
Une Franc-maçonnerie dévoyée par l’ego par Pierre Audureau. MdV Editeur, 16 bd Saint-Germain, 75005 Paris – France.
Il faut espérer que cette « visite dans les couloirs cachés de l’institution maçonnique » provoque un électrochoc dans les milieux maçonniques. Ce que dénonce Pierre Audureau fait certes partie de la vie et de l’histoire maçonniques mais devient un véritable cancer qui ronge les fondements spirituels et humanistes de l’Ordre.
Si le ton est pamphlétaire, le contenu rend compte avec exactitude de la réalité maçonnique et de ses dysfonctionnements. Parmi les problèmes relevés, nous trouvons par exemple les abus de pouvoir dans les obédiences, les tensions entre rites et obédiences, les frais peu raisonnables, « le goût suave des honneurs dans la modestie affichée », l’hypertrophie des patentes, « la régularité… irrégulière »…
Les obédiences, qui brandissent volontiers le drapeau des droits de l’homme, ont une fâcheuse tendance à ne pas les respecter. Par exemple, note Pierre Audureau, nombre d’obédiences (GLFF, GLDF, GLTSO…) interdisent la double appartenance mais obédiences et loges sont constituées en associations selon la loi de 1901 et doivent respecter les lois républicaines et notamment le droit d’adhérer aux associations ou mouvements de son choix.
D’un côté, on évoque l’universalisme maçonnique, de l’autre, on ne cesse de séparer et d’exclure notamment avec la notion floue et sans fondement de régularité, devenue une farce grotesque mais aussi toxique : « La régularité maçonnique, démontre Pierre Audureau, a parfois des relents impurs, profanes et affairistes. ». Face à la régularité, il propose le concept de « normalité maçonnique » :
« La normalité maçonnique, c’est le fait de travailler sur soi-même de la façon la plus honnête et la plus humble possible, afin de progresser dans son comportement, dans ses pensées, dans sa culture, dans ses valeurs, dans sa capacité à respecter, à écouter, à aider et à aimer les autres. Pour y arriver il faut utiliser les rituels, pratiquer les tenues, travailler intensément et profondément sur soi. »
La seule régularité qui soit réside le travail et le perfectionnement.
Pierre Audureau dénonce aussi la mascarade des patentes, dans les pas de Roger Dachez qui écrivait « La patente, en France, disons-le sans détour, est le plus souvent devenu un instrument de gestion de l’influence politique et de la puissance affichée d’une Obédience ou d’une Juridiction sur toutes les autres. »
Il s’agit donc de pure politique et de déterminisme profane sans aucun lien avec l’œuvre initiatique.
La Franc-maçonnerie en accumulant dysfonctionnements et dérives perd sa crédibilité et d’abord auprès de ses membres qui vivent fort mal ces problèmes récurrents. Le tableau dressé par Pierre Audureau est sombre mais réaliste.
Dans la dernière partie de ce livre courageux, il propose des solutions, basées sur le rétablissement d’une congruence entre idéaux maçonniques, lois républicaines françaises et règlements généraux des dites puissances maçonniques. Il identifie très justement le nœud du problème dans l’ingérence profane au sein d’un mouvement initiatique à travers les structures organisationnelles et leur activité administrative et réglementaire.
Il souhaite faire de l’obédience un centre de ressources et non un lieu de pouvoir en redéfinissant ses missions, en supprimant le culte des grands dignitaires, l’inspection des loges pour établir un véritable service d’aide à leur fonctionnement, en cessant de facturer à des prix exorbitants, rituels, patentes, augmentations de grade et autres…
« Quand on songe, nous dit Pierre Audureau, que la Franc-maçonnerie a été conçue pour libérer l’être et l’aider à s’épanouir, on ne peut qu’espérer que certaines postures de quelques entités, obédiences ou suprêmes conseils soient profondément modifiées, afin qu’elles arrêtent de faire peser sur l’initié de base des contraintes incompatibles avec l’universalité, la liberté, l’égalité et la fraternité qu’elles auraient dû normalement promouvoir. »
Et il poursuit encore :
« L’humilité, l’empathie, l’humour, la fraternité (la vraie), le dévouement (le vrai), l’altruisme, la suppression des métaux des rituels, la transparence des progressions, la fin des copinages, l’incitation au vrai travail personnel, la fin des recrutements « économiques », le bannissement des visites protocolaires, la liberté de visite et d’association, l’établissement de la mixité, doivent présider à l’avènement de la nouvelle Franc-maçonnerie. Celle-ci doit apporter un souffle nouveau à l’universalité de l’Ordre. C’est ainsi que ce magnifique mouvement s’épanouira à nouveau, ou sinon, il végètera, ronronnera et s’éteindra de lui-même. »
Puisse-t-il être entendu…
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