, le lion et le dragon, gardiens de nos tombeaux par Jocelyne Vigié. Editions Dervy, 19 rue Saint-Séverin, 75005 Paris, France.
L’art funéraire est souvent négligé. Si aujourd’hui les tombes de France sont d’un formalisme affligeant, ce ne fut pas toujours le cas.
Jocelyne Vigié est historienne, spécialiste de l’armement médiéval et de l’art funéraire médiéval. Elle a relevé la forte présence de trois animaux, le chien, le lion et le dragon, sur les tombes de France du XIe siècle au tout début du XVIe siècle.
Dans sa préface, Michel Pastoureau, qui a dirigé les travaux de l’auteur à l’EPHE, remarque à propos de l’intérêt marqué pour l’animal en général à l’époque médiévale :
« Il semble bien qu’en Occident, depuis le paléolithique, aucune autre époque ne l’ait aussi fréquemment et intensivement observé, pensé et mis en scène. Les animaux prolifèrent jusque dans les églises, où ils constituent une bonne part du décor et de l’horizon figuré – sculpté ou peint – que les moines, les prêtres et les fidèles ont quotidiennement sous les yeux. »
Saint Bernard s’en offusquera.
Afin de mieux cerner la présence, du chien du lion et du dragon sur les tombes médiévales, dans des postures qui plus est diverses, Jocelyne Vigié recherche dans le monde antique, dans l’univers biblique et dans la société médiévale, les sources qui permettent de définir leurs rôles, leurs fonctions et leurs symboliques propres.
Le chien est très ambivalent. Il peut être considéré comme impur (Grèce ancienne) ou comme sacré (le chien thérapeute d’Asclépios). L’Egypte le consacre comme dieu garant des rites funéraires sous la forme d’Anubis. L’époque médiévale le représente dans des scènes de chasse ou d’amour. L’animal est devenu très présent dans la vie quotidienne y compris à la guerre. Il est naturel qu’il se retrouve comme un dernier compagnon sur les tombeaux.
Le lion, qui a succédé à l’ours comme symbole de la royauté, connait un grand prestige au Mouen Âge. Il est très présent sur les blasons. Il est associé au pouvoir masculin et absent nous dit Jocelyne Vigié des tombes des reines.
Le dragon, et le serpent, les deux étant souvent confondus, est tantôt maudit, tantôt sacralisé selon les époques et les lieux. Associé dans l’Antiquité aux mondes souterrains, à la sexualité, à la médecine, le christianisme en fit une figure du mal. Il sera souvent représenté sous les pieds des religieux, femmes ou hommes.
Bien que présentant une histoire et des rapports différents au monde humain, ces trois animaux assurent une même fonction de gardien des tombes de religieux comme de laïcs, avec des nuances de sens que Jocelyne Vigié met en évidence. Elle conduit le lecteur dans les décryptages possibles d’une symbolique qui demeure complexe.
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