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Otto Gross

 

         « La psychologie de l’inconscient est la philosophie de la révolution. (…) c’est-à-dire qu’elle est appelée à le devenir, en tant que ferment de révolte au sein du psychisme et libération de l’individualité entravée par son propre inconscient. Elle est appelée à rendre intérieurement apte à la liberté, à servir de préliminaire à la révolution. »

 

         « Nous pensons que la première vraie révolution sera celle pour laquelle femme, liberté et esprit ne feront qu’un. »

         « Je mes suis toute ma vie attaché à montrer que tout homme ne peut qu’être malade sous l’effet des institutions autoritaires actuelles, particulièrement l’homme de valeur, en raison même et en proportion de sa valeur. Ce constat conduit à exiger la révolution comme un impératif de l’hygiène humaine et la libération intérieure des révolutionnaires comme préliminaire clinique. Il prend en compte les exigences que l’individu adresse à la vie et définit « la santé » comme l’épanouissement de toutes les potentialités individuelles innées. »

 

         « Si l’on considère que la normalité consiste à se conformer à l’ordre existant, alors on pourra interpréter mon insatisfaction comme un signe de trouble mental. Mais si l’on prend pour norme l’épanouissement de toutes les virtualités innées de l’homme et si l’on sait intuitivement, et par expérience, que l’ordre social existant rend impossible cet accomplissement suprême de l’individu et de l’humanité, alors c’est celui qui se satisfait de l’ordre existant qu’on considérera comme inférieur. »

 

         « Le penseur de la Genèse était sans doute plongé dans la lutte qui opposa le monothéisme autoritaire et théocratique des prophètes au culte d’Astarté et qui décida du sort de l’ancien Israël et détermina sa zone d’influence finalement illimitée. Il faut croire que le culte d’Astarté résumait à cette époque tout ce qui pouvait rester de liberté et de dignité pour la femme. L’orgie comme acte cultuel perpétuait le jugement positif de la société matriarcale libre sur le facteur sexuel en lui-même, et l’investiture liturgique des femmes témoignait encore que l’esprit de la grandeur de la féminité subsistait. Pour faire échec au culte d’Astarté, les prophètes instituèrent le monopole religieux des hommes dans la liturgie judaïque, qui fut à l’origine du mépris de la femme dans la pensée judaïque puis dans les religions chrétienne et musulmane qui en sont issues. Les conceptions du judaïsme des origines se sont alliées à l’hellénisme dans cette direction commune, la première terreur blanche, orientée contre la liberté des femmes. »

 

         Ces quelques citations nous montrent tout l’intérêt de la pensée d’Otto Gross (1877-1920), peut-être l’élève le plus brillant de Freud qui l’éloigna comme il le fit de tous ses élèves pertinents, Otto Rank, Carl G. Jung notamment. Tout comme Otto Rank saisit très rapidement que derrière la sexualité, la question fondamentale est celle de la mort, Otto Gross voit dans le facteur sexuel une conséquence du conflit intérieur qui naît de la rencontre avec « l’étranger », l’extérieur, la pression de l’environnement, les institutions toujours répressives, le conformisme, etc. L’un et l’autre, comme Jung, dépassent la pensée d’un Freud incapable de voir au-delà de la sexualité et du refoulement.

         Cet homme, souvent interné pour troubles psychiques ou toxicomanie (Jung entreprit, sans succès, l’analyse d’Otto Gross) a laissé toutefois une oeuvre très cohérente qui nous intéresse à la fois pour son caractère révolutionnaire et pour la quête intérieure dont elle témoigne.

         Visionnaire, héritier de Bachofen, précurseur de Marcuse, Fromm, et Reich, il annonce les mouvements de libération de la femme du XXème siècle, mais aussi nombre d’expériences communautaires, en s’attaquant aux bases de notre société patriarcale. Proche des milieux anarchistes, il se rapprochera également des cercles communistes révolutionnaires et envisagera même d’organiser à l’Ecole supérieure de la culture prolétarienne des cours de « psychologie de la révolution ».

         Otto Gross n’a pas seulement marqué l’histoire de la psychanalyse. Il s’inscrit dans celle de la littérature et des avant-gardes. Il est l’ami de Franz Jung, qui croisa Dada et anima de nombreuses revues et cercles avant-gardistes. Il influence de nombreux auteurs qui lui rendirent hommage ou firent référence à lui dans leurs écrits : Leonhard Frank, Franz Werfel, Max Brod, et Franz Kafka notamment.

         Otto Gross apparaît comme un passeur d’idées puissantes entre des milieux différents où la pensée peut et doit s’exercer. Il apparaît aussi comme médiateur entre deux siècles. Il a introduit dans le XXème siècle des idées qui n’ont pas encore fait totalement leur chemin dans la culture européenne et occidentale. Otto Gross est peut-être finalement  un poète. Il nous apparaît  bien par ses irruptions fulgurantes dans la culture et la science, par ses brèches dans l’ordre établi, comme assumant pleinement la fonction poétique.

         L’ouvrage en français Révolution sur le divan de Otto Gross, publié chez Solin, avec une très bonne introduction de Jacques Le Rider, rassemble plusieurs textes de l’auteur dont Trois essais sur le conflit intérieur, Les effets de la collectivité sur l’individu, A propos d’une nouvelle éthique, La symbolique de la destruction, La formation intellectuelle du révolutionnaire.

         Par ailleurs, il existe une International Otto Gross Society qui étudie, analyse et fait connaître les travaux d’Otto Gross. Vous pouvez visiter le site de cette société : www.ottogross.org

 

Tag(s) : #Psychologie

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