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L’Art du Chaos par Dominique Bertrand. Editions Signatura, Le Défens, 84750 St Martin de Castillon, France.

https://signatura.fr/

Nous revenons sur ce livre, dont nous avons déjà parlé, en raison de son actualité. Il nous permet de penser la situation que nous vivons non pas en nous perdant en commentaires mais en prenant de la hauteur.

« En grec, nous rappelle Dominique Bertrand », chaos ne signifie pas désordre mais béance, comme pour désigner la pensée béant devant sa propre limite logique, son impuissance radicale : sa propre origine. Fascination et terreur empêchent la pensée de faire clairement face à ce lieu-non-lieu d’où elle vient, et par là à son énigme, son « autre » intime : la dimension sensible. Et donc d’ouvrir une toute autre relation au chaos, vivante, dynamique, transformatrice, créative ou la Béance devient source. »

Dominique Bertrand nous introduit dans cette Béance, cet entre-deux, cet intervalle, afin d’approcher l’insaisissable, l’impensable qui cependant est aussi une extraordinaire matière pour l’œuvre de création. Il parle de « l’amour sans objet », caractéristique de la non-dualité, d’une « sagesse du chaos », d’une « métaphysique du chaos » que la pensée dualiste ne peut saisir. C’est en appréciant sa puissance transitionnelle, en abandonnant l’identification à l’objet, notre tendance à fixer que la puissance du chaos peut nous porter plus près de notre propre nature.

Rabelais, Janus, le mythe du Golem, et d’autres, viennent illustrer cet entre-deux, que cela soit par la coïncidence des opposés, les rencontres paradoxales ; le souffle, la multi-sensorialité, le double… l’art :

« On peut ainsi fonder une esthétique à l’aune du chaos dans la mesure où tout art se pose comme art de l’entre-deux-mondes : celui des formes du monde déjà là, et celui de la puissance, dont témoigne le surgissement d’une forme nouvelle. La mesure de l’art se joue doublement par sa capacité de créer des formes qui peuvent, soit occulter le sans-forme dont elles émergent, soit au contraire le révéler. »

Kabbale, alchimie, tantrisme, science rendent compte de cet art qui du double conduit à l’Un pour qui apprend à se mouvoir dans le jeu de miroirs de la création. Se mouvoir et s’émouvoir car tout y est Joie.

Accepter la présence du chaos, d’instant en instant, plutôt que de la différer dans un futur illusoire, nous ouvre vers la source d’où émerge toutes les formes. Cette plongée vertigineuse vers le Réel est pleine de poésie. Un autre rapport au langage est nécessaire afin de naviguer sur l’océan des possibles sans être pris dans la glace des contractions dualistes.

« La sagesse, nous dit encore Dominique Bertrand, se méfie de l’Apocalypse, dont la spectaculaire et terrible majesté aveugle et assourdit l’écoute fine du présent. Repousser le chaos à la Fin des Temps est le meilleur moyen de ne pas en saisir la présence, en transparence parmi toutes les formes et les mouvements du monde, faisant de tout instant l’occasion possible d’une ouverture imprévisible. »

Dans ce très bel essai, Dominique Bertrand nous invite à savourer le vertige de la présence et les immenses possibilités du chaos.

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