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La splendeur requise. Lettre à Ralph Waldo Emerson par Alain Galatis. Editions Le Retrait, 13 rue Gambetta, 84100 Orange.

https://www.editions-le-retrait.fr/

Alain Galatis, poète et philosophe romand, nous a déjà offert plusieurs textes importants, publiés chez Almora ou L’Originel-Accarias. Il a ouvert à Lausanne la Librairie Ex Nihilo, devenue incontournable.

Ce nouveau livre, une adresse à Ralph Waldo Emerson, s’inscrit comme les précédents dans une approche non-dualiste mais sous une forme particulièrement originale comme en témoignent les premiers mots :

« Cher Ralph Waldo Emerson

Un salut amical par-delà les siècles et les océans. J’espère que ma missive te trouvera au mieux dans ton repos éternel. Tu me permettras de t’expliquer les raisons de ces lignes à toi adressées par un inconnu du vieux continent. Récemment, je parcourais un de tes ouvrages… »

Rappelons que Ralph Waldo Emerson (1803-1882) fut lui aussi poète et philosophe. Considéré comme le penseur du mouvement transcendantaliste, son influence fut considérable dans l’émergence d’une culture intellectuelle indépendante aux Etats-Unis. S’il laissa une empreinte durable sur nombre de penseurs comme Thoreau et Whitman, son influence se répandit également en Europe. Quand un philosophe américain est perdu, il relit Emerson tout comme un philosophe européen égaré relit Spinoza. Notons également l’intérêt porté par Emerson sur les traditions extrême-orientales.

Quelques raisons justifient donc qu’un poète-philosophe de ce début de millénaire s’adresse ainsi, à travers le temps, à un autre poète-philosophe du passé dont la pensée est toujours opérative.

Au cœur de cette interpellation du philosophe nord-américain, en réalité un dialogue très convergent entre deux philosophes dans les couloirs du temps, se trouve « l’hypothèse de la conscience double ».

« L’homme, écrit Emerson dans La conduite de la vie, doit chevaucher alternativement les montures de sa nature universelle et de sa nature privée, comme les monteurs du cirque se jettent agilement d’un cheval sur l’autre, ou plantent un pied sur le dos de chaque. »

Cette double conscience, l’une individuelle et séparée, l’autre non-séparée, absolument inclusive de la totalité, l’une duelle, l’autre non-duelle, peuvent-elles coopérer, s’harmoniser au service de l’être humain et de la nature ?

« Quelles sont, interroge Alain Galatis, ces deux manières de voir le monde ? Il y a celle que nous connaissons. Nous observons les événements depuis le poste d’observation de notre individualité. Regardant notre environnement, nous pouvons évidemment détailler les objets qui nous entourent. Bien entendu, nous savons qui nous sommes et nous nous distinguons des autres individus. La seconde manière se produit quand nous découvrons ce qui survient depuis l’événement du monde. Nous quittons notre promontoire d’un individu, nous plongeons dans la nature, nous nous fondons en elle et réalisons que notre conscience est devenue celle de la nature elle-même. »

Alain Galatis poursuit à la fois une longue méditation, un approfondissement de cette question et des réponses possibles et une analyse des difficultés à partager cette expérience fondatrice avec le plus grand nombre.

« Je crains qu’il soient peu nombreux, le sais-tu cher Waldo, les êtres qui peuvent laisser monter en eux cette perception ? Un sur mille ? Un sur dix mille ? Peut-être, je n’en suis pas sûr. Mille personnes se pensent et se perçoivent comme des individus finis et, tout à coup, la possibilité d’une autre vision s’ouvre à un seul d’entre eux. Pourquoi ? »

Les propos de Ralph Waldo Emerson sont souvent déroutants et c’est en acceptant d’être déroutés que cette ouverture peut apparaître au détour d’un conditionnement bousculé.

« Il nous est particulièrement difficile d’expliciter de quelle manière la découverte de « la conscience double » bouleverse l’ensemble de notre perception du monde, constate Alain Galatis. L’entier du tableau gagne une profondeur qui, jusqu’à présent, nous échappait. […]

Nous sommes habités par cette profondeur au point de nous identifier à elle et c’est elle qui va venir inonder notre vision de l’extérieur. »

Avec cet essai, Alain Galatis rend bien sûr un hommage mérité à ce « cher Waldo » mais c’est surtout à nous qu’il s’adresse, nous, de plus en plus perdus au milieu d’un monde chaque jour plus chaotique que le pessimiste Emerson n’aurait sans doute pas imaginé. Alain Galatis n’est pas d’un grand optimisme non plus mais il nous rappelle, avec Emerson, à notre véritable nature, à cette double conscience qui est la clef de notre réalisation.

« Si quelqu’un t’écoutait vraiment, dit-il à Waldo, il pourrait voir que les millions de livres contenus dans les bibliothèques ne détiennent aucun savoir. Il n’y a pas une seule ligne à sauver. Le seul chant d’un oiseau a beaucoup plus à lui apprendre. Alors il lancerait ses livres par la fenêtre et partirait en quête d’un moineau. »

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