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Culture Rose-Croix et courants apparentés de Patrick Négrier. La Pierre Philosophale Editions, Les Acacias, 17 avenue Eisenhower, 83400 Hyères.

www.lapierrephilosophale.com

Le titre de ce livre est assez trompeur car s’il débute bien par une étude sur l’influence du mouvement Rose-croix caractérisé par les trois grands textes classiques que sont Fama Fraternitatis, Confessio et les Noces chymiques de Christian Rosenkreutz, et les commentaires ou développements qu’ils ont suscités, c’est surtout pour opérer une distinction entre ce que Patrick Négrier désigne comme « les deux grands courants de l’ésotérisme occidental » soit la Maçonnerie moderne et la Rose-Croix. Nous pourrions déjà contester ce choix car d’autres courants, moins sujets à publicité, ont eu et ont encore une influence majeure en Europe comme le courant osirien de l’Ecole de Naples qui renforça considérablement les pratiques internes de nombreuses organisations initiatiques, certaines rosicruciennes.

Nous ne trouverons rien dans ces pages sur les ordres initiatiques issus de la Rose-Croix allemande au XVIIIème et XIXème siècles comme les Rose-Croix d’Or d’Ancien Système ni sur une Rose-Croix plus méditerranéenne et moins identifiée qui ne fut pas sans influence du Portugal à la Grèce.

Non, l’intérêt du livre, bien réel, est ailleurs, dans l’approche d’une philosophie pérenne à travers les thèmes identifiés dans la pensée Rose-croix :

« Plus qu’un essai sur la pensée Rose-croix, le présent recueil apporte une lecture philosophique et critique de la culture biblique et c’est en cela qu’il constitue pour les contemporains l’occasion d’éclaircir un certain nombre d’aspects essentiels du judéo-christianisme qui restaient encore dans l’ombre jusqu’aujourd’hui. »

Patrick Négrier se montre très lucide sur l’absence d’unité idéologique des textes canoniques, sur la nécessité de s’affranchir d’un « subjectivisme injustifié (psychanalyse) » ou d’un « prématuré et imprudent comparatisme interculturel (René Guénon, Mircéa Eliade) » ou encore de la vision étriquée de l’ésotérisme d’un Antoine Faivre. Pour cela, il prend appui entre autres sur les exigences de la pensée philosophique, le souci épistémologique, l’apport considérable des découvertes archéologiques des dernières décennies, sur les méthodologies proposées par Gilbert Durand et l’anthropologie de l’imaginaire, sur la raison phénoménologique et enfin sur son modèle qui distingue « voie des rites » et « voie des maîtres », ce qui permet une autre lecture, moins figée que la lecture universitaire courante, réductrice, de la scène ésotérique occidentale.

Les thèmes abordés sont nombreux et peuvent apparaître comme une juxtaposition d’études sur les sens spirituels, les idées, la nature, physique et métaphysique, l’harmonie des sphères, les douze constellations du zodiaque, le mythe des cinq âges (il manque malheureusement sur ce sujet la remarquable tradition lusitanienne du Cinquième Empire), les utopies, l’herméneutique biblique… Le tissage et l’articulation entre ces thèmes se fait notamment par un appareil de notes très élaboré qui permet peu à peu de construire une vision globale née du regard singulier de l’auteur.

Nous apprécierons particulièrement sa critique des notions pauliniennes de péché originel et de rédemption : « Quoique les textes bibliques étaient clairs, leur interprétation faussée par Paul jeta dans l’erreur tous ceux qui le suivirent dans ses thèses aberrantes, suiveurs au nombre desquels il faut compter non seulement le luthérien Johann Valentin Andrae, mais encore Martines de Pasqually et René Guénon. »

Nous ne le suivrons pas concernant Martines de Pasqually, bien peu paulinien en réalité. Patrick Négrier se base, comme d’autres commentateurs universitaires de Martines sur la simple lecture du Traité sur la réintégration des êtres, or, répétons-le, ce traité est incompréhensible en dehors d’une longue pratique des opérations des Elus coëns, pratique qui conduit à une tout autre lecture des textes.

Revenons à saint Paul qui, nous dit-il, « ne se borna pas à inverser la tradition apostolique en présentant Jésus come un prêtre-prince : il la subvertit comme il fit également violence au contenu de l’Ancien Testament. » Il liste les nombreuses dérives dualistes pauliniennes qui entraînèrent et entraînent encore tant de drames. A contrario, il dégage une lecture philosophique et historique de la vie de Jésus basée sur Matthieu, Marc, Marcion et la doctrine johannique ce qui lui permet de revenir à la Rose-croix par le biais de la notion d’histoire chez Valentin Andrae qui l’aborde à travers la notion d’expérience de l’histoire :

« Celle-ci prend trois formes : l’expérience ou observation des événements de l’histoire politico-religieuse dans l’Europe chrétienne, l’expérience personnelle de l’Esprit, et enfin l’expérience du Verbe de Dieu. »

Cet énorme travail de plus de quatre cents pages bouscule bien des idées reçues et propose une approche renouvelée du symbole et des notions philosophiques fondamentales de la tradition occidentale, qu’il appartient au lecteur d’évaluer à l’aune de sa propre pratique.

 

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