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Dictionnaire encyclopédique des couleurs au Moyen Âge de Michel Pastoureau. Editions Dervy, 19 rue Saint-Séverin, 75005 Paris, France.
Chacun se souvient de la série d’ouvrages de Michel Pastoureau consacrée aux couleurs qui constitue un corpus exceptionnel pour le présent et le futur. Avec ce dictionnaire, il essaie de faire naître en nous le pressentiment de la couleur et l’expérience de la couleur tels que le Moyen Âge pouvait les vivre.
« L’ouvrage, nous dit-il, se propose de résumer sous forme de notices, plus ou moins développées, tous les aspects et les enjeux de la couleur dans les sociétés européennes du Moyen Âge occidental. L’exercice n’est pas facile car l’histoire de la couleur est une histoire complexe, qui touche à tous les aspects de la vie quotidienne, matérielle, religieuse, sociale, artistique, intellectuelle et symbolique. En outre, qu’est-ce qu’une couleur ? Une matière ? Une lumière ? Une sensation ? Une entité abstraite ? Un vocable ? Tout cela à la fois ? Donner une définition univoque est une tâche impossible. »
Ce dernier questionnement est parfaitement illustré par l’expérience que nous pouvons avoir avec les œuvres de Pierre Soulages, particulièrement ses « outrenoirs ». Déroutés, nous ne pouvons que laisser le silence nous enseigner.
Les nombreuses disciplines convoquées pour étudier les couleurs ne suffisent pas à exprimer l’expérience très intime que nous en avons. Il s’agit d’un chemin qui fait de l’érudition un outil au service d’une exploration. Il commence par un balayage de nos croyances, préjugés, représentations, anachronismes sur ce si long Moyen Âge et une mise en garde.
« L’historien doit se méfier de tout savoir anachronique, y compris dans ses pratiques de laboratoire. Non seulement il ne doit pas projeter inconsidérément dans le passé ses propres connaissances de la physique ou de la chimie des couleurs, mais il ne doit pas prendre comme vérité absolue, immuable, l’organisation spectrale des couleurs et de toutes les théories qui en découlent. Pour lui, comme pour l’ethnologue, le spectre ne doit être envisagé que comme un système parmi d’autres pour classer les couleurs. Un système aujourd’hui connu et reconnu, démonté et démontré scientifiquement, mais un système qui peut-être, dans deux, quatre ou dix siècles, fera sourire ou sera définitivement dépassé. »
Nous apprenons beaucoup sur le plan historique dans cet ouvrage mais sans doute que le plus important, c’est de se laisser surprendre, bousculer parfois, car il n’est jamais anodin de s’approcher consciemment de la couleur et d’interroger le rapport que nous entretenons avec ce bleu, ce vert, ce rouge… Le livre intéresse ainsi au-delà des amoureux de l’art ou des étudiants en héraldique, car nous baignons dans un monde de couleurs, au-dehors comme en nous-mêmes, en ignorant que chaque nuance a une histoire à raconter.
Avec plus de deux cents entrées, une bibliographie fournie, un magnifique et conséquent cahier couleur, ce dictionnaire s’avère un outil de travail indispensable.
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