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Errances et autres nouvelles par Adriana Langer. Editions David Reinharc, 19 rue de Miromesnil, 75008 Paris.

www.editionsvalensin.fr

Nous pouvons entrer dans ce livre comme dans une galerie d’art dans laquelle nous serions seul avec une série de tableaux délicats et nuancés, vivants, scènes dans lesquelles nous pourrions pénétrer aisément.

On devine le sourire léger d’Adriana Langer qui nous accueille dans son monde avec discrétion.

Chacun des textes proposés explore une intimité, une teinte de la psyché qui nous est à la fois familière et étrangère car nous n’y avons pas prêté assez attention ou encore parce qu’elle nous envahit à tel point que nulle élaboration n’est possible. Parfois, nous flirtons avec le fantastique.

« Des insomnies, elle en a l’habitude, mais elle a beau connaître la perversité du mécanisme, elle n’a pas la capacité de le contrer. Au moment crucial on devient attentif, tendu, dans une écoute excessive et combien inopportune de soi-même. Dans l’esprit, le souvenir des échecs répétés augmente l’appréhension que tout ne s’enclenche à nouveau. »

Le rêve et la réalité présentent les mêmes incertitudes, les mêmes fluidités qui rendent la vie mouvante, fade puis intense, intense, puis fade. Il y a l’amour qui transforme, sublime, libère, ou l’amour qui enferme, fane, corrompt ou simplement fuit.

Dans l’une de ces nouvelles, Adriana Langer livre, peut-être inconsciemment, la clé de lecture de ses textes :

« Que se cache-t-il derrière cette porte, derrière telle autre ? J’aimais qu’aucun indice ne fût fourni avant d’entrer, que, ayant poussé un portail à l’aspect insignifiant, on découvrit un endroit étonnant. »

C’est bien cela que nous vivons dans ce livre, le passage de l’insignifiant à l’étonnant. Voici un extrait qui illustre l’intention d’Adriana Langer de défier les limites, de pousser les possibles dans leur retranchement, de questionner les réalités.

« Le rêve était court, et répété à l’identique trente ans plus tard. Au réveil il avait cette netteté, à la fois aigüe et fugace, que seuls les rêves possèdent, comme si la mémoire les conservant était d’une nature autre que celle qui enregistre les événements de l’éveil. Un tiroir différent, une circonstance cérébrale particulière dévoilant, lors d’un spasme, le profond sillon qui la sépare des autres, telles des crevasses dans les Mille et une nuits qui apparaissent soudain à la surface de la terre, donnant accès à un jardin souterrain empli de pierres précieuses, arbres fruitiers, merveilles et dangers. Mais à la moindre inattention la porte se referme sur le jardin secret, devient désormais invisible – le mot de passe magique s’oublie – pour toujours. »

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