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Grâce et courage. Spiritualité et guérison dans la vie et la mort de Treya Killam Wilber, par Ken Wilber, Editions Almora.

         Il faut saluer les Editions Almora qui mettent enfin à la disposition des lecteurs francophones ce best-seller de Ken Wilber, son ouvrage le plus personnel qui restitue, presque heure par heure, l’histoire d’amour qui l’unit à sa femme, Treya qui devait mourir d’un cancer cinq années après leur rencontre.

         Une histoire d’amour qui est aussi une géographie sacrée de la conscience amoureuse, entre vie et mort, mort et vie. Ce témoignage à deux voix, puisque le livre rassemble nombre de pages du journal intime de Treya, rassemble plusieurs livres en un seul, l’histoire d’un amour inconditionnel, le drame du combat contre la maladie et la transformation spirituelle qui l’accompagne, une réflexion sur la thérapie, un essai philosophique sur la mort et son dépassement.

         Au croisement de deux pensées, celle d’un grand philosophe, celle d’une femme admirable qui éveille par sa présence au-delà de la maladie, le lecteur, souvent ému, est conduit à interroger sa propre intimité, de la peur de la peur à la plénitude de ce qui est.

         Tout individu confronté à la maladie ou au soin trouvera dans ces pages une matière considérable faite des résistances, des petites lâchetés, des projections multiples, des solutions à vendre, des terribles simplifications, des multiples irrespects de l’être que les acteurs de la vie mettent en œuvre insidieusement mais aussi des créations, des beautés, des plénitudes, des dépassements, des grâces et des courages que les mêmes acteurs réalisent dès lors que maladie et soin deviennent vecteurs d’une voie d’éveil. Non que la maladie soit une voie spirituelle, mais l’esprit libéré de ses préjugés, disponible dans l’immédiateté, peut faire de tout ce qui se présente une voie.

         Ken Wilber est un spécialiste des voies spirituelles et des voies d’éveil. Treya est une pratiquante exigeante. Leurs pensées sont imprégnées des enseignements traditionnels et des fruits de la pratique. L’un et l’autre ont dû, chacun en leur style particulier, mais aussi ensemble, inventer de nouvelles alliances entre l’esprit et le corps.

         « « Abandonne-toi à Dieu » continue à être le mantra qui m’aide à me souvenir, explique Treya. Ramana Maharshi  dit : « Abandonne-toi à Lui et accepte Sa volonté qu’Il apparaisse ou disparaisse. Attends son plaisir. Si tu attends de Lui qu’il fasse ce que tu veux, alors il ne s’agit pas d’un abandon, mais d’un ordre. Tu ne peux pas Lui demander de t’obéir et prétendre t’être abandonné à Lui … Laisse tout dépendre complètement de Lui… » Je remarque que plus j’explore cette qualité d’abandon en moi, que j’ai dans le passé considérée comme une faiblesse plusje m’aperçois qu’elle me mène aux mêmes réalisations que la pratique de l’équanimité, en acceptant les choses telles qu’elles sont, sans essayer de les contrôler ni de les changer. Là encore, le bouddhisme m’a aidée à me libérer d’une partie de ma réactivité à l’égard de la terminologie chrétienne, et m’a permis d’en reconnaître l’unité dans leur vérité et leurs enseignements.

         J’aime beaucoup cette qualité de « toujours déjà » dans les enseignements de Ramana Maharshi. Cette idée que nous sommes toujours déjà éveillés, toujours déjà « un » avec le Soi, toujours déjà un avec Tout l’Espace. »

         Quelques jours plus tard, Treya écrit :

         « J’ai récemment  effectué mon second « grand nettoyage » et « lavage du foie ». C’est très intéressant d’évacuer toutes ces vilaines choses qui se cachent dans mon côlon et dans ma vésicule biliaire ! (…) la fois suivante, j’ai augmenté ma dose d’insuline durant les cinq jours de façon à pouvoir manger beaucoup de pommes, et finalement j’ai évacué une trentaine de gros calculs biliaires (d’une taille entre le petit pois et le gros pois chiche) et bien davantage de petits. Eh oui ! Ils sont notablement verts comme on me l’a toujours dit, mais je n’en avais jamais vu ! De nombreuses personnes pensent que tout le monde devrait effectuer ces lavages une fois par an pour préserver la santé de leur côlon. A la fin de ce processus, j’ai dit à Ken en  plaisantant : « Ma vie en est réduite à examiner mes selles ! »

         C’est ce jeu de miroir entre le corps sourd et l’esprit qui entend qui va engendrer chez Treya comme chez Ken une rare ouverture, une communion subtile : « Nous avions l’impression, commente Ken Wilber, qu’il n’y avait qu’un esprit et un cœur uniques dans cette maison. », pour finalement renverser le drame en félicité et en lumière :

         « Je ne suis plus très sûr de ce que veut dire exactement le mot « éveil ». je préfère penser en termes de « compréhension éveillée, de « présence éveillée » ou de « conscience éveillée ». je sais ce que ces choses-là veulent dire, et je pense être capable de les reconnaître. Et tout cela était immanquable chez Treya. Je ne dis pas simplement cela parce qu’elle est partie. C’est exactement ce que je commençais à ressentir durant ces derniers mois, lorsqu’elle répondait à la souffrance et à la mort avec une présence simple et pure, une présence qui éclipsa sa souffrance, une présence qui annonçait clairement ce qu’elle était. J’ai vu une présence éveillée, on ne pouvait pas s’y tromper. »

         Il n’est pas possible de saisir toutes les dimensions de l’œuvre philosophique immense de Ken Wilber en faisant l’impasse sur ce livre saisissant, sur la manière dont l’un et l’autre, comme individus et comme couple, ont su franchir les frontières pour atteindre les rives de l’esprit infini. Si ce livre est une leçon de vie où courage et grâce s’inscrivent dans la douleur quotidienne pour nourrir la beauté de l’esprit, c’est aussi un enseignement traditionnel au cœur de la modernité.

Editions Almora, 51 rue Orfila, 75020 Paris, France.

www.almora.fr

Tag(s) : #Spiritualité et société

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