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A la recherche de Jakin et Boaz par Pierre Noël. Editions Dervy, 19 rue Saint-Séverin, 75005 Paris, France.

http://www.dervy-medicis.fr/

Ce livre est le fruit du parcours maçonnique et initiatique, particulièrement riche et exigeant, de l’auteur, principalement en Belgique, mais aussi en Grande-Bretagne et en France.

Pierre Noël nous demande de l’accompagner dans une « Promenade dans le jardin anglais d’une Franc-Maçonnerie méconnue », c’est-à-dire, les premiers temps de la Maçonnerie spéculative et de la Franc-maçonnerie moderne.

En introduction, il précise sa démarche et son orientation :

« Les historiens demandent des faits, les ésotéristes attendent des mythes. Les faits sont quasi inexistants, les mythes sont nombreux. Ce contraste inévitable découle de la nature même de la Franc-maçonnerie, société sans écriture qui survit, anachronique, dans un monde où seul compte l’écrit. (…)

Je ne sais s’il est possible de maintenir une position moyenne : se servir des rituels pour tenter la description d’un processus évolutif, démarche qui relève de l’épistémologie et non de l’histoire. C’est en tout cas le but de ce livre : décrire l’évolution des rares documents qui traitent du message rituel spécifique aux loges de Francs-maçons. »

Pierre Noël étudie ainsi les premiers documents, ils sont anglais et écossais, à l’origine de la Franc-maçonnerie, d’abord britannique avant de s’étendre sur le continent européen. Son point de départ est donc naturellement les premières loges connues à travers leurs archives à la toute fin du XVIème siècle. Elles sont écossaises. Les statuts Shaw, les statuts d’Aberdeen, les manuscrits d’Edimbourg, le manuscrit Dumfries n°4, permettent de comprendre la vie des « loges » opératives du XVIIème siècle qui dans leur organisation « ont toutes les caractéristiques des loges actuelles ». Nous y retrouvons l’essentiel des rituels même si à l’époque il n’y a pas de troisième degré. Ce sont les commentaires associés au « Mot de Maçon » qui abordent le sujet des colonnes Jakin et Boaz.

Au XVIIème siècle, l’Angleterre vit apparaître des Maçons libres sans lien avec le Métier. La convergence de plusieurs facteurs, certains sociaux, d’autres associés aux mythes en vogue dans la culture traditionnelle, ont pu favoriser le passage de l’opératif au spéculatif jusqu’à l’élaboration des fameuses Constitutions d’Anderson qui fixent en quelque sorte un processus qui nous échappe largement malgré la qualité récente des recherches sur le sujet.

Pierre Noël tente de clarifier l’évolution des degrés au début du XVIIIème siècle et la construction du degré de Maître-Maçon dont l’apparition modifia profondément l’organisation et les fonctionnements maçonniques. Il aborde bien des aspects de ces innovations et de leurs conséquences à court et long terme : création d’une Grande Loge, d’une Grande-Maîtrise, inversion des mots de reconnaissance, déchristianisation relative…

Sur cette base, Pierre Noël nous propose, avec les réserves voulues, de décrire le fonctionnement supposé d’une loge vers 1730 avant de traiter des évolutions qui suivirent jusqu’au début du XIXème siècle. C’est finalement un lent processus vers « un message symbolique à portée métaphysique qui fit la richesse spirituelle de la Franc-maçonnerie ».

Le grand intérêt du travail érudit de Pierre Noël est de restituer une vision très vivante du monde initiatique avec ses flottements, ses incertitudes mais aussi ses jaillissements et ses accomplissements. Il laisse libre ce qui n’est que processus.

« Ces conclusions, nous dit-il anticipant des réactions trop courantes, ne pourront que heurter tous ceux qui voient dans la Franc-maçonnerie « spéculative » une forme déchue et inefficiente d’un organisme opératif : l’abandon de la pratique aurait privé les Francs-maçons de toute possibilité réelle d’accéder à la « Réalisation spirituelle », l’ordre actuel ne serait plus qu’un réceptacle vide où seul subsisterait le souvenir d’une Tradition Primordiale insaisissable. Cet acte de foi, car s’en est, ne repose sur rien d’objectif et n’apporte guère à la compréhension du fait maçonnique. Il sert surtout à justifier les anathèmes et condamnations dont sont friands les intégristes de la « Tradition », toujours prêts à déceler un relent de « Contre-initiation » et la marque du Malin chez quiconque n’adopte pas leurs vues. »

La vision d’ensemble offerte dans ce livre insiste sur le questionnement et l’approfondissement permanents comme base de la pratique, aussi bien rituelle qu’interne. Elle a ce qu’il faut d’audace sans laquelle l’initiation ne saurait être envisagée.

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