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Les nouvelles voies de l’éthique par Yves Bannel.

Editions Télètes, 51 rue de la Condamine, 75017 Paris.

Afin de « repenser la société pour un avenir meilleur », Yves Bannel nous invite à reconsidérer et peut-être reconquérir l’éthique, à distinguer de la déontologie, qu’il définit comme « la morale plus l’amour et la responsabilité ». La morale car elle structure la société et présuppose libre-arbitre et choix conscient, l’amour car « il ouvre à l’altérité », la responsabilité car elle met en adéquation nos convictions et nos actes.

Pour réédifier une éthique véritable, Yves Bannel propose cinq pistes. Face à la prépondérance grandissante du virtuel et à l’affaiblissement du tissu social, il est nécessaire de redéfinir tout d’abord une éthique de l’individu. Pour cela, il se réfère au triptyque de Teilhard de Chardin : Centration – Décentration – Surcentration.

Puis, il faut passer d’une éthique de l’individu à une éthique du citoyen qui est aussi une « éthique de responsabilité » (Max Weber), responsabilité personnelle et responsabilité collective.

La troisième piste consiste à une recherche d’une éthique du progrès et du mouvement : « Le moment est propice, nous dit-il, pour relire Camus et son éthique de la révolte qui est la condition même du mouvement et donc du progrès ». Ne pas se laisser enfermer dans les normes et les codes est vital pour garantir le mouvement créatif. « L’éthique du progrès, écrit Yves Bannel, met en œuvre deux des principes contenus dans notre définition de l’éthique : l’amour qui est l’ingrédient primordial, et le mouvement qui s’épanouit par la responsabilité assumée de la liberté et de l’esprit critique, seules voies pour réfuter les faits acquis, les idées qui obligent, les slogans qui encadenassent, les régimes qui cherchent le pas cadencé. »

La quatrième piste est l’esthétique de l’éthique. Si la primauté de la raison est réaffirmée, ce ne doit pas être au prix de l’occultation de l’art et de la mystique. « Il faut mettre, dit-il, de l’irrationalité dans notre rationalité. »

« L’homme, poursuit-il, a cette capacité de rêver, penser, réfléchir, spéculer sans limite sur des thèmes qui transcendent ses propres limites. L’art est une voie vers cette esthétique de l’éthique, c’est un moyen pour capter la beauté mais aussi le sens caché des choses, c’est une intuition fondamentale pour s’évader du réel et chercher le sens caché de nos actions, de nos pensées, de nos rêves de vie. »

La cinquième piste est celle de l’éthique éclairée. Issue des Lumières, elle s’oppose à toute pensée unique, à l’accident de vitesse, à toute forme de prétention à détenir la vérité, aux atteintes à l’intimité. Elle se bâtit sur le socle de la laïcité, de la raison, du savoir et de la liberté.

Il ne s’agit pas pour Yves Bannel de réagir et commenter mais bien de proposer. Au fil du livre, il reprend des thèmes essentiels comme la tolérance, les limites de l’altérité, l’enfermement relativiste, la reconquête de soi-même…

« L’éthique, dit-il encore, est le creuset où explorer la condition humaine, analyser les schèmes d’universalité, préparer une nouvelle grammaire de l’humain, intégrer les divers universalismes. L’éthique intègre les complexités, douleurs, cruautés de la condition humaine en vue de construire un cadre propre à une véritable anthropologie au seul profit de l’homme en tant que totalité. La crise, les angoisses, les références à un passé définitivement révolu, les discours à la mode et la pensée unique, sont autant de symptômes du vide éthique actuel. A nous de travailler pour, pierre après pierre, combler ce vide. »

Actuel, tellement actuel !

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