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11 juillet 2011 1 11 /07 /juillet /2011 16:41

Le Jardin des Livres vient de publier deux ouvrages nécessaires pour comprendre les dessous et les réalités de la crise actuelle, prendre la mesure de la manipulation des Etats contre les peuples, de l’asservissement des politiciens par la haute-finance et de la haute toxicité des banques prédatrices pour les citoyens. Cette prise de conscience est essentielle pour ne pas se tromper d’adversaires dans les temps qui approchent.

 

L’or des fous de Gillian Tett est un ouvrage technique, une mise à nu de la dangerosité des crédits dérivés, Credit Default Swaps, inventés en 1994, à l’origine de la crise du 29 septembre 2008, dont nous n’avons pas encore vu les conséquences principales. Journaliste réputée du Financial Times, Gillian Tett qui ne s’intéresse guère au début de son enquête à ces produits que seule une minorité de financiers comprend et manipule va pénétrer au coeur de la JP Morgan qui transformera les crédits dérivés en machine de guerre financière sophistiquée, machine qui va s’emballer pour échapper à ses créateurs.

L’ouvrage se lit comme un thriller. Il s’agit d’une traque des moments redoutables où la cupidité humilie l’intelligence. Car certains avaient perçu le danger, dont l’auteur, certain savaient averti, on leur avait ri au nez. Une petite élite auto-proclamée, méprisante et absolument ignorante du sens de la chose publique a cru trouver une formule mathématique qui permettait aux banques de gagner à tous les coups. La formule en question avait même intégrer les probabilités pour un être humain de décéder, ou plutôt de devenir insolvable, dans les mois qui suivent la perte de son conjoint, d’un enfant, d’un emploi… Aucun n’avait mesuré que l’hypercomplexité des relations humaines ne saurait se mettre en équation sauf à réduire l’humain ce qui caractérise les pensées totalitaires.

Car, ce qui frappe à la lecture du travail rigoureux de Gillian Tett est bien que la pensée financière et bancaire est par essence totalitaire.

 

Blythe Masters de Pierre Jovanovic, ouvrage moins technique, est consacré à la personnalité la plus marquante de cette affaire sombre, une mathématicienne qui, avec son équipe, a mis au point les crédits dérivés dans leur forme la plus élaborée. Elle est dénoncée aujourd’hui comme « la femme qui a inventé les armes financières de destruction massive », armes qui sont en train de détruire l’économie mondiale et dont pourtant nous n’entendons pas parler dans les médias si ce n’est de manière périphérique alors qu’ils sont au cœur des difficultés actuelles et notamment de la prétendue crise grecque qui ne fait que masquer la spéculation insupportable des banques qui cachent les 55 000 milliards de dollars d’emprunts toxiques qu’elles ne récupéreront jamais. Elles comptent bien faire supporter aux peuples leurs égarements, leurs bêtises et leurs comportements addictifs.

Si l’enquête de Gillian Tett l’a bien sûr conduit aux agissements de Blythe Masters et pire encore à ceux qui voulurent l’imiter, Pierre Jovanovic, mi-fasciné mi-troublé, a choisi de la mettre au cœur de son propos. Il est souvent admiratif devant cette femme, belle, intelligente, pragmatique et visionnaire tout à la fois qu’il considère « mi-déesse, mi-vampirella ». Il cherche parfois à la dédouaner, rappelant qu’elle a créé ces produits mais qu’elle n’est pas à l’origine de leur utilisation sans mesure. Pourtant, il cite le témoignage d’individus très lucides qui refusent de se laisser fasciner, comme celui, synthétique et précis, de Max Keiser, ancien trader d’options à Wall Street, qui connaît donc le sujet :

« Blythe Masters est une terroriste financière. Un terroriste est prêt à tuer d’autres gens au nom de Dieu. C’est exactement ce que sont tous ces banquiers, des terroristes. Le patron de Goldman Sachs, Lloyd Blanfein n’a-t-il déclaré qu’il faisait justement « le travail de Dieu » ? Ce sont tous des fondamentalistes et cette crise économique est leur Nuit de Cristal. N’oubliez pas : leur livre favori est celui d’Adam Smith « De la richesse des Nations ».

Je considère Blythe Masters comme une terroriste financière car elle a fabriqué les bombes qui ont fini par tuer des civils. Les credit default swaps sont des armes destinées simplement à propager le risque sur la population. On peut comparer cela a une bombe nucléaire. Elle et tous ces présidents de grandes banques américaines devraient être traduits devant un tribunal international, comme celui de Nuremberg. »

Remarquons que d’autres établissements que les banques américaines ont des responsabilités lourdes dans ce scénario, notamment la Deutsche Bank. Reprenons le propos de Max Keiser :

« Avec les swaps, il sont simplement séparé le risque de la récompense et mis les impayés sur le dos du peuple. Ce sont les impôts des gens qui servent à payer leurs bonus. La JP Morgan a fonctionné comme un distributeur d’armes. Jamie Dimon, le patron de Blythe Masters, a pris la place d’Adnan Kashoggi le fameux marchand d’armes.

Leur seul point faible aujourd’hui est l’argent métal. La JP Morgan apparaît intouchable mais son problème, son talon d’Achille, est son exposition au cours de l’argent. Si le cours arrive par exemple à 50 dollars, Blythe Masters devra payer entre 4 et 5 milliards de dollars. Mais elle sera sauvée par la planche à billet de la FED. (…)

Plus le dollar va baisser, et plus les épargnants du monde entier achèteront de l’or et de l’argent pour sauver leurs économies poussant le cours encore plus haut. Un cercle vertueux pour nous, vicieux pour eux. Aujourd’hui, le cours de l’argent est le talon d’Achille de Blythe Masters, le tout petit point ouvert de l anavette spatiale JP Morgan qui permet au laser mortel de passer, comme dans le film La Guerre des Etoiles.

Sa tête roulera sur le sol comme celle des aristocrates lors de la Révolution Française. »

Cette dernière métaphore est bienvenue. C’est bien d’un 1789, voire d’un 1793, dont nous avons besoin, mondial et ciblé. Inutile de couper trois cent mille têtes comme le préconisait Marat. Quelques-unes suffiront. Surtout, ce n’est pas une contre-spéculation qui règlera le problème. Blythe Masters, comme l’indique très clairement Pierre Jovanovic, a déjà pris une longueur d’avance en se portant sur l’appropriation des matières premières de la planète. Il ne nous faut pas seulement changer les règles du jeu (des politiciens de tous les bords ont menti en affirmant qu’elles avaient changé après 2008) mais détruire le jeu. Dissoudre le pouvoir factice que s’est octroyée la haute finance internationale (juste une excroissance de la caste des commerçants dans la typologie de l’Inde) et se séparer d’une caste politique caractérisée par la cupidité et l’incompétence. Oh, certes, il y a des exceptions et toute généralisation est abusive. Mais nous sommes en un temps d’urgence où il devient inutile de tergiverser. Blythe Masters et ses acolytes sont juste des êtres humains qui se sont transformés en parasites puis en prédateurs pour leur propre espèce.

Il nous faut réinventer le Politis.

www.lejardindeslivres.fr

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commentaires

view site 07/03/2014

The Garden of Books has made a valiant move here. Even though these facts are known to whole, no one shows the courage to speak it. Financial crisis in any nation is always associated with the greed of a particular group.