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Paris Le Caire, correspondance entre Louis Cattiaux et René Guénon, Editions du Miroir d’Isis.

René Guénon (1886-1951) et Louis Cattiaux (1904-1953) eurent une correspondance régulière du 17 novembre 1947 au 10 octobre 1950. La publication heureuse de ces lettres éclaire significativement les personnalités de ces deux figures du XXème siècle et la période difficile de l’immédiat après-guerre.

Louis Cattiaux espère une introduction à une future édition du Message Retrouvé, son œuvre magistrale, inspirée, révélée dit-il, qui connaîtra un destin peu ordinaire. C’est d’ailleurs par la médiation du compte-rendu que fera René Guénon d’une première édition du livre dans la revue Etudes Traditionnelles, qu’Emmanuel d’Hooghvorst se rapprochera de Louis Cattiaux et assurera au Message Retrouvé le rayonnement qu’il mérite.

La lecture de la correspondance montre que si René Guénon s’intéresse au texte et qu’il en fait une aimable présentation alors qu’il est habituellement très sévère avec les lectures qu’on lui propose, il ne semble jamais vraiment en saisir l’importance, en percer le mystère opératif. Il est certes intrigué, il interroge, suggère, compare, mais reste un penseur brillant et érudit face à un hermétisme qui lui est finalement étranger comme le montrent ces diverses incursions dans le domaine au fil des lettres.

Les échanges sont toutefois riches quand l’un et l’autre se laissent aller à la profondeur. Mais René Guénon ne se départira jamais d’une distance, d’une posture intellectuelle. A l’intuition et la poésie créatrices de Louis Cattiaux, sans lesquelles, rappelons-le, l’hermétisme, fusse-t-il juste techniquement, est vain, il oppose sa rigueur intellectuelle, ses certitudes brillantes.

Plus encore, il reste une personne là où il n’y a plus personne. On sent que Louis Cattiaux, qui se présente en position d’apprenti face au maître reconnu, s’est déjà grandement débarrassé ses crispations de la personne. Il en maintient finalement l’ombre par politesse mais demeure « à plus haut sens ».

Cette relation ne pouvait que finir par une rupture, rupture qui se concrétise sans violence dans les dernières lettres, mais où l’incompréhension grandit autour de cette introduction impossible au Message Retrouvé.

Un autre intérêt de cette correspondance tourne autour de leurs difficultés respectives face à leur environnement, culturel et intellectuel, politique et économique également, dont ils cherchent, en leur style respectif, à se protéger. Les deux hommes se sentent incompris dans ce monde, ce qui est le lot de tous les questeurs, cela les rapproche. Ils se retrouvent également dans une même condamnation de la modernité telle qu’elle se manifeste dans l’art. Nous sommes en présence parfois de deux souffrances qui se renversent dans une intellectualité supérieure pour René Guénon, dans la réalisation opérative pour Louis Cattiaux.

Pour nous lecteurs, il y a beaucoup à apprendre car les difficultés qui sont les leurs sont les nôtres. Il y a quelque chose d’un rapport permanent entre la lumière et l’opacité qui ne peut que s’inscrire dans la situation, quelle que soit l’époque.

A découvrir.

12,50 Euros à l’ordre du Miroir d’Isis. Contact : Clément Rosereau, 54 bis rue d’Angleterre, F-59870 Marchiennes.

Tag(s) : #Hermétisme

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