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Franc-maçonnerie traditionnelle et monde moderne par Louis Arnolphe. MdV Editeur, 16 bd Saint-Germain, 75005 Paris – France.

http://www.mdv-editeur.fr

Louis Arnolphe aborde le sujet de la tension entre tradition et modernité dans le cadre maçonnique. Il s’appuie sur son expérience de chercheur en sciences sociales, notamment sur les travaux d’Emile Durckheim, et sur son parcours maçonnique. La difficulté, souligne-t-il est de préserver la dimension traditionnelle et sacrée de l’Ordre maçonnique tout en lui appliquant les outils de la sociologie.

Derrière ce sujet, classique, pointe une question éminemment pratique : la société moderne est-elle un but ou un obstacle à la quête maçonnique ? Peut-on restaurer une alliance entre sciences et traditions par, peut-être, la recherche d’un perfectionnement humain ?

Il y a, nous dit l’auteur « concurrence entre Franc-maçonnerie, construire un édifice moral et spirituel, et sociologie, construire un édifice social et matérialiste. Mais dans le premier modèle, il s’agit d’une construction imparfaite, de type médiéval, artisanal et manuel, faite à partir de pierres brutes individuelles qui se dégrossissent car, comme le dit John Ruskin (1819-1900), le critique social anglais, « la perfection n’est pas de ce monde ». Dans le second modèle, par contre, on part de pierres prédécoupées (des briques, ces pierres modernes) de façon automatique et de manière industrialisée. La différence entre les deux édifices est donc le matériau (pierres brutes dégrossies manuellement contre briques industrialisées), le mode de construction (artisanal ou automatique) et le résultat (un beau mur médiéval contre un mur de brique moderne, lisse et sans âme). »

Le premier modèle remarque encore Louis Arnolphe porte un projet de réalisation individuelle, le second un projet davantage collectif. Nous distinguons également une tension entre l’être et l’avoir/faire, entre Connaissance et savoirs.

Constatant le désenchantement du monde moderne, Louis Arnolphe cherche comment retrouver le sens de la nature humaine. Il propose deux pistes complémentaires : redonner au travail ses lettres de noblesse et éveiller l’intelligence du cœur.

La dernière partie de l’ouvrage étudie l’apport de la Franc-maçonnerie de tradition. Il reprend le processus initiatique maçonnique de mort et de renaissance, évoque la « rectification » nécessaire, appelle à une « archéologie de l’esprit » pour retrouver la source première. En chemin, il montre l’apport de la sociologie et ses limites, manifestes entre fraternité sociale et fraternité absolue.

« Mais cette fraternité sociale n’est pas réelle, elle est seulement juridique et matérielle, les individus sont fraternels jusqu’au moment où ils n’ont plus besoin d’autrui pour leur subsistance, contrairement à la Franc-maçonnerie où cette fraternité est censée être absolue. Au lieu d’embrasser les contraires, comme les Francs-maçons, la sociologie les divise et élève des murs entre eux. Le lien est purement artificiel et social en société tandis qu’il est réel, transversal aux classes sociales et ontologique entre Francs-maçons. »

Louis Arnolphe idéalise sans doute la réalité de la fraternité dans l’Ordre maçonnique, toutefois, il existe bel et bien une fraternité de désir qui dépasse la simple, et déjà difficile à mettre en œuvre, fraternité sociale. Ce livre est une belle contribution à la réflexion sur le travail maçonnique, son sens et sa finalité, tant individuelle que sociétale. Il permet au lecteur d’évaluer sa propre démarche en prenant en compte l’action inévitable de la tension entre tradition et modernité dans sa vie quotidienne, profane comme initiatique.

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