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Au Diable ! La sorcellerie hier et aujourd’hui par Eric Joly. Editions Dervy, 19 rue Saint-Séverin, 75005 Paris, France.

http://www.dervy-medicis.fr/

La peinture de Tompkins Harrison Matteson (1813-1884), L’interrogatoire d’une sorcière, choisie par Eric Joly pour la couverture de son essai et que nous retrouvons dans le très intéressant cahier iconographique inclus, tout en couleur, dit tout de l’horreur vécue par des milliers de femmes, et d’hommes en une moindre proportion, aux XVIe et XVIIe siècles. La femme y est représentée comme un objet, victime de tous les fantasmes et de toutes les arrière-pensées sous couvert du religieux.

« A partir du XVIe siècle, indique Eric Joly, et jusqu’au début du XVIIIe siècle, les catholiques et les protestants rivalisent dans la chasse au diable. C’est à celui qui en repérera le plus. Les théologiens font assaut d’imagination. Et la traque des sorcières et sorciers va prendre une ampleur sans précédent. Malheurs aux messagers de l’infâme, aux suppôts de l’enfer, à ceux qui multiplient rites, envoûtements et sortilèges, à ceux qui moquent la croix et les sacrements. »

Le fameux Malleus Maleficarum, le Marteau des sorcières, écrit par le dominicain Henri Institoris, obsédé par les sorcières jusqu’à inquiéter l’évêque Georg Gomser qui doute de son état mental, connaîtra quatorze éditions. Malgré son rejet par l’église de 1487 à 1520, il deviendra le vade-mecum des juges chargés de conduire les enquêtes, enquêtes qui incluent l’usage de la torture. Il faudra attendre le pape Innocent X pour qu’en 1654 les procédures soient enfin révisées et une ordonnance de Louis XIV, datée de 1682, pour que la sorcellerie soit reconnue comme une superstition. Mais, Eric Joly nous parle bien de « deux siècles de folie ».

L’ouvrage est principalement consacré à la chasse aux sorcières qui s’est développée outrageusement au Pays Basque autour de Pierre de Lancre, émissaire d’Henri IV, qui met en place une véritable « machine infernale » contre des jeunes femmes qui souvent le troublent dans un contexte de survivance des traditions natives toujours populaires sous le carcan de la culture chrétienne. Côté espagnol, la chasse est aussi ouverte avec notamment le massacre terrible de Zugarramurdi.

Les mécanismes de l’horreur « justifiée » sont clairement mis en évidence par Eric Joly à travers le pas à pas des procès. A contrario, Montaigne dénonce des « fariboles ». Pour lui, le seul arrêt que devrait prononcer les tribunaux de sorcellerie est : « la cour n’y entend rien ». Mais, c’est lui qui ne sera pas entendu.

Dans un dernier chapitre, l’auteur s’intéresse aux « diableries d’aujourd’hui ». Il rappelle que pour l’Eglise romaine, « Satan n’a pas disparu », présent à travers cet ésotérisme basque qui perdure et que retrouve Eric Joly à travers des sites traditionnels ou des lieux porteurs d’une histoire locale. Il évoque aussi les exorcismes de l’Eglise gallicane de Mgr Truchemotte qui, au siècle dernier, sut établir un autre rapport avec la magie dite naturelle.

Les sorcières furent célébrées et respectées notamment pour les soins naturels qu’elles savaient prodiguer puis persécutées par des institutions chrétiennes avec la complicité des laïcs. Aujourd’hui, elles ont retrouvé une part de leur rayonnement mais, nous dit Eric Joly :

« On se demande si finalement, l’Eglise ne regrette pas l’époque où l’ennemi était clairement désigné, les sataniques traînés en justice, les bataillons du Ciel en ordre de marche, le combat franc et ouvert, les tribunaux laïcs et religieux bondés. »

Restons vigilants.

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