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Yoga en prison. Une lecture des Yoga Sutra de Patanjali par André Weill. Editions Le Mercure Dauphinois, 4 rue de Paris, 38000 Grenoble, France.

www.lemercuredauphinois.fr

 

Bien des spiritualités volent en éclat quand elles sont confrontées à des situations extrêmes comme la maladie ou la prison. Ce livre en est d’autant plus intéressant.

André Weill anima de manière hebdomadaire, pendant une dizaine d’années, des séances de yoga au Centre Pénitentiaire de Grenoble-Varces dans le cadre de la « Promotion de la Santé et prévention des Risques », grâce à un financement de l’ARS. Ce ne fut possible que par l’ouverture d’esprit de la direction du Centre pénitentiaire et de son personnel. Il s’agit d’une initiative locale.

 

L’ouvrage rend compte de ce qui est davantage qu’une expérience, un mode de vie pour les quelques personnes qui se sont inscrites dans ce programme. Il est basé sur les paroles des personnes en situation carcérale, toutes volontaires.

« Séances après séances, nous dit l’auteur, je les ai précieusement conservées pour les restituer ici aujourd’hui. Au-delà du fait que ces paroles aiment à voler de leurs propres ailes à travers les barreaux de la liberté, elles sont rares et donc précieuses. Je souhaite qu’elles puissent voyager à travers les écoles de yoga compte tenu de leur profondeur et de leur insoumission aux identités, aux temps et aux espaces. Le yoga à l’état pur ! »

 

Il y a une spécificité du yoga en prison que nous présente André Weill en ces termes :

« Du fait de l’immobilité des corps due à l’encellulement, du fait de la vision continument limitée par un mur à un ou deux mètres de distance et du fait du concentré de violences en prison, les corps et les respirations des pratiquants sont extraordinairement rigides. Toutes les séances commencent donc par un travail postural doux, adapté à la réalité des corps et aux blessures psychiques de chacun. Dans un deuxième temps, le travail respiratoire peut prendre place et jouer son rôle nourricier et libérateur. Et ce n’est que dans un troisième temps, si les étoiles sont alignées et que les conditions climatiques de la salle le permettent, que nous pouvons aborder un temps de méditation ou de relaxation, du type Yoga-Nidra. »

 

André Weill suit les Yoga Sutra de Patanjali pour structurer son ouvrage dans une lecture personnelle, basée sur la pratique du Yoga et la rencontre avec les personnes engagées dans ce programme particulier. Ainsi les mots-clés de chaque sutra sont abordés à la fois sous le regard de l’enseignant et dans le ressenti profond de l’élève. Mots, concepts, pratiques prennent ainsi une coloration au plus près de la vie. Le dialogue entre les paroles bruts des élèves et celles, élaborées à partir de la pratique quotidienne, de l’enseignant, pointe l’essentiel, le réel et ouvre sur des possibles insoupçonnés. Exemple avec cette « paix derrière les barreaux » de Patrick :

J’avais appris que pour être tranquille, il fallait tuer. En fait la relaxation ça porte bien son nom. Ça nous renouvelle. Du coup l’autre mot qui vient c’est « resqueletté » (sic). Comme si les os étaient remis en place. Je trouve un troisième poumon (re sic). Sinon la séance ? Oui bien normale quoi. Maintenant j’ai faim. Pendant la séance c’est comme si j’étais en vadrouille, en promenade. Je m’isole, j’entends les bruits, mais ça glisse, je les entends, c’est tout, c’est pas agressif. C’est pénétrant, ça rentre, ça vie. On pense pas à l’autre. On s’enferme sur soi. Tu sens que tes muscles se détendent. C’est bon pour le bien-être, la santé. Grave ça m’a transporté. J’étais énervé par ce qui s’est passé hier. J’ai bien aimé le massage du dos, c’était relaxant. J’étais à l’extérieur avec mes enfants. J’étais plus ici. »

 

L’un des grands intérêts de ce livre est de témoigner de situations où tricher avec soi-même devient absolument inutile. La profondeur émerge de l’apparaître et la non-dualité suinte de la désidentification à l’objet. Ne nous y trompons pas, c’est un véritable ouvrage sur les voies d’éveil. Le contexte particulier de la prison s’efface finalement pour laisser la place à l’être.

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