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Gurdjieff et la voie des maîtres de Patrick Négrier. La Pierre Philosophale Editions, Les Acacias, 17 avenue Eisenhower, 83400 Hyères

www.lapierrephilosophale.com

Patrick Négrier a fourni un travail considérable pour réaliser ce livre sur la « voie des maîtres » à partir de son expérience de l’enseignement de Georges Ivanovitch Gurdjieff (1866-1949).

Il met en avant la démarche philosophique, au sens antique d’un art de vivre (doctrine, pratique et socialisation), pour distinguer la « voie des maîtres » de la « voie des rites », ces deux voies étant présentes dans toute religion traditionnelle. Ces distinctions sont nombreuses : pédagogiques, sociétales, structurelles, hiérarchiques, causales, stratégiques… Dès les premières pages, il se montre conscient des limites de l’exercice :

« Il est bien évident que si la voie des maîtres tire ses principes universels du qedem ou révélation naturelle qui est métaphysiquement « antérieure » à toute culture, toute tentative pour donner aux principes de la voie des maîtres une forme linguistique, plastique, pratique et enfin sociale (ou sociétale) transforme immédiatement ce qui était nature en culture particulière. Dès lors toute tentative pour vivre et incarner la voie des maîtres revêt nécessairement des formes culturelles. »

La question est toujours de maintenir le pressentiment de la nature au sein de la culture dans une tension créatrice. Pour ce faire, Patrick Négrier a le grand mérite, très grand en réalité vu la difficulté, de se replonger dans le livre majeur de Gurdjieff, Les récits de Belzébuth à son petit-fils, d’en extraire les jaillissements pour les commenter en puisant dans l’histoire de la philosophie occidentale. Il démontre ainsi comment l’enseignement de Gurdjieff, avec sa singularité incontestable, s’inscrit dans un courant souterrain qui perdure depuis des siècles, se renouvelant chaque fois que nécessaire, parfois de manière improbable.

Le panorama des pratiques introduites par Gurdjieff est ainsi observé à l’aune de la philosophie classique. Patrick Négrier développe longuement « l’échelle des idiots » à laquelle il a déjà consacré un ouvrage publié en 2017 aux Editions L’Originel-Accarias. Il montre tout d’abord que Gurdjieff reprend un principe traditionnel à la fois pédagogique et opératif, celui des échelles spirituelles. « L’échelle des idiots », née de l’observation, est plutôt efficace même si sa mise en œuvre est évidemment délicate.

En puisant dans la philosophie, notamment le platonisme et le pythagorisme, mais aussi le judéo-christianisme et quelques autres courants traditionnels, Patrick Négrier inscrit le « travail » de Gurdjieff dans un courant ancien et protéiforme. Cela ne le rend pas nécessairement plus compréhensible tant ledit « travail » fut expérimental. Il met en garde contre certaines appropriations, par exemple celle, répétée jusqu’au contre-sens, de l’ennéagramme et se montre particulièrement sévère, trop sans doute, envers l’œuvre de Mme de Salzmann. Nous ne trouvons rien sur le lien entre quatrième voie et alchimie interne. Le grand intérêt du livre est dans la mise en évidence de la complexité de l’enseignement de Gurdjieff que seule la pratique permet de simplifier (essentialiser). Ainsi Les récits de Belzébuth à son petit fils permettent de repartir d’une cosmogonie et d’une cosmologie pour placer l’être humain dans la trame totale, physique et métaphysique. La reconnaissance de cette place, ne serait-ce qu’intellectuelle, donne force aux exercices et à la nécessité d’apprendre à se connaître. Patrick Négrier note que Gurdjieff recueillit dans ses nombreux voyages les pratiques qu’il transmit à ses disciples mais puisa dans les textes anciens les éléments doctrinaux dont il avait besoin pour soutenir ces pratiques.

« Ce livre de philosophie, précise-t-il, est moins un livre sur Gurdjieff qu’un livre sur la voie des maîtres, ou si l’on préfère, c’est un livre sur Gurdjieff envisagé comme introduction à une réalité plus globale qui l’englobe : la voie des maîtres vivante, plurimillénaire, permanente au cours de l’histoire et réactualisée au XXème siècle par Georges Ivanovitch Gurdjieff (1866-1949). Si j’ai choisi d’aborder la voie des maîtres à travers l’exemple particulier et le prisme de l’enseignement de ce maître spirituel, c’est en raison de deux facteurs : d’une part la très grande exactitude par fidélité de ce dernier à la tradition originaire vivante, et d’autre part son caractère pratique puisque le gurdjievisme inclut un art de vivre. »

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