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On nous aurait menti ? De la rumeur aux Fake News par Hubert Krivine. Préface de Guillaume Lecointre. De Boek Supérieur.
Nous croyons tous savoir ce qu’est la science ou ce que sont les sciences, souvenirs d’écoles pour le moins, connaissances établies au mieux. Chacun d’entre nous à un rapport très personnel au monde scientifique allant du rejet à l’adhésion sans restriction. Pourtant depuis les philosophes sceptiques de l’Antiquité nous savons l’impossibilité de la preuve. Plus près de nous, Gregory Bateson avertissait, « La science sonde, elle ne prouve pas. » Tout comme le réel qu’elle explore et étudie, elle est avant tout un processus. Un processus indispensable.
« La science, nous dit Guillaume Lecointre dans sa préface, peut être décrite comme une activité rationnelle et collective d’explication du monde réel. L’épistémologie y voit un horizon souhaitable de la connaissance, régi selon des modes d’administration de la preuve et des règles de l’objection et de la démonstration qu’elle a la charge d’étudier. La sociologie décrira la science comme un ensemble de pratiques de communautés professionnelles insérées dans une société contraignante. Que nous ayons de bonnes ou de mauvaises raisons de faire des reproches à la science, voire de nous en méfier, et même s’il arrive aux scientifiques de dérailler, du côté des publics la défiance à son égard repose aussi et même souvent sur des confusions. »
Parmi les confusions identifiées, Guillaume Lecointre cite celle consécutive aux multiples sens que nous accordons au mot « science, celle due au télescopage des temps, temps scientifique, temps des médias, temps politique…, les confusions entre valeurs et faits, entre individuel et collectif, entre droit à la parole et parole légitime, etc. Ces confusions constituent un terreau favorable au développement des fausses nouvelles ou des rumeurs.
Hubert Krivine s’attaque à deux types de fake news, les interprétations littérales de textes sacrés ou de mythes traditionnels et les fake news d’origine scientifique, aux effets toxiques amplifiés par l’hyper-marchandisation de notre monde et la vitesse de circulation des informations comme des désinformations. Hubert Krivine, dans un souci pédagogique a sélectionné des exemples très divers dans « le riche panorama des fake news » pour soutenir sa démonstration. En traquant « les sources de la crédulité », ce sont les mécanismes de nos pensées, nos stratégies conduisant à des choix qui peuvent être heureux ou… dramatiques, que cherche à éclairer Hubert Krivine.
Un chapitre de l’ouvrage est consacré aux rapports, on ne peut plus complexes, entre science et religion, à travers deux cas qui nous concernent au premier chef, le Coran et la Bible. La question posée : « contre la science ou à côté ? » donne une idée des enjeux qui affectent tous les domaines, sociaux, politiques, économiques, financiers… aussi bien les grandes orientations civilisationnelles que nos vies quotidiennes. « A chaque fois que la lecture du « Livre de la nature » a été contrainte par celle du « Livre sacré », le résultat a été catastrophique. » note Hubert Krivine.
Notre époque se caractérise par un scepticisme croissant vis-à-vis de la science, renforcé par les turpitudes ou les contradictions des dirigeants politiques et financiers. Le climat n’est certes pas à la confiance envers la science et favorise les fondamentalismes religieux ou « les terribles simplifications » comme les désignait Paul Watzalwick. Même si ce désenchantement n’est pas rationnel, il est puissant et l’éducation scientifique, très insuffisante, ne saurait à elle seule restaurer une alliance mesurée et paisible avec la science.
L’aventure scientifique peut sans doute devenir une aventure partagée. Distinguer sciences et recherches, remarquer les différents types de connaissances, mais aussi d’ignorances, apprendre à penser, développer notre sens critique, par exemple par des ateliers-philo, trop ignorés en France, mettre les savoirs en perspective dynamique avec l’histoire des sciences, apprendre inlassablement à connaître nos propres conditionnements et fonctionnements cognitifs, jouer avec les sciences… Les pistes ne manquent pas pour recréer de la confiance. Cela n’empêchera pas les fake news de circuler mais, pour le moins, cela permettrait de les interroger plus systématiquement et de réduire leur influence. L’ouvrage n’a pas d’autre prétention que de nous aider à nous prémunir contre les impostures, les dénis qui persistent, les fausses croyances, les « mauvaises fois ». Mieux connaître la démarche scientifique et ses limites rend à la fois plus humble et plus lucide.
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