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La fabrique de la Franc-maçonnerie française. Histoire, sociabilité et rituels, 1725-1750 sous la direction de Thierry Zarcone. Avec la collaboration de Jean-Marie Mercier. Editions Dervy, 19 rue Saint-Séverin, 75005 Paris, France.

http://www.dervy-medicis.fr/

 

Publié pour la commémoration des 300 ans de la Franc-maçonnerie (1717-2017) avec le concours du Groupe Sociétés Religions Laïcités du CNRS, cet ouvrage collectif rassemble des contributions de Xavier Bascher, Pierre-Yves Beaurepaire, Jean-Pierre Brach, Yves Hivert-Messeca, Georges Lamoine, Kenneth Loiselle, Jean-Marie Mercier, Pierre Mollier, Gilles Pasquier, Céline Sala, Jan Snoek et Thierry Zarcone.

 

L’objectif de l’ouvrage est de rendre compte, à partir des sources, du processus d’installation, ou de transfert de la Franc-maçonnerie britannique sur le continent et notamment en France.

L’ouvrage se scinde en trois grandes parties. La première partie aborde les premières implantations maçonniques en France qui seront introduites par le sud, de manière inattendue. La deuxième partie s’intéresse aux mythes, rituels et symboles, à leur appropriation qui ne peut se faire sans une transformation, parfois une altération du sens initial. La dernière partie étudie la littérature et l’édition maçonniques, les inclusions ésotériques dans le champ maçonnique, les rapports entre Franc-maçonnerie et Eglise romaine, le passage d’une sociabilité anglaise à une autre sociabilité, française, impliquant une appropriation différente des valeurs.

 

Nous oscillons entre le concept d’un « club anglais à succès qui se francise » et le mythe d’une société secrète qui se développe. Est posée aussi la question centrale de la réalité du caractère initiatique de la Franc-maçonnerie. C’est Pierre Mollier qui rappelle l’importance de cette question qui ne va pas de soi.

En étudiant l’usage fait des mots « initié », « initier », « initiation » au début du XVIIIème siècle, il pose l’hypothèse d’une intention initiatique précoce :

 

« Non seulement le mot, mais également la notion même d’« initiation », telle que nous l’entendons maintenant, avec ses connotations religieuses et « mystériques », existent dès les premières années de la Franc-maçonnerie en France. Il semble même que ce soient les Français qui l’aient associée aux cérémonies maçonniques fixées outre-Manche dans les années 1720-1730. Cette association allait devenir un élément central de l’identité maçonnique. Mais, dès le XVIIIème siècle, elle fait aussi débat, comme on peut le lire entre les lignes de l’article de l’Encyclopédie. Par la suite, aux XVIIIème et XIXème siècles, jusqu’à aujourd’hui, toute une partie de l’histoire intellectuelle de la Franc-maçonnerie résulte d’interrogations, sans cesse renouvelée, sur la nature de l’initiation maçonnique et sa place dans la vie des loges. »

 

S’agit-il d’une greffe, plus ou moins acceptée, ou du développement d’un embryon initiatique latent ? Cette question reste en suspens alors même que l’intention première fonde la finalité du projet maçonnique.

Jean-Pierre Brach apporte d’autres éléments complémentaires à travers le thème de l’ésotérisme en Franc-maçonnerie :

 

« Avant l’intervention progressive (et somme toute limitée), en loge de préoccupations explicitement alchimiques, hermétiques, kabbalistiques, théosophiques et autres – préoccupations qui se laissent facilement appréhender comme relevant de ce que nous appellerions volontiers de nos jours, l’« ésotérisme » –, et plus ou moins indépendamment de celles-ci, on ne peut exclure, à notre sens, qu’aient déjà été présents, au sein des documents et usages de la Maçonnerie des îles Britanniques avant et après 1717, sous une forme plus directement inhérente à la nature du métier et à son évolution socioculturelle propre, des éléments d’« ésotérisme en Maçonnerie » dont auraient hérité, peu ou prou, les ramifications françaises de la société en question. C’est en ce sens que nous utilisons ici le terme de « symbolisme », pour désigner le fait qu’un lexique, une gestuelle ou des échanges verbaux, en apparence assez anodins pour la plupart quoique au sens parfois énigmatique, puissent éventuellement renvoyer à des dimensions non obvies de la réalité, en dégageant discrètement, de certaines caractéristiques (réelles ou supposées) de la pratique de la taille de pierre et de son environnement socioprofessionnel, des considérations d’ordre « initiatique ». »

 

Au-delà de la plurivalence des symboles ces questions conduisent à considérer qu’il n’existe pas d’objet initiatique en soi mais que nous pouvons peut-être établir des rapports initiatiques avec tout objet. La dimension initiatique de la Franc-maçonnerie pourrait alors résider dans le cadre qu’elle offre pour garantir l’établissement de tels rapports.

 

Indépendamment de cette question, essentielle mais traitée marginalement dans l’ouvrage, ce beau volume destiné à la commémoration marque la qualité de la recherche maçonnique en ce début de millénaire.

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