Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

 

A la rencontre de saint Christophe par Françoise Bonardel.

Editions Guy Trédaniel, 19 rue Saint-Séverin, 75005 Paris, France.

www.editions-tredaniel.com/

Ce très beau livre consacré à saint Christophe nous emporte dans les multiples expressions de la légende qui l’entoure. Saint Christophe est à la fois très populaire et peu connu, tout d’abord parce qu’il existe peu d’éléments historiques sur la vie du saint à tel point que son existence n’est pas attestée, ensuite parce que nous nous contentons généralement des grands traits de la légende, empruntés à La Légende dorée de Jacques de Voragine.

C’est une véritable restauration qu’entreprend Françoise Bonardel, en puisant dans une riche iconographie, pour rendre à cette légende ses mystères et ses significations.

Avant de devenir christophore, porteur du Christ, Christophe sera un exclu, par son apparence physique, peut-être aussi par sa simplicité d’esprit. Il est un saint très à part dans l’assemblée des saints, ce qui explique peut-être sa popularité. Il est très accessible par sa différence que nous vivons comme une ressemblance rassurante. Cette différence, cette exclusion le rend très humain et nous rapproche consciemment ou non de la sainteté.

« C’est plutôt, écrit Françoise Bonardel, que le récit de sa vie légendaire bouleverse la vision la plus commune de la sainteté qu’on pense faite de renoncement ascétique, d’expériences visionnaires et d’élans mystiques. Or, voilà qu’un saint dont la tradition scripturaire et iconographique moyen-orientale affirme qu’il était de grande taille et d’une force peu commune, et de surcroît doté d’une tête de chien, ou au moins comparable par sa laideur à celle d’un chien. Celui qui ne se prénommait pas encore Christophe mais Reprobus (« le Réprouvé »), allait pourtant devenir un saint martyr une fois devenu chrétien… »

Les peintres, les enlumineurs, les sculpteurs se sont emparés de cette figure hors norme pour la faire vivre de multiples manières mais, auteurs et poètes se sont également intéressés à ce saint laborieux et attachant. A travers ce que les uns et les autres expriment de la figure du saint et de sa place dans la chrétienté, Françoise Bonardel met en évidence ses fonctions spirituelles ou initiatiques, marquées, ou plus incertaines.

La représentation cynocéphale de Christophe nous oriente vers Anubis, ou Hermès, et la fonction de passeur du saint. Sa bestialité apparente fait de Christophe un silène, laid à l’extérieur, beau à l’intérieur, ce qui coïncide avec sa fonction de porteur du Christ, lui-même porteur du monde.

Françoise Bonardel, après avoir développé ces fonctions, nous introduit au culte des images, un culte foisonnant et révélateur, avant de s’intéresser à Christophe Colomb :

« Si la vie de Christophe Colomb n’est pas celle d’un saint, elle finit néanmoins à ressembler à la Passion du Christ et à cette autre Passion que fut la vie légendaire de saint Christophe dont la motivation première ressemble à celle du hardi navigateur en ce que tous deux furent animés par le désir de servir Dieu en lui offrant ce qu’ils savaient l’un et l’autre le mieux faire : traverser les eaux fluviales ou marines. »

En nous plongeant dans les traditions populaires, comme dans les constructions plus théologiques, sans oublier les aspects sombres de la légende, Françoise Bonardel nous rapproche de ce « bon géant », à la fois discret et très présent dans notre culture.

Signalons une fois encore la pertinence du choix iconographique de ce livre soigné et agréable à lire ou parcourir.

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :