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Poèmes de Maître Daichi. Enseignement de Philippe Reiryu Coupey. Editions L’originel, 7 allée de la Charmille, 67210 Obernai.

https://loriginel.com/

Nous sommes heureux de vous présenter ce magnifique coffret rassemblant en trois volumes, les poèmes commentés du maître zen Daichi, véritable transmission qui accompagne et soutient la pratique.

Maître Daichi (1290-1366) est l’un des grands maître de l’école zen Sōtō, dans la lignée de maître Dōgen (1200-1260). Il fut admis au temple de Daiji-ji au Japon dès ses huit ans. En 1314, il se rendit en Chine où il demeura dix années, allant de monastère bouddhiste en monastère bouddhiste. De retour dans un Japon tourmenté, il fonda plusieurs temples.

« Moine sans temple, maître sans disciple, nous dit Paul Hōjō Pichareau en introduction, Daichi n’a jamais connu le succès. (…) L’écriture fut son refuge. »

Il laissa un ensemble remarquable de poèmes de style kanshi. « Cette forme ramassée, précise Paul Hōjō Pichareau, impose un style extrêmement allusif, où l’ambiguïté permet de suggérer une multitude de sens, de relations et d’échos. Daichi convoque ainsi en quelques mots, parfois en un seul caractère, l’abondante tradition zen. »

Si aujourd’hui tous les courants zen ne prisent pas la pratique du kōan, ce n’était pas le cas à l’époque de Daichi. Il sait emboîté les métaphores jusqu’à la révélation du sens le plus profond. Les commentaires de ces poésies font pleinement partie de l’enseignement et de la pratique zen. Philippe Coupey, avec ce livre remarquable, fruit d’un travail d’écriture et d’une pratique considérable, s’inscrit dans les pas d’un Kōdō Sawaki ou d’un Taisen Deshimaru, deux commentateurs et explorateurs de l’œuvre de Daichi.

Il s’agit d’un accueil, un accueil dans la poésie de Daichi et d’un accueil dans la communauté spirituelle du zen et, au-delà, de tous ceux qui sont engagés sur une voie d’éveil.

A la question, naturelle : les commentaires sont-ils indispensables ?, la réponse est oui. En effet, pour saisir ne serait-ce qu’un sens de chacun des poèmes de Daichi, pour s’orienter avec justesse, il convient d’être un familier de la culture du Japon médiéval et d’avoir saisi par la pratique de zazen à quoi le maître fait allusion :

 

Fuji san

La montagne culmine, solitaire,

dignité absolue parmi les nuages blancs.

Grâce à l’énergie de la neige, elle ne ressent pas le froid.

Sur ses huit faces, il n’y a ni endroit ni envers.

Surgissant du ciel, elle se dévoile à l’être humain.

 

Ce beau poème qui semble célébrer le mont Fuji, parle en réalité de zazen, évoque « la montagne unique, sans dualité », l’effacement de toutes les polarités, la solitude nécessaire à l’accomplissement, à la découverte de la nature de Bouddha…

« Celui qui cherche l’authentique voie spirituelle du bouddhisme doit commencer par enraciner dans son cœur ce mujō [l’impermanence] qui change si vite, enseigne Daishi. Votre mort viendra bientôt ; n’oubliez jamais cela d’un instant de conscience à l’autre, d’une inspiration à une expiration. Si vous n’êtes pas ainsi, alors vous n’êtes pas réellement celui qui cherche la Vraie Voie. »

Ces poème sont simples, nous rappelle Philippe Coupey, et nous sommes compliqués, c’est pourquoi nous ne les comprenons pas. La pratique est faite pour nous rendre aussi simple que le poème, alors seulement, nous en pénétrons le sens autant que le poème pénètre en notre esprit.

 

Zazen à minuit

Dans le palais solitaire, douze ans de maturation.

Tous les goûts sont servis dans un seul bol en bois, le bol des huit illusions.

Les fruits chauds dans le panier en osier, je vais dans la vieille montagne,

Délaissant chemins tortueux et rivières sinueuses sur les deux versants, je marche sans demander pourquoi.

 

Ce dernier poème de Daichi, découvert tardivement, semble faire écho au poème Fuji-san. La dualité conduit à la non-dualité, les deux ne font qu’un, mais une longue maturation est nécessaire pour saisir cette évidence. Aucun attachement, ni à la pratique, ni au détachement, pas même au Bouddha…

Chaque poème est à la fois méditation et action, méditation sur le vide, action libre de toute attente. Philippe Coupey souligne, éclaire, ajoute ici un point d’exclamation, là un point d’interrogation, tantôt avec le pinceau, tantôt avec le sabre.

L’ouvrage de belle facture rassemble pour la première fois en Occident l’ensemble des poèmes de maître Daichi et propose bibliographie, biographies, index et glossaire.

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