
Eric Baret, 250 questions sur le yoga par Marie-Claire Reigner. Editions Almora, 43 avenue Gambetta, 75020 Paris, France.
250 questions, 250 réponses. Avec ce ton souvent impertinent et cette liberté caractéristiques du yoga tantrique du Cachemire. Eric Baret pourrait tomber dans le procédé. Il évite ce premier écueil, s’inscrivant ainsi dans cette liberté que Jean Klein, son maître, a su révéler chez quelques-uns.
Le choix du dialogue permet de revenir par petites touches sur l’essentiel comme un peintre sur sa toile.
Il rappelle tout d’abord que la pratique n’est pas orientée vers un résultat, elle est plutôt une célébration de l’évidence, notre véritable nature absolument libre. A propos des positions de yoga, il précise :
« Le vrai yoga commence après. Dans cette disponibilité, on s’ouvre à la prise de conscience de l’énergie interne. Abhinavagupta se moque du travail corporel, il se moque aussi des pranayama. Dans le chapitre VI du Tantraloka, il évoque néanmoins le travail du souffle en mettant l’accent sur les moments après l’expiration et l’inspiration, qui sont des non-temps n’ayant pas à être comptabilisés dans le temps comme chez Patanjali. Cela prouve sa familiarité avec le travail du souffle et sa connaissance du pranayama. »
Très souvent Eric Baret va contraindre les contraintes propres au yoga à se dissoudre dans une non-intention. La voie cachemirienne privilégie le ressenti plutôt que la pensée, trop fractionnée. « On peut, nous dit Eric Baret, avoir une sensation globale au-delà des opposés. »
« Le ressenti est là où culminent les sens. (…) C’est un sens inhérent au corps ne pouvant pas être affecté par les événements affectant les cinq sens. (…) Ce ressenti global est l’ouverture vers la sensation de l’énergie. (…) C’est la porte directe vers la tranquillité. »
Il n’est pas question de manipuler l’énergie, d’éveiller, mais au contraire de laisser advenir le corps « à son état naturel d’énergie », d’être totalement disponible à ce qui se présente. Les exercices finissent par se dissoudre dans cet état naturel. Eric Baret insiste beaucoup sur l’écoute des sensations des émotions et autre objets au sein de la Conscience.
Si beaucoup des questions et des réponses sont très techniques, Eric Baret ne cesse de pointer l’essentiel et d’inviter à traverser les aspects culturels, d’abord en les distinguant puis en les laissant de côté. Il ne cherche pas à enseigner mais à partager. S’il alerte sur certaines erreurs, il ramène plutôt à l’expérience elle-même qu’à des commentaires mêmes pertinents. Les réponses elles-mêmes sont vivantes et jamais fixées dans la forme avec beaucoup de renversements qui engendrent l’ouverture. Exemple avec la question de l’origine de l’ego :
« C’est l’expression la plus pédagogique de la Conscience. Il n’y a pas d’ego. Ce qui semble être l’ego, c’est la porte ouverte pour pressentir qu’il n’y a pas d’ego. Dans la Conscience, la grâce semble se manifester sous la forme de l’ego. Cet égo va être reconnu, d’abord comme égotique, ensuite on laisse vivre ce mouvement égotique en nous. En le laissant vivre, automatiquement il nous ramène à son origine. L’origine de l’ego, c’est la Conscience, car il n’y a rien d’autre que la Conscience. On va se rendre compte que l’ego, c’est la Conscience, car ce qui vient de la Conscience et s’y résorbe ne peut pas être autre que la Conscience. L’ego est le reflet de la Conscience sur le plan phénoménal. Ça n’a rien de négatif, bien au contraire. Quand je vois mon arrogance, je vis l’humilité. L’ego est la porte ouverte vers la Conscience. »
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