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Les tribulations de « Dieu » au Grand Orient de Didier Molines. Editions Cépaduès, 111 rue Nicolas Vauquelin, 31100 Toulouse.
La Franc-maçonnerie est initialement chrétienne et porte un projet spirituel, sociétal et politique. Ce n’est qu’entre 1848 et 1877 que des Francs-maçons du Grand Orient de France ont réussi à imposer la liberté de conscience des membres, ouvrant l’obédience aux athées déclarés et une voie vers la laïcité.
L’essai de Didier Molines présente le long passage « de la croyance obligatoire à la liberté de conscience » et les acteurs de ce qui apparaît véritablement comme un combat dont Marie Alexandre Massol, malheureusement oublié, qui, lui-même croyant, a permis l’ouverture de la Franc-maçonnerie aux athées et aux agnostiques.
Didier Molines souligne que nous n’avons retenu de ce combat (adoption de la liberté de conscience par le Grand Orient de France en 1877 et abandon de toute référence dogmatique en 1884) que le nom du Pasteur Frédéric Desmons, l’un des acteurs majeurs de ce changement profond. Mais d’autres personnalités oubliées ont joué un rôle tout aussi important comme Rousselle, Colfavru, Caubert…
Ce travail puise dans les archives du Grand Orient et plus particulièrement d’une loge biterroise, La Réunion des Amis Choisis, qui a conservé les traces des débats et décisions de l’époque autour de cette question. Après un survol rapide de l’évolution des idées qui nous conduisent à cette période de bouleversement maçonnique, Didier Molines nous introduit dans les lieux où le débat, souvent agité, s’est développé, les Convents, les Conseils de l’Ordre, les loges. Il décrit un processus chaotique vers une ouverture très progressive à l’idée nouvelle.
Dans ce contexte Marie Alexandre Massol apparaît comme « un précurseur minoritaire et controversé » :
« Dès sa prise de fonctions comme Vénérable Maître de la Loge La Renaissance par les Emules d’Hiram, et pendant des années, Massol bataille sur tous les fronts maçonniques. Il veut faire évoluer le Grand Orient de France vers une morale « indépendante de toute superstition ». Il le fait à tous les niveaux de l’Obédience : tant dans les deux loges dont il est membre qu’au Convent, et même au Conseil de l’Ordre, sans grand succès, il faut le reconnaître. Ses idées s’imposent après sa mort, comme souvent. »
Il introduit dans le monde maçonnique français, avec beaucoup de force et d’intégrité, « l’affirmation de la dignité de la personne humaine, indépendamment de toute affiliation communautaire et identitaire ». Il veut s’affranchir de toute théologie, métaphysique, système de pensée qui impose et contraint. Il parle de droit, de liberté, de justice, d’égalité, de fraternité mais aussi d’amour. Marie Alexandre Massol joua également un rôle important pour défendre l’indépendance de l’obédience contre les tentatives répétées d’assujettissement du pouvoir impérial, celui de Napoléon III.
La grande cohérence de pensée de Massol permet à Didier Molines d’en faire une synthèse. La pensée de Massol, Didier Molines parle de presque doctrine, est le fruit de longs processus de questionnements, notamment philosophiques, qui le précèdent et trouvent avec lui et ses amis, malgré les oppositions internes et celles de l’Eglise, un écho grandissant.
« Finalement, conclut-il, la victoire posthume de Massol est totale : l’article 1er de la Constitution du Grand Orient de France affirme la liberté absolue de conscience, et l’indépendance juridique et politique de l’Obédience est réelle.
Malheureusement il n’a pas pu profiter de sa victoire, et peu de maçons se souviennent de lui, ne connaissant que l’œuvre, considérable certes, de Desmons.
L’engagement maçonnique a rarement pour résultats les lauriers et la gloire. »
Ce livre vient donc réparer en partie une injustice de l’histoire maçonnique. Surtout, il éclaire la lente recherche d’un équilibre difficile à maintenir entre temple intérieur et temple extérieur, entre vie initiatique et action dans la cité.
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