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Axiomes du Grand Âge. Vol.1 Le vieil âge et Vol.2 L’homme banian de Louis Bachoud. Editions Valensin, 16 bd St-Germain, 75005 Paris.

https://www.editionsvalensin.fr/

C’est sous la forme d’un conte ou roman moderne que se présente ce bel essai sur la vieillesse et la mort. La lucidité a un prix que l’humour et le détachement n’arrivent pas toujours à régler. A la fois introspectif et explosif, les deux textes de Louis Bachoud viennent dire ce que nous voulons trop souvent nous cacher et ce que la société est encore incapable d’inclure pleinement dans le « vivant ».

C’est à travers trois femmes que Charles devra confronter son existence et la mort qui approche, lui qui adhère encore tant à la vie, à l’action, malgré l’isolement.

« C’est elle, dit-il, l’émissaire, Kairos, en femme du temps métaphysique. Elle vient m’annoncer le basculement décisif de ma vie, mon avant et mon après, où quelque chose de ce genre, poursuit-il. Je comprends, je sens enfin. Elle est envoyée par le temps pour me soumettre au présent. A son âge et au mien. A ce demi-siècle qui nous sépare. Pour que j’aie devant moi l’âge que j’ai, et celui que je suis.

Je refuse, se révolte Charles.

Quand le temps qui reste se compte en jour, seule l’intensité du moment compte. »

Chacune de ces femmes viennent bousculer sa vie, le rapprocher de lui-même, de la mort et de la vie simultanément.

Les souvenirs, tantôt élèvent, tantôt engloutissent. La solitude demeure. La décrépitude du corps ne submerge pas la vaillance de l’esprit mais celui-ci abdique parfois sans avertir avant de se reprendre.

Louis Bachoud, avec beaucoup de talent, met en scène les nuances de la vieillesse et du rapport entretenu avec le mort. Les rencontres et les absences ouvrent des plaies cachées ou au contraire consolident les cicatrices.

 

 

Si dans le second volume, Charles devient « je », il s’agit bien d’un prolongement et d’un aboutissement de ce qui se tisse ou se trame dans le premier volume.

Cette fois, c’est la fin de vie qui est au cœur de la démarche et les questions cruciales qu’elle pose. Quand partir ? Comment partir ? C’est à Madagascar que la quête trouvera sa réalisation avec une intense communion, voire fusion avec le banian, arbre sacré des hindous, et à travers lui avec la nature. Ce qui se profilait dans le premier volume, parfois avec Spinoza, Montaigne, ou d’autres penseurs comme compagnons de solitude, se réalise ici par l’arbre, qui unit le ciel et la terre, l’arbre qui enseigne :

« Ma feuille est le lieu de repos des croyances et je suis l’arbre d’immortalité et de fertilité. Je symbolise la création, la conservation et la mort. Mon écorce représente le final dénouement, mes racines la conservation de la vie, et mes branches la création, la Genèse. On dit que je nourrissais l’humanité avec « mon lait » bien avant l’arrivée de toute autre forme de nourriture. Je suis à la fois temple et cimetière. Je suis considéré également comme la maison des dieux et des esprits. »

Si l’arbre est à la fois la clé et le lieu d’une liberté nouvelle enfin réalisée, la femme est toujours présente, chair et métaphysique, témoin et initiatrice. Promesse et réalisation. Indispensable.

Spontanéité, sagesse et poésie font le sel de ces livres qui aideront beaucoup à mieux voir dans le brouillard parfois épais de la vie et de la mort.

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