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La Lettre du Crocodile

La Lettre du Crocodile

Chroniques littéraires dans les domaines de l'initiation, des philosophies de l'éveil et des avant-gardes : Franc-maçonnerie, hermétisme, bouddhisme, shivaïsme, surréalisme, pensée contemporaine...


Ninja

Publié le 14 Mai 2009, 06:51am

Catégories : #Eveil

Tradition Ninja

 


Shôninki, l’authentique manuel des ninja
de Natori Masazumi, Editions Albin Michel.

         Le Shôninki fut rédigé par un maître ninja, Natori Masazumi en 1681. Il constitue l’un des textes fondamentaux de la tradition ninjutsu. Le ninjutsu n’est pas seulement une discipline martiale. Comme tous les arts martiaux, il est aussi une voie d’éveil.

Nous avons souvent une vision très partielle du ninja, véhiculée par le cinéma, la littérature populaire et les mangas. Les ninja furent bel et bien les espions du Japon féodal, héritiers probables de leurs équivalents chinois. On retrouve  en effet dans le Shôninki des enseignements présents dans L’Art de la guerre de Sun-tzu.

Le ninjustsu s’est construit au carrefour de diverses influences chinoises et japonaises : taoïsme, bouddhisme Shingon et Tendaï, shugendô, shintoïsme notamment. La doctrine des cinq éléments particulière au taoïsme et qui fonde les arts martiaux chinois est présente dans le Shôninki. Il y eut des liens entre yamabushi et ninja, au moins au début du ninjustsu. Certains aspects occultes, comme les kuji-kiri se retrouvent dans d’autres écoles d’arts martiaux du Japon comme l’école Ken-katori.

Le Shôninki rassemble des enseignements divers : stratégiques, techniques, psychologiques, magiques et spirituels. Comme souvent dans l’enseignement traditionnel japonais, seul l’essentiel est énoncé. Les commentaires sont superflus puisque seule la pratique révèle les principes énoncés. L’enseignement est donc dense, simple mais chargé de conséquences et de profondeur.

« Il existe dans le ninjustsu le principe de sempenbanka qui postule que tout est soumis à d’incessants changements et transformations. L’essence de ce principe ne peut être saisie par la seule étude. (...)

Je ne peux expliquer ici le secret de l’âme avec des mots. Pourtant, si le shinobi en obtient la connaissance, celle-ci atteindra sa plénitude dans les quatre directions du ciel, et même repliée sur elle-même, elle trouvera place dans son coeur. Cette connaissance extrêmement importante intègre les mystères naturels de l’univers, les choses les plus inhabituelles, et éclaire de façon extraordinaire le cours du temps. C’est la voie pour tout connaître sans effort. »

Le shinobi est conduit à distinguer entre Connaissance et Principe :

« Ce que l’on appelle Principe est ce qui est permanent. C’est l’essence immuable. Assimiler la Connaissance est certes intéressant, mais cette Connaissance est soumise à d’incessants changements. Par contre, le Principe fondamental n’est pas quantifiable, et quand on l’étudie attentivement, tout devient clair. »

Le shinobi doit apprendre à contrôler son coeur pour accéder au principe, c’est-à-dire, ne pas se laisser entraîner par les sentiments, les préjugés et les représentations :

« Le coeur humain n’a rien de mystérieux. Il est doté des cinq éléments de l’Univers : le bois, le feu, la terre, le métal et l’eau, qui ne se révèlent que pendant un court instant. »

Le lâcher-prise, le rappel de soi, la présence, constituent le centre de cet enseignement qui conduit, dans un paradoxe apparent, au respect de la vie comme peut en témoigner le chapitre consacré à l’art de ne pas briser les individus :

« Détruire un homme éloigne du but vers lequel on tend. Si la rage nous anime, on perd l’avantage. C’est par des principes mondains que l’on devient arbitraire et que les choses deviennent difficiles. En conséquence, il y a des époques dans lesquelles l’individu est soumis à l’oppression et d’autres où l’on doit reconstruire. Cela est difficile à exprimer par des mots. Il est pourtant important d’en tenir compte. »

La lecture du Shôninki, traité sec et efficace, donne cependant au lecteur disponible et ouvert, un sentiment de beauté sans doute parce qu’il ne s’éloigne jamais de l’essentiel, de ce qui demeure au-delà des phénomènes.

Le Shôninki intéressera tous ceux qui se consacrent aux arts martiaux et aux voies d’éveil comme, plus largement, tous ceux, de plus en nombreux, qui sont attirés par la richesse de la culture japonaise.

Editions Albin Michel, 22 rue Huyghens, 75014 Paris.

 

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