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La symbolique animale dans les églises romanes par Joseph Caccamo. Editions Cosmogone 6, rue Salomon Reinach, 69007 Lyon.

www.cosmogone.com

Joseph Caccamo, spécialiste universitaire, est connu pour ses travaux sur l’art roman. Avec cet ouvrage, très bien illustré en couleur, il nous permet de décrypter les livres de pierre des églises romanes et de saisir les héritages et les influences qui les caractérisent.

L’art roman est riche de ses représentations, humaines ou animales, réelles ou imaginaires puisant en de multiples sources culturelles. Joseph Caccamo note que de nombreux courants « parallèles » au christianisme officiel persistèrent jusqu’au Moyen Âge à travers des traditions populaires, des confréries, des écoles initiatiques notamment. L’église romane, véhicule de ses influences, apparaît bien souvent comme « un lieu initiatique » avec lequel nous avons perdu le rapport. Son syncrétisme est aussi son originalité et la source de sa puissance symbolique.

Parmi les influences les plus marquantes, nous trouvons l’influence celte mais aussi égyptienne, grecque et latine.

« Le symbolisme animal pour représenter les humains, nous dit-il, n’a pas été inventé par les imagiers romans. Les fabulistes grecs et latins, Esope, Phèdre, utilisent déjà ce moyen pour représenter vertus et vices humains. Et nous avons vu que c’était déjà un thème utilisé par les Egyptiens. »

L’orientation des églises romanes reprend celle des temples antiques et le parcours initiatique va du nord au sud, passant par l’orient. Or, c’est bien au nord, froid et sombre, que les églises romanes concentrent les représentations animales symboliques des forces que nous devons affronter et maîtriser.

En présentant les représentations de l’enfer, des châtiments, des diables et des démons, Joseph Caccamo nous rappelle le sens premier du diable, le séparateur qui permet la création, la dualité et invite au retournement. Les représentations du diable sont multiples, il peut prendre toutes les formes, notamment animales. Il fait signe avec insistance dans l’art roman y compris sous ses formes hybrides, particulièrement intéressantes :

« Ces hybridations, précise l’auteur, nous permettent de noter le degré d’animalité de l’homme ou inversement le degré d’évolution de l’animal. C’était, là encore, un moyen pour nous signifier cet éternel message, que nous verrons partout dans l’iconographie, que non seulement le diable mais aussi l’animal font partie de nous-mêmes, que ce ne sont pas des êtres tout à fait extérieurs à nous. »

Joseph Caccamo détaille longuement les représentations et les fonctions des vices, des animaux fabuleux, des animaux domestiques et des animaux sauvages, puisant dans les traditions, chrétiennes et non chrétiennes, les sens possibles. Le griffon par exemple a pu évoquer aussi bien le diable que le Christ. Le bestiaire roman se déploie sous nos yeux en ses ramifications innombrables, miroir des voyages de l’homme en lui-même comme de ses projections.

« Si l’église romane donne des « réponses » aux angoisses de l’homme du Moyen Âge, elle le questionne en même temps pour qu’il aille au-delà de ces « réponses ». C’est ainsi qu’elle s’adresse à l’illettré et au simple d’esprit mais aussi au savant théologien et au philosophe qui cherche la vérité. »

Ce livre, si nous nous l’approprions au-delà de sa dimension artistique, devient un manuel de voyage initiatique simultanément dans l’église romane et en nous-mêmes.

 

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