/image%2F0562708%2F20260225%2Fob_e8988e_couv-fr-beatrix.jpg)
La construction de soi par la voie initiatique des bâtisseurs par Frédéric Beatrix. Editions Dervy, 19 rue Saint-Séverin, 75005 Paris, France.
Frédéric Beatrix est architecte et spécialiste de la géométrie antique. Nous nous souvenons de son excellent ouvrage, publié chez le même éditeur, Le Tracé Primordial, la géométrie secrète des bâtisseurs.
Frédéric Beatrix commence ce livre en interrogeant avec beaucoup de pertinence la « théorie de l’emprunt », une idéologie plutôt qu’une théorie, qui réduit l’influence des fraternités ouvrières à de simples emprunts d’éléments de leurs rituels pour fonder la Franc-maçonnerie dite « spéculative », il n’y aurait alors aucune filiation ou transmission entre les confréries de bâtisseurs et la Franc-maçonnerie.
Il rappelle notamment la grande mobilité des bâtisseurs se rendant de chantier en chantier, favorisant ainsi une circulation des savoirs techniques mais aussi d’une réelle pensée, voire d’une sagesse, édifiées à partir de l’expérience de la matière.
« Ainsi, nous dit-il, cette dichotomie moderne entre maçonnerie opérative et spéculative n’a pas de sens. Cette séparation entre la poesis (la dimension transcendante du possible) et la praxis (la dimension immanente de l’action transformative) est non seulement artificielle, mais aussi contradictoire. Lorsque le maître maçon conçoit et bâtit un édifice sacré, il est à la fois celui qui utilise la géométrie comme médium entre l’Homme et Dieu et celui qui préside à son élévation physique. »
Le jeu de miroir entre le temple de pierre et le temple en l’être humain est central depuis l’Antiquité. C’est ce jeu que met en évidence Frédéric Beatrix par l’étude des rituels opératifs et des mythes dans lesquels ils s’enracinent.
« L’Homme-Temple » puisque c’est de cela qu’il est question, se révèle à travers la géométrie qui structure les édifices sacrés de l’Occident. Frédéric Beatrix présente plusieurs exemples qui démontrent comme le précisait Vitruve (1er siècle av. J.C.) que « c’est toujours le corps de l’Homme qui sert d’unité de mesure aux édifices », ces derniers reflétant l’Harmonie universelle à travers les applications mathématiques et géométriques mises en œuvre. Si Pythagore est très présent dans ce livre, d’autres penseurs qui nous sont moins familiers s’imposent par leurs écrits ou leurs réalisations. C’est l’une des richesses de ce livre que de nous ouvrir à de multiples regards convergents.
Frédéric Beatrix revient ensuite à la genèse de la Franc-maçonnerie pour présenter une liste crédible d’indices contribuant à assurer une théorie de la continuité entre maçonnerie de métier et la Franc-maçonnerie appelée spéculative. Cette transition naturelle et très progressive est davantage qu’une thèse séduisante, elle favorise une pensée initiatique intégrative qui ne sépare pas ou n’oppose pas la pensée et la matière mais soumet la pensée à la validation de la matière, validation au combien salutaire en des temps de plus en plus virtuels.
/image%2F0562708%2F20150101%2Fob_0f0075_imagecroco003.jpg)