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La Lettre du Crocodile

La Lettre du Crocodile

Chroniques littéraires dans les domaines de l'initiation, des philosophies de l'éveil et des avant-gardes : Franc-maçonnerie, hermétisme, bouddhisme, shivaïsme, surréalisme, pensée contemporaine...


Franc-maçonnerie et religions

Publié le 27 Avril 2010, 16:39pm

Catégories : #Tradition

Contribution maçonnique au dialogue entre les religions du Livre. Le grand secret de réconciliation par André Benzimra, Editions Dervy.

         Une fonction essentielle de l’initiation demeure la traversée des formes sans laquelle aucune libération n’est envisageable, y compris des formes traditionnelles. André Benzimra nous le démontre, et c’est malheureusement nécessaire, à travers cette belle proposition dans laquelle il invite à l’ésotérisme pour dépasser les antagonismes des apparences.

         Traitant des trois religions du Livre, de ce qui semble les séparer ou les opposer, il cherche dans un ésotérisme commun, comme l’initiation maçonnique nous l’enseigne, à dénouer les conflits. Les trois religions du Livre, nous dit-il, ne se rapportent pas au même aspect du Divin. En remontant à leur source unique, une réconciliation créatrice s’impose naturellement.

         André Benzimra en appelle à Joseph de Maistre, conscient des erreurs de ce dernier, conscient surtout de la puissance d’une pensée à redécouvrir. Il s’intéresse notamment à la cosmogonie qui servait d’arrière-plan à son projet de réconciliation, projet qui inspire l’auteur :

         « Joseph de Maistre s’adressait à des Maçons et à son époque l’Ordre était chrétien. Mais, depuis le XVIIIème siècle, le recrutement de la franc-maçonnerie s’est considérablement diversifié en sorte que, de nos jours, toutes les grandes confessions du monde s’y côtoient, en parfaite amitié et sans que l’une tente de prendre la prééminence sur les autres. Il nous plaît à penser que s’il avait vécu jusqu’à nous, Joseph de Maistre eût étendu son projet d’entente à toutes les religions sans exception. (…)

         Donc, le projet du présent livre est plus ambitieux que celui de Joseph de Maistre. Il ne s’agit plus seulement de réconcilier ceux qui partagent la même foi dans le Christ, mais également ceux-ci avec les juifs et avec les musulmans. »

         Tâche ardue qui demande plus que l’espérance la foi ou la charité nous dit l’auteur mais un étayage « par raison démonstrative ». Et de poser la question de l’universalité. L’universalisme est aujourd’hui souvent le point de vue du plus fort même si ce plus fort se prétend plein de bonne volonté. Cet universalisme là conduit le plus souvent au pire. André Benzimra ne se trompe pas en parlant « d’universalité vraie » : « il ne s’agit pas de convertir les hommes, mais les religions elles-mêmes et leur conversion ne passe ni par l’amour ni par la force, mais par l’accès à la Connaissance. Le véritable universalisme n’est pas le ralliement de tous à un même dogme, mais le dépassement de tout dogme vers une Vérité une et sans frontière. »

         L’élaboration d’un « christianisme transcendant » qui pourrait être aussi bien qualifié de « judaïsme transcendant » et d’islam transcendant » serait le fruit d’un procès qu’il juge déjà engagé.

         Remarquons que ce livre pourrait être un beau manifeste pour une Franc-maçonnerie aujourd’hui en panne. S’il existe une organisation traditionnelle qui devrait s’emparer à bras le corps de ce projet, c’est bien la Franc-maçonnerie.

         André Benzimra prend alors, sans jamais perdre de vue la finalité sociétale de son propos, une entrée magistrale, celle des noms divins :

         « Tant qu’on n’aura pas élucidé la signification précise de chacun de ces noms, ou du moins des plus importants d’entre eux, tant qu’on n’aura pas identifié le nom divin auquel s’adresse précisément chaque culte, on n’aura aucune chance de lever les désaccords - en vérité tous apparents  - qui dressent les religions les unes contre les autres. Car, certes, c’est le même Dieu qu’elles adorent, mais sous des aspects différents d’un culte à l’autre en sorte que, pour une bonne part, leur mésentente vient de ce que leurs tenants croient parler de la même chose alors qu’il n’en est rien. »

         Parmi ces noms divins, trois lui semblent d’une grande importance, en hébreux, l’Infini, En Soph, le Très-Haut, El Elyon, l’Être créateur, Elohim :

         « le judaïsme est le culte d’Elohim ; le christianisme celui d’El Elyon ; l’islam celui du Principe suprême. (…)

chaque religion a pour mission de refléter plus particulièrement l’un de ces Principes et manifeste une nette tendance à privilégier celui-ci sur les autres, se faisant ainsi la gardienne d’un Nom divin bien précis pour le bénéfice d’un peuple déterminé. »

L’identification à ce nom et à cet aspect conduit au dogme voire au fanatisme. A travers quelques cas précis, l’auteur montre l’action nocive de ce processus d’identification, sur le messianisme, sur la Trinité, sur la venue du Paraclet… Il examine les différents points de vue, c’est bien de cela qu’il s’agit, et montre comment loin de s’opposer ils peuvent se compléter et même se souligner les uns les autres.

Il en vient enfin à Schadaï, ou El Schadaï, le Tout-Puissant, principe médiateur, centre, vecteur privilégié de la réintégration, « le grand Réconciliateur de toute discorde », qu’il identifie au Grand Architecte de l’Univers. Ce livre, qui se veut modeste, est pourtant de la plus grande importance. Il tend à restaurer la Franc-maçonnerie dans sa mission réconciliatrice. Cette réconciliation, précise l’auteur, décidément lucide, à un préalable, une autre réconciliation, entre Maçons héritiers des Lumières et Maçons spiritualistes qui, eux aussi, dans une laïcité renouvelée, doivent saisir que ce qui les distingue, parfois les oppose, dans l’apparence, est l’expression d’une même identité et d’une même volonté d’harmonie.

André Benzimra démontre également, par son essai lui-même, la possibilité, en puissance, d’une autre réconciliation, entre la Gnose, la Connaissance, et la vie de la Cité.

Ce livre, ce travail, est non seulement à étudier mais à soutenir. Il peut passer hélas inaperçu dans le contexte maçonnique actuel, perturbé et nébuleux. Il peut aussi être le déclencheur, élégant et pertinent, d’un sursaut salutaire de la Franc-maçonnerie.

Editions Dervy, 22 rue Huyghens, 75014 Paris, France.

 

        

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