Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

 

L’incroyable sagesse du grand âge par André Marro. Editions Le Relié, Groupe Trédaniel, 19 rue Saint-Séverin, 75005 Paris, France.

www.editions-du-relie.com

Ce livre, tout à fait remarquable, et ô combien nécessaire, rappelle à chacun de nous que vieillir est une magnifique opportunité.

« La fonction du vieillard est double, nous dit l’auteur : tel un arbre par ses racines, il assure la transmission transgénérationnelle et, par sa ramure, il est ouverture vers l’infini, vers le radicalement autre. Un simple contact avec un vieillard libre de sa peur de mourir va être plus fondateur que bien des explications et des savoirs pour rassurer un jeune adolescent face à sa perplexité… »

André Marro commence par nous mettre en garde contre quelques dérives contemporaines : le jeunisme, source de solitude, le géronticide, invitation au suicide, le gérontocide, isolation du vieillard « inutile ». A celles-ci, il oppose une ouverture à la transcendance, à la sagesse et à la liberté.

« La vieillesse peut être considérée comme une porte s’ouvrant vers un absolu de soi, même si cet absolu se nomme la mort. Le mot mériterait d’être redéfini, il a une signification réductrice, matérialiste.

De plus c’est probablement le déni de la profondeur abyssale et mystique de la mort qui nous empêche de deviner la cohérence et le miracle de la Vie… Nier la Vie avec son terme, c’est douter de sa dimension transcendante. L’angoisse de la mort peut être noyée, dépassée dans l’expérience de la transcendance. »

C’est par un itinéraire dans les sciences, l’anthropologie notamment, les philosophies, les spiritualités, les métaphysiques qu’André Marro nous conduit vers cette transcendance.

La partie de l’ouvrage la plus intéressante est sans doute celle qui en appelle aux philosophies non-dualistes d’Occident, parmi eux Spinoza, bien sûr, Montaigne, Giordano Bruno, Maître Eckhart, Nietzche, Bergson, Jankélévitch… Pour eux, résume André Marro, « Le réel est une totalité indivisible, mais qui se présente en « avant scène », comme soumise au temps qui passe et à l’espace et, en arrière scène, comme une réalité où le temps et l’espace se confondent et ne passent pas. Ces deux registres d’un même réel, comme nous l’avons dit, sont comparables aux deux faces d’une pièce de monnaie.

Cependant, la perception la plus fine de la réalité ne se situe ni en arrière scène, ni en avant scène. Elle se définit, si l’on peut dire, à la frontière de ces deux possibilités. »

En puisant dans les philosophies traditionnelles, ou plus contemporaines, comme dans les sciences, particulièrement la physique quantique, André Marro nous invite à voguer avec curiosité et joie de découvrir sur « l’océan de doutes » si cher à Montaigne pour se laisser saisir par d’autres possibles, générer ou reconnaître une ouverture au-delà des polarisations courantes.

La pensée très riche et érudite développée dans ce livre pourrait paraître éloignée des besoins immédiats d’un individu à l’approche de la mort, il n’en est rien. Tout au contraire, en multipliant les regards différents sur le sujet, regards qui veulent voir au-delà de ce qui se donne simplement à voir, André Marro nous donne les clefs d’un art de vieillir, de bien vieillir.

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :