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Carlo Suarès

La kabale des kabales. La Genèse d’après la tradition ontologique de Carlo Suarès, Editions Arma Artis.

         Cet essai de Carlo Suarès mérite d’intégrer les corpus des organisations initiatiques qui étudient et pratiquent la kabale. Carlo Suarès nous propose un travail exigeant qui vise le sens ontologique de la Connaissance. Au cœur de ce procès : la conscience. Nous nous éloignons donc des interprétations occultistes courantes de la kabale, souvent trop limitées à des applications magiques, pour aborder son essence.

         « Il existe, rappelle l’auteur, une tradition que nous appelons la tradition ontologique, ou simplement la Tradition. Elle enseigne qu’il n’y a de révélations que dans les perceptions de plus en plus claires que la conscience peut avoir de sa condition et de son fonctionnement. Elle enseigne que le phénomène conscience n’est pas impénétrable à lui-même mais qu’au contraire une conscience consciente d’être – et non seulement d’être identifiée à la conscience d’être quelque chose – peut acquérir une qualité sélective lui permettant de reconnaître, dans son activité créatrice – et auto-créatrice – les éléments qui la constituent. Ces éléments, selon la tradition ontologique, ont pour véhicules les neuf nombres, tels qu’ils se combinent entre eux dans les cinq premiers livres de la Genèse (jusqu’à Noah). »

         Nous sommes bien dans la même problématique que celle des philosophies de l’éveil, l’enjeu est de s’abstraire de la conscience duelle, dissoudre toute séparation, pour vivre une conscience non-duelle, totale. « En vérité, nous dit Carlo Suarès, chacun des nombres est total ; totalement être et pourtant seule est totale leur consubstantialité. Il y a là une réalité irrationnelle qui transcende l’intellect. »

         Ecartant la guématrie qui nie l’être du nombre, Carlo Suarès met au jour l’unité des êtres, la présence de la totalité en chaque être, le jeu des identifications créatrices à partir de l’apparition de la dualité :

         « Depuis l’échelon le plus bas de la conscience jusqu’au plus élevé que nous puissions constater chez l’homme, la conscience est Beitt.(…) Les résistances d’une conscience qui affirme « je suis », commencent dès qu’on lui propose de considérer qu’elle n’est qu’un phénomène de relation, toujours et en toutes circonstances. Elle se sent inanalysable et intangible dans une essence métaphysique. En projetant le 2 au départ, la révélation de la Genèse interdit ces spéculations. Elle affirme que conscience veut .dire conscience de quelque chose. (…)

         Une conscience identifiée à sa pensée se bloque, s’emmure à l’intérieur d’un 2, où elle meurt étouffée. Penser, c’est penser à quelque chose ou penser quelque chose. Dans le premier cas, le 2 est l’objet et le combine avec d’autres objets connus. Le deuxième cas est celui des mythes religieux et sociaux, de l’idéal, de la foi en général : l’objet faisant défaut, l’imagination le fabrique. Ces symboles sont le contenant (le Beitt) des insuffisances profondes des individus, au moyen duquel ils se nomment une identité, et la conscience devient le contenant (le Beitt) de ces déchets. »

         Carlo Suares identifie parfaitement le « faire » qui maintient celui qui veut s’extraire de la dualité dans celle-ci : « La condamnation de la dualité et la recherche de l’unité sont des artifices de la pensée, dont l’effet le plus certain est d’installer la conscience dans la fixation d’une identité. ».

Le sujet de l’auteur est ce que d’autres désignent comme une voie directe. C’est une révélation immédiate qui ne nécessite aucun « faire », aucune pratique, aucun rite, une voie sans voie.

« La conscience aux prises avec elle-même et avec le « il y a », se constate indissolublement liée à la présence de tout ce qu’il y a (de l’existant). Elle ne sait pas, elle ne saura jamais, si c’est elle qui engendre les choses ou si les choses l’engendrent. Ou plutôt, elle sait que cette alternative est absurde. Son problème est ailleurs : il est dans la relation interne de ces deux aspects de la vie. »

Carlo Suarès, de l’ontologie à la métaphysique et de la métaphysique à l’ontologie, livre alors, le mot est inadapté, une clef essentielle, l’adjectif est important :

« Ce surgissement de vie, à tout jamais obscur à lui-même, est l’Immanence commune aux deux aspects, immesurables, intemporels, de l’Etre-Univers-Conscience. C’est le Aleph, = le 1. La Tradition le qualifie : Spontanéité Immanente. Il n’est pas objet d’expérience, de perception, de connaissance, parce qu’il est toujours neuf. Certains l’appellent l’élan vital. A chacune de ses apparitions, il n’est plus lui, car il est l’Incréé. Il n’a ni passé, ni avenir, ni mémoire. Il est l’impérissable intemporel, insaisissable. On ne peut le déceler qu’à travers les secousses qu’il provoque dans ce qui l’absorbe. Partie intégrante de la conscience, celle-ci ne se perçoit elle-même qu’en obstruant son passage. C’est pour cela qu’il est si facile et si général d’assassiner le Aleph. Les livres de la Genèse enseignent comment éviter ces mauvaises morts. S’il est vrai qu’à ces pulsations le Aleph ne peut que mourir, le rôle de l’homme est de faire en sorte que ces morts soient des résurrections. Et comme toute identité est une obstruction à ce passage, la véritable mort est celle de l’identité et non du Aleph. »

Cet ouvrage, cet enseignement traditionnel, accès au sans-accès, exige d’être médité, puis oublié, médité, puis oublié, médité, puis oublié, jusqu’à l’émergence du méditant permanent et de l’oubli originel, ultime, absolu.

Editions Arma Artis, BP 3, 26160 La Bégude de Mazenc, France.

 

Tag(s) : #Tradition

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