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JE est un monstre de Colette Klein. Editions de L’œil du Sphinx, 36-42 rue de la Villette, 75019 Paris – France.

www.oeildusphinx.com

Colette Klein a écrit nombre d’ouvrages de poésie et cette dimension poétique, la dimension de l’être, est très présente dans les nouvelles qui sont rassemblées dans ce livre placé sous le signe, peut-être le sceau du désespoir, mais d’un désespoir qui apaise et peut-être libère, d’un non-espoir bienfaisant.

Nous plongeons dans la vague des mots qui est aussi celle de la vie dans les moments, souvent douloureux, où se révèlent la nature des choses et l’essence de cette humanité si paradoxale, entre beauté et monstruosité.

« Tout le jour, il resta emmitouflé. Des filets rapiécés brûlaient à ses vitres. Résigné à demeurer éternellement en dehors de la vie, il récita à voix haute les tables de multiplication qu’il avait apprises à l’âge de cinq ans et ce, jusqu’à la traversée du jour par le silence.

Le lendemain, il chercha dans ses tiroirs les photos qui avaient jalonné son existence de visions fulgurantes.

Une fatigue, matérialisée par des crampes, le tint toute la journée recroquevillé, occupé à fouiller dans de vieilles boîtes à demi moisies.

Ensuite, la lumière dériva avec des franges écumeuses. »

La mort, la vieillesse, l’épuisement, l’usure, la déchéance, la rupture, l’absence… sont un chemin vers une bienveillante étrangeté, parfois lumineuse. Se décomposent les écorces de la personne pour laisser place à des bribes d’être qui flottent avant de s’assembler en la promesse fragile d’un inconnu parfois familier, du moins pressenti.

« Il mourut sans savoir pourquoi. Sans avoir pu comprendre à quel moment et comment le destin lui avait interdit de poursuivre. Accident ? Maladie foudroyante ? Il ne sut rien.

Au dernier instant, il ne se rendit pas compte qu’il mourait. Il ne voyait que la lumière blanche qui s’accentuait et le faisait tituber.

Et il mourut.

Sans savoir pourquoi. »

En invitant toutes nos peurs, archaïques ou sophistiquées, impensables ou pensées et repensées, Colette Klein nous jette en pleine face, mais aussi en plein cœur, notre humanité prise dans les filets du temps et dans une incessante et souvent perverse quête de sens.

Aussi sombres et ordinaires que soient les épisodes vécus en chacune de ces nouvelles par des acteurs, aussi spectateurs de leur propre effondrement, le lecteur ne se retrouve jamais dans une totale obscurité. La lumière est toujours présente, elle s’infiltre entre deux mots, deux images, ou parfois inonde la page. Pourtant, l’écrit ne concède rien à une quelconque forme de mondanité. C’est tout autre chose, d’indéfinissable, qui se présente.

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