Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Janus et l’initiation maçonnique de Percy John Harvey, préface d’Alain Pozarnik, Editions Dervy.

         L’initiation, saisie comme basculement d’une conscience duelle identifiée dans la conscience non-duelle, est particulièrement évoquée par le thème de Janus, ce dieu aux deux visages, figure de la « dualitude », de l’union mais aussi de l’intervalle, du passage vers cette conscience non-duelle non représentable et indicible.

         Percy John Harvey a réuni une somme impressionnante sur le thème de la transmission initiatique à travers la symbolique, puissante, de Janus. C’est un travail de « traqueur » au sens initiatique du mot, l’œuvre d’un questeur qui recherche le moindre passage, ceux traditionnellement identifiés bien sûr, mais aussi les passages dissimulés, incertains, les chemins buissonniers, qui sont souvent aussi les plus rapides. Toute dualité est une invitation à l’union et donc à une traversée de ce binaire. Autant d’oppositions, autant de portes. Mais il ne s’agit pas de comptabiliser les portes repérées et identifiées mais, pas à pas de développer une sensibilité, une conscience accrue du non-duel, du non-manifesté, de l’absent-présent.

         Percy John Harvey s’appuie beaucoup sur le corpus rituel du Régime Ecossais Ancien et Accepté. Nous pourrions dire d’ailleurs qu’il lui redonne ses couleurs en rappelant, et c’est nécessaire, toute la portée de ce rite dès lors qu’il n’est pas accaparé par la banalité et l’habitude. En suggérant, sans jamais imposer, des vois d’éveil par le symbolisme, les métaphores, les renversements de sens, il rend vivant ce que le nombre peut tuer. Percy John Harvey développe son propos pour l’essentiel à partir des traditions occidentales, héraldique, alchimie, ésotérisme chrétien, hermétismes grec et égyptiens… mais n’hésite pas à renforcer son propos par des incursions dans les traditions orientales, shivaïsme, taoïsme notamment. Nous sommes dans la tradition précieuse de la science des correspondances.

         Pour illustrer tout l’intérêt de ce travail considérable, à la fois par la qualité et par la dimension (700 pages), examinons ce que l’auteur énonce à propos du thème initiatique classique du masque :

         « Le masque est un artifice qui sépare, c’est une sorte d’interface entre l’observateur et l’individu qui le porte. Le masque agit comme un écran de projection sur lequel se manifeste l’apparence du personnage qui le porte, ou celle de l’acteur.

         Le rôle du masque est spécifique du contexte pour lequel il est destiné. Ainsi pour le rôle d’une divinité, elle est figurée par un masque rituel.

         Pour une tragédie, c’est le masque du protagoniste, ou encore pour la représentation banale d’une individualité, le masque prend un aspect impersonnel.

         Le moi désire s’identifier à la persona dont il s’est investi. Par ce masque l’acteur ou l’individu veut faire croire aux « spectateurs » à une autre réalité de l’être, il s’agit d’un artifice, d’un compromis pour l’illusion du moment.

         Sur un plan social, la personne est identifiée par son travail, ses diplômes, ses fonctions, ses titres honorifiques, etc., qui sont autant d’éléments qui participent à la construction de la persona.

         Un autre aspect du masque correspond à une forme de « séparation » avec le milieu social, une sorte de « mise à part » tout en restant dedans, il devient alors une dissimulation. »

         L’auteur s’intéresse alors au bandeau, au voile, au loup et à la bauta, qui tous ont leur place dans certains rites. Voyons ce qu’il dit du loup :

         « Le loup est une forme de masque impersonnel. Il dissimule des regards et entoure de mystère celui qui le porte. Ce masque n’est donc pas destiné à représenter une personne sous un autre aspect, mais à dissimuler partiellement ou totalement le visage. L’individu qui le porte veut être anonyme, c’est-à-dire sans nom et sans identité apparente ; il veut être « personne » et aussi voir sans être vu, ou reconnu. Il y a là le désir d’une coupure avec l’altérité et l’identité, qui sont les fondements de l’existence sociale. Ce besoin de devenir anonyme peut correspondre à une recherche d’oubli de soi, en se faisant oublier des autres, ce peut être une démarche vers une sorte d’effacement de l’ego.

         Le port du masque se pratique dans certaines sociétés initiatiques, où chacun des membres est masqué. Ainsi, lors de leurs réunions l’assistance est symboliquement composée d’une assemblée d’inconnus. »

         Percy John Harvey, sans ostentation, pour un lecteur attentif, suggère l’opérativité traditionnelle du masque qui, après avoir « décalé » la dualité, conduit à la traverser. Ni objet, ni sujet.

         L’ouvrage est d’ailleurs organisé de manière très intéressante. Si l’auteur a choisi une structure thématique, le lecteur peut choisir un parcours de lecture, une déambulation initiatique vers la liberté comme le souligne Alain Pozarnik :

         « Avec Janus, vivons le temps de la vie dans la beauté de son intégralité et accomplissons par l’initiation la liberté de l’esprit qui nous unit à la splendeur de l’éternité. »

Editions Dervy, 22 rue Huyghens, 75014 Paris.

Tag(s) : #Tradition

Partager cet article

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :