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D’où venez-vous ? D’une Loge de Saint Jean de Louis Arnolphe. Editions La Tarente, Mas Irisia, Chemin des Ravau, 13400 Aubagne.
Voilà un sujet communément étudié dans les loges, trop communément et ce livre le démontre par son apport loin des banalités de l’usage maçonnique.
La formule qui fait le titre du livre est rituelle, importante et pourtant peu explorée en profondeur. Qui plus est, si les fêtes de saint Jean rythment bien souvent l’année maçonnique, les sœurs et frères interrogés en donneront des explications différentes selon les rites. Face à ces ambigüités, Louis Arnolphe remonte aux sources, d’abord les sources anglaises puis françaises.
Les plus anciens Old charges comportent des formules proches de celle qui nous intéresse ici, parfois dans les catéchismes, parfois lors des salutations. Elles concernent « l’origine du visiteur, l’orientation du Temple et sa situation géographique ».
Les Francs-maçons français donneront un sens nouveau à cet échange question-réponse. Louis Arnolphe en détaille les évolutions sémantiques jusqu’à l’apparition nette d’une double référence, artisanale et guerrière (ou chevaleresque). La référence à l’Ecosse et à l’Ordre du Temple pointe également.
Dans les deux cas, de façon plus ou moins marquée, la loge de saint Jean apparaît comme « loge originelle », pour certains la « Loge-Mère » de toute la Franc-maçonnerie. Mais, d’autres sens apparaissent : « le titre de « Loge de saint Jean » était-il, d’après Sadler, un étendard d’indépendance et d’autonomie – voire d’alignement avec la tradition originale et immémoriale des Anciens – par rapport à « l’usurpation » des Modernes (dont les loges pouvaient donc opter pour un titre distinctif propre) ».
Louis Arnolphe analyse de façon très intéressante, à partir des manuscrits, les tensions entre Anciens et Modernes à travers la référence à la Loge ou une Loge de saint Jean, tensions qui, historiquement et symboliquement, se retrouvent dans la mise en œuvre maçonnique des Fêtes de saint Jean.
Peu à peu le sens de notre formule se dégage de la confrontation des textes dans leurs contextes historiques même si selon les chercheurs des désaccords portent sur les dates de certains documents examinés.
Enfin, Louis Arnolphe revient sur le Prologue de saint Jean pour insister sur son ésotérisme et en proposer une interprétation maçonnique. Plusieurs versets trouvent un écho immédiat en Franc-maçonnerie, comme le thème de la Parole, et fondent la dimension johannite, accentuée en France, de l’Ordre maçonnique.
Langlet dans La Bible et la Loge en propose une autre interprétation particulièrement riche qui fait de toute loge une manifestation visible d’une loge invisible, « la Loge unique et universelle [de saint Jean qui est un modèle de spiritualité en soi inspirée de la Jérusalem céleste], qui en est le principe », d’où découle une assiduité non pas physique mais d’esprit :
« Devenir assidu, cela revient donc à « habiter la cité céleste » au sens de l’Apocalypse de Jean, à savoir la Jérusalem céleste où le monde entier est devenu le Temple de Dieu sur Terre et où, tous, nous devenons effectivement des « citoyens de la Loge de saint Jean. »
C’est finalement d’opérativité que nous parle Louis Arnolphe, une opérativité qui naît de l’orientation donnée aux mots. En se gardant de toute interprétation profane, en interrogeant les évidences, en évitant les facilités pour davantage de profondeur, une méthode se dégage qui restitue au rituel toute son énergie créatrice. Rarement, un travail d’historien présente un intérêt initiatique réel, c’est le cas avec ce livre.
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