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Trithème, le maître des clefs par Emmanuel Licht. Le Collège des Temps – Les Portes de Thélème, 14 place du Forum, 87000 Limoges.

https://lecollegedestemps.fr/

Nous reprenons ici l’intégralité de la préface de Rémi Boyer :

« Jean Trithème (Trithemius), plus exactement Johann von Tritheim ou Trittenheim (1462-1516), membre de la famille Heidenberg, demeure une figure majeure de la Tradition des Fils d’Hermès. Avec son disciple Paracelse et Dorn, disciple indirect du disciple, Trithème forme une terna exceptionnelle[1] qui fait œuvre de réceptacle et de transmission de certains courants majeurs du monde de l’initiation, concluant un cycle d’accomplissement, notamment alchimique, pour en ouvrir un autre, intégrant les acquis du précédent dans un paradigme plus vaste, mais aussi les interrogations légitimes qui annoncent de nouvelles découvertes et réalisations. Trithème eut une influence considérable, elle perdure encore aujourd’hui dans quelques cénacles alchimiques fermés. Cependant son héritage intéresse bien au-delà de ces quelques cercles en raison de l’universalité de sa pensée.

Si l’abbé Trithème est surtout connu pour son étonnante cryptographie, Polygraphia, 1518, ou plus tard Steganographia, et pour le Traité des causes secondes ou Traité des sept causes secondes, c'est-à-dire, des intelligences ou esprits ; petit livre de la science et de la connaissance très secrètes des causes secondes ou intelligences régissant le monde après Dieu, qui demeure un indispensable ouvrage d’hermétisme en ses trois disciplines, alchimie, astrologie, magie, arts plus encore que disciplines, il nous apparaît très vite comme insaisissable, offrant de multiples facettes de lui-même, certaines inattendues comme le mettent en évidence sa correspondance, Epistolae familiares et son autobiographie, Nepiachus. Une traduction inédite de ce dernier texte nous est offerte par Emmanuel Licht ainsi que plusieurs lettres importantes, elles aussi inédites en France[2].

Hermétiste, il n’en est pas moins un remarquable théologien, ainsi qu’un historien, qui sait emprunter les intervalles offerts par les dogmes pour indiquer les chemins ascensionnels de réalisation de l’œuvre ultime, réalisation aussi bien externe qu’interne.

Quel que soit le récit de la vie de Trithème, de l’histoire à la légende, l’alternative nomade s’affirme comme indispensable à son expression. Mais, contrairement à Paracelse, son nomadisme est celui des bibliothèques, celui de l’érudition qui nourrit son cheminement intérieur et son écriture, faite de chemins buissonniers et de labyrinthes destinés à crypter un enseignement et à évaluer le chercheur. Il maîtrise l’écriture à rebours, comme quelques décennies plus tard, Rabelais et Cervantès, cachant sous des presque banalités de précieuses indications conduisant à des connaissances majeures qui s’organisent en une métaphysique exigeante. C’est à la fois courant dans le milieu hermétiste de la Renaissance et rare, tant il excelle en ce domaine.

De ce point de vue, le titre de l’ouvrage choisi par Emmanuel Licht, Trithème, le maître des clés, est d’une rare pertinence et si, plus de cinq siècles plus tard, l’expression résonne à nos oreilles comme très actuelle, c’est plus qu’une simple coïncidence, c’est une singularité, tant l’œuvre du maître est pour une grande part intemporelle, échappant aux conditionnements des époques. Emmanuel Licht fait œuvre de restauration, non de l’œuvre de Trithème, qui n’en a nullement besoin, mais de notre intérêt pour celle-ci et du rapport paradoxal que le chercheur se doit d’établir avec l’œuvre.

La vaste érudition de Trithème lui permet de croiser les traditions, de la kabbale à la théurgie, en passant par l’alchimie, toujours centrale, mais aussi d’autres disciplines associées, dont la linguistique sacrée, en une trame d’une grande richesse et d’une précision horlogère. Pour rédiger ses œuvres principales, il a nécessairement traversé les formes pour voyager dans l’invisible et contempler les structures non ostensibles des mondes. Son érudition sera mise au service de cette vision globale et profonde.

L’abbé Trithème laisse, pour le lecteur vigilant, des indices et des pistes parfois audacieuses à emprunter. Il en est ainsi quand il puise dans les sources des initiations antiques comme le pythagorisme, ce qui deviendra une marque de l’hermétisme de la Renaissance et provoquera quelques mises à l’index par l’autorité ecclésiastique romaine. Mais, il sait aussi dérouter, semer le doute, contraindre le chercheur à interroger les évidences. En ce sens, il est pleinement philosophe et maître de rhétorique, sans jamais perdre l’orient du grand-œuvre. Il crypte et décrypte, joue avec le caché et le révélé, sans négliger les exigences du processus alchimique et de son ultime accomplissement.

Il revient à Emmanuel Licht de nous guider dans cet enchevêtrement savant, de faire à la fois synthèse et mosaïque pour éclairer certains textes, certaines articulations, certains paradoxes. Ordo ab chao, réellement ! »

 

[1] Thuysbaert, Caroline (dir.). Paracelse, Dorn, Trithème. Grez-Doiceau (Belgique). Beya, éditions, 2012.

[2] Que le lecteur pourra croiser avec les Quelques lettres choisies publiées par Thuysbaert, Caroline. Ibid. p. 509-564.

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