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La science de la Première Personne par Douglas Harding. Editions Almora, 19 rue Saint-Séverin, 75005 Paris, France.
Douglas Harding (1909-2007) a laissé une œuvre majeure dans le domaine des philosophies de l’éveil, caractérisée par son pragmatisme. Beaucoup furent heureusement frappés par l’irruption de Douglas Harding dans le monde de la spiritualité et de l’éveil avec la publication en français de Vivre sans tête, au Courrier du Livre en 1978. Cet ouvrage, devenu un classique des voies d’éveil, a introduit une approche scientifique de l’éveil, « science de la Première Personne », particulièrement adaptée à l’Occident. L’influence de Douglas Harding a été discrète mais considérable dans de nombreux domaines. En témoigne, entre autres, l’application de ses travaux au théâtre réalisée par Michel Langinieux pendant plusieurs décennies, aux quatre coins du monde, que vous pouvez découvrir dans le livre Théâtres et initiations de Christian de Caluwe, suivi de Le lieu d’où l’on regarde de Michel Langinieux, publié aux Éditions de La Tarente en 2018.
José Le Roy, dont nous présentons régulièrement les écrits, poursuit le travail engagé par Douglas Harding. Directeur de collection aux Editions Almora, il vient de faire publier cet ouvrage particulièrement important de Douglas Harding, La science de la Première Personne, au fondement de sa pensée.
Douglas Harding distingue la science de la troisième personne, désignée science-3, la science ordinaire, qui est une science de l’observé, une science de l’objet, de la science-1, science de la première personne, science de l’observateur, science du sujet. Cette science-1 révolutionne la démarche scientifique en prenant en compte l’observateur et la subjectivité. Loin de s’opposer à la science de la première personne, elle en est en quelque sorte l’accomplissement.
Ce livre est conçu comme une démonstration, appuyée par une quarantaine d’exercices et d’exemples que chaque lecteur peut vérifier. La science-1 est basée sur le principe de vérification, « ultra-analytique », « ultra-synthétique », se veut mathématiquement précise et elle est basée sur les sens.
« On ne peut ni deviner, ni penser, ni spéculer sur, ni même comprendre le Vide ici ; on ne peut que percevoir. Le seul fait d’y penser le détruit, car cela lui donne un contenu. Ici, c’est le domaine de la métascience qui, si elle doit fonctionner, ne peut jamais s’éloigner de sa base sensorielle, ses fondations solides qui sont l’empirisme ultra-radical. Elle ne peut même pas avoir un aperçu de son matériau (qui est le savant en lui-même) si elle est aveuglée par la moindre préconception, théorie ou philosophie, ou par un dogme quel qu’il soit. Tout ce qui est demandé, tout ce qui est permis, c’est simplement l’ouverture, l’attention pure. Ainsi, ses découvertes ne sont ni déformées ni fabriquées, elles sont données et évidentes, c’est-à-dire vraiment scientifiques. »
Cette démarche renouvelée permet de saisir combien le langage entretient l’illusion. Douglas Harding rejoint ici les approches non-aristotéliciennes du langage, depuis les présocratiques jusqu’aux recherches d’Alfred Korzybski et sa sémantique générale. La science-1, simple, auto-correctrice, objective, permet de découvrir le réel sans être contaminé par les biais du langage. En ne s’inscrivant pas dans une narration, dans une temporalité, la science-1 libère des contingences et des comparaisons. Elle est une science des phénomènes non reproductibles car l’attention réelle met en évidence que chaque instant est absolument unique, chaque expérience également et de ce fait non reproductible. La pratique proposée par Douglas Harding, cette science du « Voir » qui modifie notre rapport et notre traitement des informations sensorielles, nous établit dans un état de non-identification à l’objet.
« L’univers dans lequel je me trouve est chargé de sens, parce qu’en fait, je le trouve en moi, et je suis son sens. Cet univers se présente à, se produit dans et est issu de ce Vide que je suis ici et qui m’unit à toutes choses, quelles qu’elles soient. Pour moi donc, en tant que 1ère Personne, il n’existe aucune vraie 3e personne, aucun corps, intrinsèquement opaque, aucun objet qui ne soit basé sur le Vide, et donc rien qui ne soit moi-même. Ainsi le monde ne contient pas le moindre atome qui me soit étranger, rien qui doive m’effrayer, et en vérité aucune créature dont je puisse me passer et me désintéresser. »
En déconstruisant le monde que nous considérons comme un « donné » alors que nous l’avons édifié progressivement et reproduit par nos conditionnements, Douglas Harding, par une série d’exercices, interroge cette réalité supposée qui voile le réel. A la fois science de découverte, thérapie et voie d’éveil, la science de la Première Personne nous extrait très paradoxalement mais radicalement de la dualité, objet privilégié des études, conceptualisations et théorisations de la science de la troisième personne, et de ses innombrables pièges.
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