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Le Taureau ailé par Dion Fortune. Sesheta Publications, 6 Place du Canton 24300 Nontron, France.
Le thème central de ce roman de Dion Fortune, paru en 1935, est la sacralisation de la sexualité. Les principaux personnages du roman s’engagent dans une quête restauratrice qui passe par une réorientation de la sexualité, libérée des conditionnements, symbolisée par le taureau ailé. Dion Fortune met en scène ces conditionnements, qui forgent les chaines retenant l’esprit dans un carcan, à travers ses différents personnages. De ce point de vue, le roman est aussi, comme souvent avec Dion Fortune, un essai de psychologie.
« Le taureau ailé, précise l’introduction, représente les trois corps qui composent l’Homme Spiritualisé. Le corps de taureau puissant, matériel, sensuel et fertile, la conscience humaine symbolisée par la tête d’homme, et sa capacité à s’élever vers les cieux grâce à ses ailes d’aigle, est au cœur du récit. »
L’intrigue s’inscrit pleinement dans le monde occultiste de l’époque et des luttes entre sociétés secrètes, selon l’opposition alors classique entre magie noire et magie blanche.
Une femme, Ursula, prise dans les filets d’un mage noir, dépérit. Un homme, Murchison, s’emploie à la guérir. Cette relation, d’abord déséquilibrée, va muter vers une codécouverte de soi-même à travers l’autre, notamment autour de la sexualité. Un troisième personnage, mage lui aussi mais vieux sage, libre de toute adhésion et appartenance, va contribuer à cette libération progressive et difficile.
Dion Fortune distille à travers les dialogues entre les personnages, les visions courantes au sein de l’occultisme du début du XXe siècle, mais aussi ses propres enseignements, qui s’en démarquent parfois. Dion Fortune s’est toujours caractérisée par une grande liberté de pensée.
« - Je pense que Swinburne avait plus qu’une vague idée en tête lorsqu’il a dit :
Car aucune pensée humaine n’a créé les dieux pour les aimer et les honorer avant que la chanson ne commence dans l’âme silencieuse et la terre n’aurait pu, en rêve ou en réalité, accueillir le ciel avant que la parole ne soit habillée de discours par les lèvres de l’homme.
- C’était Swinburne que vous récitiez hier soir ?
- Oui. Le dernier oracle. Swinburne pensait, comme Nietzsche, que les anciens dieux n’étaient pas dénués de sens et que nous perdions beaucoup en les négligeant.
- Que pensez-vous que nous perdons, monsieur ?
- Nous perdons l’usage de notre subconscient, Murchison.
Murchison réfléchit à cela pendant presque toute la durée d’une cigarette. Finalement, il dit :
- Et que se passe-t-il si nous réveillons les anciens dieux ?
- Nous retrouverions l’usage de notre subconscient et nous entrerions en contact avec les grandes forces naturelles dont la civilisation nous a coupés. »
Indépendamment des enseignements distillés avec discrétion par Dion Fortune dans ce livre, le lecteur se laisse prendre par l’aventure elle-même, son rythme, ses inattendus, ses personnages et leurs parcours accidentés, les aléas d’une rencontre entre une femme et un homme.
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