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Un jour, une vie. Les non-pensées d’un maître Zen de Taïkan Jyoji, Editions Almora.

Une lecture rapide de l’ouvrage pourrait permettre à un lecteur peu attentif de conclure que le journal de Monsieur Taïkan Jyoji c’est un banal journal de Monsieur Tout-le-monde. Ce qui est vrai d’une certaine manière. C’est bien de la banalité quotidienne dont il est question, mais d’une banalité vécue autrement, dans l’intensité de l’instant, la banalité sans projection.

Il faut un certain temps pour que les notes, pas toujours quotidiennes, de l’auteur, se mettent à révéler la beauté simple de la vie et le rappel permanent à soi-même que sont les micro-événements agréables ou désagréables qui s’égrainent dans une conscience souvent peu disponible malgré l’effort, malgré le travail, malgré la volonté et l’amour.

Le zen est tout sauf spectaculaire mais malgré tout on se surprend parfois à attendre quelque chose hors norme. Aucune chance dans ce livre qui dissout très lentement les normes et les règles, les conditionnements et les limites par de très légers décalages qui sont autant d’opportunités de vivre librement.

« Il faut être bien fou pour vouloir qu’un autre nous comprenne. »

Les pensées de l’auteur sont parsemées de calligraphies et de haïkus anciens ou contemporains qui viennent soutenir son propos qui, finalement, tous, « convoquent » l’éveil.

« Aucun moment, aucune action, aucun instant, ne doivent être vécus afin d’en servir un autre. L’action qui suit découle naturellement de celle en cours. La pratique qui mène à l’Eveil est celle d’être présent à chaque action de sa vie de tous les jours. »

Le pratiquant du zen ne diffère en rien de l’être humain courant, sauf peut-être qu’il ne diffère en rien tout court et qu’il ne diffère rien non plus. La comparaison s’estompe. Le temps s’estompe. La causalité s’estompe. Souffle et concentration s’imposent.

Le texte, tantôt rugueux, tantôt poétique, est parsemé ici et là de perles amoureuses destinées à la compagne de l’auteur, rappel d’une humanité vécue complètement. Et puis survient ceci :

« On peut tout toucher au profond qui est en soi.

Même si cela doit passer par se bâfrer

De crème fouettée. »

Humours et paradoxes mettent en perspective les crispations dualistes et invitent à lâcher prise, ramènent aussi à l’essentiel :

«  Le premier panneau qu’on a devant les yeux en arrivant aux abords d’un monastère zen indique : « Regarde où tu mets les pieds ! » C’est dans le sens de se concentrer là où l’on est. Plus tard, une fois engagé dans sa pratique sur un coussin de médiation, on devrait dire : « Regarde où tu mets tes fesses ! » Car une seconde d’inattention et on se retrouve le cul par terre ! »

L’ouvrage délivre aussi un message sur ce que sont la vie du pratiquant, la vie de l’instructeur, la vie d’un monastère zen. Loin des fantasmes chers aux occidentaux, auxquels les orientaux n’échappent pas nécessairement, le travail se dessine au fil des pages, dans toute la nécessité attentive de l’ordinaire (et non seulement l’attention nécessaire de l’ordinaire).

« Sur cette route étroite

En roulant bien à droite

Je suis quand même au milieu »

Editions Almora, 51 rue Orfila, 75020 Paris, France.

www.almora.fr

 

Tag(s) : #Tradition
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