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Un chemin d’ambroisie. Amour, religion et chausse-trappes de Jacqueline Kelen, Editions La Table Ronde.

         Jacqueline Kelen revient une nouvelle fois sur le déni du corps qui traverse la plupart des religions.

         La vision pertinente et la belle écriture de l’auteur conduisent le lecteur à s’interroger sur son propre rapport au corps amoureux et à sa spiritualisation éventuelle, avec ou contre ? car si les religions sont, pour la plupart, coupables de refuser le corps, de se défier de la femme amoureuse, de ne pas saisir que tout désir est un désir du Soi, de vouloir réduire la liberté essentielle de l’être, chacun est concerné en tant qu’individu.

         Comme le remarque Jacqueline Kelen :

         « Une grande rencontre ou un grand amour peuvent représenter une épreuve majeure.

         Très rare est chez les humains l’amour (amour-passion, amour courtois, amour mystique), mais fort répandu est le sentiment amoureux, capricieux, stéréotypé, éphémère.

         Le premier élève, rend puissant et libre, tandis que le second, qui fraie souvent avec le conformisme et le sentimentalisme, disperse, amoindrit, rend niais.

         La convoitise s’avère la passion humaine la mieux partagée. C’est l’avidité qui mène le monde, non pas l’amour, nous ne le voyons que trop aujourd’hui. »

         Jacqueline Kelen, lucide sur l’humain semble développer un constat amer de la capacité à aimer de l’homme. Cette amertume est à la hauteur de ces attentes, attentes qui s’inscrivent dans les Traditions de voies d’immortalité pour qui la mystique et l’érotique non seulement ne s’excluent pas mais se prolongent, se mêlent ou se fondent.

         « Désormais se voit qualifiée d’hérésie toute démarche spirituelle intégrant ou utilisant la puissance et la beauté d’eros à des fins de transformation et d’illumination. D’où l’anathème jeté sur la gnose valentinienne et l’acharnement de l’Eglise contre les adeptes de la fin’amor confondus avec les cathares fort ascétiques…

         Les voies d’éveil passent obligatoirement par eros, tandis que les religions n’ont de cesse de l’éradiquer : en prônant l’abstinence, la virginité et la chasteté, en instaurant pour le clergé le célibat, et pour le commun des mortels la conjugalité et la famille qui finissent par étouffer les derniers sursauts du dieu moribond. »

         « Le céleste se vit sur terre, telle est la révélation de la fin’amor. Exit les intermédiaires, les sermonneurs, les boutiquiers. La félicité éternelle ne se vit pas après le trépas, après une vie de bonne conduite, pieuse, rangée, obéissante et pénitente. Le céleste se vit sur terre, mais non dans la conscience ordinaire ni avec un corps seulement physique, et lorsque je dis sur terre, en fait il s’accomplit dans un « non-où », un lieu de nulle part, sous un huitième climat, en une île fleurie oubliée de presque tous. Ainsi Tristan et Iseut se retrouvent en une chambre de cristal, loin du monde ; ainsi Psyché est enlevée en un château aérien où passent des êtres invisibles, domaine mystérieux d’Eros ; ainsi la Dame à la licorne va disparaître sous la tente d’azur et d’or qui proclame son unique Désir et vivre ses Noces à l’insu de tous. 

Pour entrer en ce lieu non terrestre les fins amants se dépouillent de leur corps ordinaire, comme d’autres quittent leurs vêtements, mais leur union est bien réelle et dans la nuit sacrée ils émettent une grande lumière. »

Si notre monde, en son expression opaque, vulgaire, aliénée, bête et abêtissante nie la beauté et l’amour, les Traditions d’amour, dont témoigne une fois de plus Jacqueline Kelen, perdurent, dans les jardins secrets, les alcôves improbables, les temples cachés. Surtout, Jacqueline Kelen rappelle les principes d’un art d’aimer qui demeure.

La Table Ronde, 33 rue Saint-André des Arts, 75006 Paris, France.

Tag(s) : #Tradition
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