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La petite histoire et la légende de Robin des Bois de Richard Khaitzine, Editions Slatkine.

Après nous avoir permis de découvrir un autre Paris, Richard Khaitzine a décidé de passer le Chanel pour nous faire revivre au côté de l’un des compagnons de notre enfance, Robin des Bois, que le désastre écologique planétaire a remis au goût du jour.

Robin des Bois dans l’histoire, Robin des Bois en littérature et Robin des Bois en Tradition. Ce sont les trois principaux axes de ce travail sur lesquels viennent de greffer les multiples digressions dont l’auteur a le secret et qui servent à merveille son sujet.

Dans le nom Robin des Bois, c’est peut-être le mot « Bois » qui doit être retenu.

« … il n’est pas étonnant que le lieu d’asile de Robin Hood soit la forêt. Cette dernière ne constitue nullement un espace géographique. Le héros, comme l’indique son nom, en est une incarnation véritable et il est véritablement le génie de cette forêt. Cet archer, est moins un chasseur qu’un ami des animaux et le protecteur de la végétation, une sorte d’écologiste avant que ce ne soit la mode, une mode bien tardive motivée par notre conduite suicidaire ayant conduit à la mise en péril et à la destruction de l’écosystème. Robin des Bois fait également figure de champion des faibles et notamment des femmes (…). Tout ceci est étonnamment actuel. »

Richard Khaitzine fait le lien entre l’aventurier et le culte de la fertilité et la franc-maçonnerie de la forêt. Il y a une résonance certaine,  d’ailleurs retenue dans certaines versions cinématographiques, entre le mythe et la permanence de cultes pré-chrétiens.

« Certains exégètes, confie l’auteur, n’ont pas manqué de relever que les aventures de l’archer de Sherwood pourraient bien être une allégorie destinée à illustrer le combat que se livrèrent le christianise, extirpé aux forceps – durant six à huit siècles au début de notre ère _ de la pensée hébraïque, et le paganisme agonisant sous les coups de boutoir. Il existe un parallèle intéressant à établir entre Robin Hood et l’Homme vert (The Green Man) des anciennes fêtes de Mai. Cet « homme vert » était également nommé Jack in the green. Lors des XVIème et XVIIème siècles, les guildes des métiers, en Angleterre, se mirent à rivaliser d’imagination et la guirlande verte d’origine finit par être remplacée par un déguisement couvrant le personnage des pieds à la tête, ce qui lui conférait l’apparence d’un arbre en forme de pyramide ou conique. Cet homme vert était fréquemment pourvu de deux accompagnants lesquels symbolisaient… Robin et Marianne. (…) Il est plus probable que ces festivités avaient pour vocation – même si les participants n’en étaient pas conscients – de pérenniser un savoir ancien en voie de perdition. »

Le vert a également toute son importance dans la symbolique hermétiste. Pas d’œuvres au noir, au blanc et au rouge, sans l’étape préalable du vert.

A plusieurs reprises, Richard Khaitzine reviendra sur l’importance de Marianne si présente dans certaines Ballades, « Marian, la déesse de la mer, divinité qui se confondait avec Marie l’Egyptienne ou Sainte Marie d’Egypte ». Et il poursuit : « Dans les campagnes anglaises, Marie l’Egyptienne fut identifiée à la déesse de l’amour connue des Saxons comme étant l’Epousée de Mai et ce en raison de son ancienne relation avec le culte de l’arbre de mai apporté en Grande-Bretagne par les Atrébates au 1er siècle avant ou après notre ère. Marie l’Egyptienne disparut en même temps que Merddin – le Merlin du cycle arthurien – transformé en ces temps chrétiens en Robin Hood. Robin Hood est probablement une variante du nom saxon de Merddin, Rof Breath Woden (Force brillante de Woden), encore désigné par euphémisme comme Robin Good Fellow « Robin Joyeux Drille », ce qui établit bien le lien avec la tradition compagnonnique forestière. »

C’est l’un des points essentiels du travail de Richard Khaitzine, le rattachement de la légende de Robin des Bois aux rites forestiers. Enfin, il en vient, toujours par la ligne verte, à la dimension alchimique, à la fois interne et externe, en sa double modalité apparente, isiaque et osirienne, lunaire et solaire. D’énigme en énigme, touche après touche, le Robin des bois que peint Richard Khaitzine évoque l’Hermès des Philosophes. Cette approche hermétiste, et aussi gnostique, « éveillante » en tous les cas, n’est jamais séparée du caractère libertaire du personnage. C’est que toute quête véritable est libertaire.

« Que penser du fait qu’il soit également le protecteur du peuple, c’est-à-dire de ceux qui produisent ? Il ne se contente d’ailleurs pas – lors de l’évolution de son personnage – de ce rôle, il procède à « une plus juste redistribution des richesses ». Ainsi, le côté païen de cet être de légende se double d’un caractère profondément libertaire avant la lettre. On retrouve bien là le rôle qui était dévolu aux anciennes divinités présidant aux traditionnelles fêtes rurales et saisonnières. »

Ce livre, aux multiples facettes, s’inscrit dans la tradition de l’écriture hermétiste. Se côtoient, pour le plus grand bonheur du chercheur, les choses dites, les choses dites sans être dites, et les non-dits lourds de sens.

Editions Slatkine, 5 rue des Chaudronniers, CP 3625 – CH-1211 Genève 3 – Suisse.

www.slatkine.com

Tag(s) : #Hermétisme
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