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Albert Pike, américain sudiste et réformateur du R.E.A.A. par Michel Jaccard. Editions Cépaduès, 111 rue Nicolas Vauquelin, 31100 Toulouse.

www.cepadues.com

Il existe peu de travaux en français sur la vie et l’œuvre d’Albert Pike (1809-1892), l’ouvrage de Michel Jaccard est donc bienvenu pour nous permettre de mieux connaître l’influence, souvent ignorée de l’un des Francs-maçons nord-américains les plus importants.

Au XIXème et début XXème siècles, Albert Pike contribua largement, comme Eugène Goblet d’Alviella en Europe, à donner au Rite Ecossais Ancien et Accepté sa forme actuelle, parfois discutable.

Michel Jaccard commence par une biographie condensée d’Albert Pike qui fut instituteur, journaliste, écrivain, poète, éditeur et homme de loi. Personnalité pleine de contradictions, Albert Pike se montra proche des Amérindiens mais s’opposa à l’abolition de l’esclavage. Il fut d’ailleurs un homme de guerre sudiste ce qui ne l’empêcha pas par la suite de défendre des engagements humanistes (école publique gratuite, place de la femme dans le couple et la société, dénonciation de la concentration des richesses…).

Albert Pike débuta tardivement sa carrière maçonnique, à 41 ans, et connut une ascension rapide, notamment en raison de son travail de refonte des rituels, qui aboutit au document Magnus Opus, publié en 1855. « Il est généralement admis, signale Michel Jaccard, que Pike modernisa les formulations et introduisit une cohérence et un message porteur de sens qui pouvait manquer auparavant. »

Michel Jaccard explore certains des apports et modifications introduits par Albert Pike dans le Magnus Opus avant de s’intéresser à son ouvrage le plus important, Morals and dogma, somme dont la forme interroge :

« Les thèmes se répètent souvent et la somme manque de fil conducteur : un même sujet est traité plusieurs fois ; pour un enseignant, la pédagogie manque à l’appel. L’on a souvent l’impression de notes prises et arrangées dans un ordre sommaire. Était-ce une maladresse de l’auteur, un refus de retravailler cette sommez et d’y apporter une structure plus logique ? Ou Pike avait-il compris avant Mac Luhan que « le message est le massage » ? Avait-il perçu que c’est par la répétition et la redondance d’argumentations, de concepts clés, que ceux-ci finissent par s’inscrire dans notre mémoire ? »

Toujours est-il que ce livre peu lisible fut réédité en 2011. Il défend une haute conception de la Franc-maçonnerie qu’il considère supérieure à la philosophie et à la religion. Il défend l’éthique et la fraternité. Mais propose aussi « une métaphysique centrée sur l’être suprême » :

« Pike l’expose par le biais d’une anthropologie des religions, avec un éclectisme et une largeur de vue inusitée à l’époque » note Michel Jaccard. Pike s’opposa naturellement à l’athéisme et au panthéisme.

Si l’œuvre d’Albert Pike est manifestement dépassée, son étude permet de comprendre l’évolution du Rite Ecossais Ancien et Accepté. Reste le personnage qui fascine par sa complexité et typifie aussi les ambiguïtés toujours présentes de la société américaine.

 

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