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Les dévoilements de l’éveil. Une expérience au cœur du Tantra shivaïte du Cachemire. Traduction, notes et commentaire de Colette Poggi. Editions L’originel, 7 allée de la Charmille, 67210 Obernai.

Le Chummā-saṃketa-prakāṡa, « Lumière sur les prémices de l’Eveil », fut énoncé par Siddhanātha au Cachemire médiéval dans le cadre du shivaïsme non-duel. Ces « enseignements mystiques » sont commentés par son disciple Niṣkriyānanda. C’est un texte fondamental du shivaïsme non-duel cachemirien dans lequel nous retrouvons les enseignements de l’école Kula et l’école Krama-Mahārtha.

« Les Chummā, précise Colette Poggi, véhiculent une Parole originelle, universelle, qui s’adresse à tout être aspirant à la libération. Elle n’est pas issue d’une parole humaine ordinaire, mais émane de la Conscience cosmique. »

Ces « confidences » contribuent à la reconnaissance de soi-même comme étant le Seigneur chez tout individu doué d’une réelle écoute. Colette Poggi évoque « trois lianes sur le dévoilement de l’éveil » : l’une consacrée à l’expansion de l’Essence, dès l’apparition des prémisses de l’éveil, une deuxième porte la « Résorption en l’Un », la troisième exprime « Expansion et Plénitude » :

« Animé par le rythme flux-reflux, la plénitude, éprouvée comme un état jusqu’alors inconnu, succède à la résorption. Cette merveille fait suite à la rencontre du maître. La vie dans le monde n’est plus un obstacle, les flammes (les énergies de la Conscience) métamorphosent toute chose en lumière. L’enseignement n’est rien d’autre : discerner la lumière dans les formes, accompagner cette effusion du Sans-forme en tout ce qui est, saisir l’Un dans le multiple. » 

Ces trois lianes présentent une grande logique interne sans nuire à l’expression des paradoxes de l’Absolu, inscrits notamment dans la magnifique poésie des textes. Dans son préambule, Niṣkriyānanda écrit :

« Je t’enseignerai, degré par degré, telle qu’elle me fut confiée, cette transmission originelle, apparaissant sous un jour toujours nouveau, dénuée (de forme), qu’il s’agisse d’union rituelle, de texte sacré ou de doctrine. »

Le texte compte trente-cinq versets composés en cinq cycles de sept, le troisième, central, abordant le thème de l’éveil graduel ou de l’éveil subit, un thème traditionnel du shivaïsme non-duel cachemirien. Les lianes participent du tissage, nous sommes bien dans un Tantra. Colette Poggi nous accompagne dans le suivi de ces lianes et de leurs entrelacements et attire notre attention sur certains thèmes comme le « foudroiement » :

« Tout d’abord, indique-t-elle, il est remarquable que la première scène représente un archétype de l’éveil : un foudroiement, une mort au moi, pour renaître à la vie du Soi ! Ce type d’expérience se retrouve dans de nombreuses traditions, chez les Peuples premiers également. »

Le texte dépasse le cadre du shivaïsme non-duel, il fait écho aux textes fondamentaux de nombreux courants. La puissance de libération du shivaïsme est inscrite, entre autres dimensions, dans sa capacité à mêler technicité et poésie pour immédiatement libérer de la nécessité de l’une et de la permanence de l’autre jusqu’à ce que l’insaisissable se fasse évidence. « Il nous est possible, suggère Colette Poggi, d’oser une ouverture à l’inattendu, à la profondeur, à la lumière intérieure. »

Le « désir sans désir », le « culte sans culte », « le sceau sans sceau », le « mantra sans mantra », « l’agir sans agir », « la connexion sans connexion » témoignent d’une libération sans libération qui est notre nature même.

Un enseignement parfait pour aujourd’hui, pour nos temps troublés.

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