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Les Hommes sans Epaules n° 63-64. La poésie corse contemporaine. Les Hommes sans Epaules Editions, 8 rue Charles Moiroud, 95440 Ecouen.

www.leshommessansepaules.com

Voici un superbe cahier littéraire consacrée à la poésie corse contemporaine. Il commence par un hommage de Frédérich Nietzsche à la Corse, île de Beauté et île rebelle, et à Pascal Paoli, la grande figure de son indépendance éphémère.

Un long éditorial de Christophe Dauphin synthétise l’histoire particulièrement mouvementée de l’île et de son peuple, déconstruisant au passage les nombreux préjugés et stéréotypes qui persistent à son sujet, éditorial qu’il conclut ainsi :

« Bref, il semble que nous ayons sur le continent, une mauvaise connaissance de la Corse, de son histoire et de sa culture. Nous avons tenté d’y remédier, au pas de course, dans la mesure de nos moyens, à partir de la connaissance modeste que nous en avons. Une chose est certaine : la Corse ne saurait se réduire à une image d’Epinal ou une carte postale. La Corse, ce sont encore les Corses qui en parlent le mieux, à commencer par ses poètes, auxquels nous laissons désormais la parole. »

Le dossier a été conçu par Norbert Paganelli, Président de la Maison de la Poésie de la Corse. Après un entretien de Karel Hadek avec ce dernier, nous découvrons les pères fondateurs de la poésie corse, les poètes du Riacquistu, les poètes du Disincantu, les poètes en marge du Riacquistu et du Disincantu et les poètes corses de la Nouvelle Vague.

La poésie corse est très liée au chant corse précise Norbert Paganelli, même s’ils connaissent une « relative autonomie ». Il nous apprend ce qui distingue le mouvement Riacquistu et le mouvement Disincantu.

Le Riacquistu, né dans les années 70 d’une volonté de renouvellement, introduit de nouveaux thèmes dans la poésie et « des éléments de modernité dans la facture » mais se réapproprie également une culture traditionnelle alors dépréciée, comme les chants polyphoniques, en les renouvelant.

Le Disincantu, le mot signifie « désenchantement », apparaît à la fin des années 90 chez une nouvelle génération de poètes plutôt pessimistes, plus sombres comme Marc Biancarelli. Le Disincantu remet en cause les visions de la Corse du Riacquistu, qui reste attaché à la culture ancestrale et traditionnelle.

Un grand nombre de poèmes, en langue corse et en français, permet au lecteur d’apprécier la poésie de ces deux courants comme de ceux qui ne s’y inscrivent pas, avant de découvrir les poètes de la Nouvelle Vague dont Carine Adolfini :

 

Tout bouge à sa manière et se répète immuable cependant varie l’épaisseur du temps.

Parfois on ne voit plus les cloisons. Apparaît la lourdeur du blanc à la durée encordé,

le double d’un pays qui pousse sa présence.

Très peu revient dans un battement d’empreintes qui voudrait reparler.

Rien ne s’achève.

Tout continue au-delà des yeux.

C’est là, en instance chrysomèles sous la menthe,

escargots sous la pierre, c’est là et tantôt laisse trace

comme quand la centaurée d’un trait d’épine soudain signe la chair.

Partout les limites se veulent, les silences aspirent à se reconnaître.

Un Milan passe souverain dans le bleu silencieux, presque détouré d’une paroi de caverne,

il découpe autour et s’écrit,

ici.

 

Sommaire de ce numéro indispensable :


Editorial : Le Mémorial de Tromba par Christophe Dauphin.

Ainsi furent les Wah : poèmes de Albert Glatigny, Octavio Paz, Pierre Della Faille, Alberto Baeza Flores, Paul Vincensini, Alain Brissiaud, Dominique Marbeau, Pierrick de Chermont, Isabelle Sancy, Laure Misssir, Rébecca Benkimoun, Facinet Cissé, Charles Garatynski, Sacha Zamka.

Dossier : La poésie corse contemporaine par Norbert Paganelli.

Préface à la poésie corse : Entretien, avec des textes de Karel Hadek et Norbert Paganelli.
1/ Les pères fondateurs de la poésie corse : Poèmes de Santu Casanova, Petru Santu Leca, Minicale, Petru Rocca & Ghjacumu Santu Versini.
2 / Les poètes du Riacquistu : Poèmes de M. Antonetti-Orsoni, G. Biancarelli, M. Ceccarelli, R. Coti, J. Fusina, P. Gattaceca, G. Rocchi, D. Sammarcelli, J.-P. Santini, L. Santucci, G. Thiers, S. Valentini, F. Viangalli, M.-J. Vinciguerra & F. Web
3/ Les poètes du Disincantu : Poèmes de A. Albertini, O. Ancey, M. Biancarelli, P. Canon, S. Cesari, A. di Meglio, F. Guerrini, S. Moretti, N. Paganelli, D. Pazzoni-Gavini, N. Sorba, H. Susini & J.-M. Weber.

 4/ Les poètes en marge du Riacquistu et du  Disincantu : Poèmes de É. Aubert-Colombani, P. Baldovini, L. Casale, C. Getten-Medori, M.-P. Lavezzi, P. Leca, D. Natali, P. Nicolaï, C. Popine, M.-A. Sebasti, A. Tardi & Mita Vostok.

 5/ Les poètes corses de la Nouvelle Vague : Poèmes de : C. Adolfini, J.-J. Andreani, J.-F. Agostini, M.-C. Betti, D. Coll, H. E. Dayssol, L. de Zerbi, P. M. Filippi , F. Follacci, D. Istria, C. Laba, C. Limongi, É. Orsini & S.-E. Saliceti.

Vers les terres Libres : René Bergier et Lupo, courir sur le cratère par Christophe Dauphin avec des textes de René Bergier.

La mémoire corse, la poésie : Charles-Jean Simonpoli, la Main à plume de Ventiseri, par Christophe Dauphin avec des textes de Jean-Charles Simonpoli.

Les pages des Hommes sans Epaules : poèmes de Laure Missir, Christophe Dauphin, Alain Breton, André Prodhomme, Paul Farellier.

 

 Un poème de Jacques Fusina, figure du Riacquistu :

 

Un rayon

 

Ou deux peut-être

Entre feuilles et brise

S’infiltrent

Jusqu’à ta page

Clignent

Entre les lignes grises

Les mêlent

Les étirent

Les morcellent

Les divisent

Jusqu’au sommeil

Dessiné

Tout au bout

A l’insu

De ta plume

Surprise

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