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Le monde selon je de Gil. Editions Espaces vides.

www.espacesvides.fr

 

A travers les péripéties et les drames de la vie quotidienne, Gil interroge cette expérience singulière qui mériterait toute notre attention et notre étonnement mais dont nous avons perdu la mesure, celle de ce « je » envahissant.

 

« Ce « je » que tu prononces à tort et à travers est simplement ton sentiment d’exister, nous dit Gil. Il n’est rien d’autre. Ce sentiment d’exister est la seule chose qui relie les Hommes en dépit de leurs extravagances croyances. Et Dieu sait qu’elles sont extravagantes. (…)

Sans conscience, pas de sentiment d’existence. Regarde une table ou une pierre. A-t-elle conscience d’être ? Assurément non. L’homme est avant toute chose une conscience. Tout est là. Quelle est donc cette conscience ? La découvrir, c’est découvrir celui ou celle qui tire les ficelles de ta propre vie (…). Pour autant, les Hommes se penchent-ils sur cette conscience qui est leur véritable identité ? Non, ils préfèrent bavasser sur Dieu ou sur n’importe quoi d’autre, affirmer n’importe quoi sans savoir qui l’affirme. »

 

Cette quête de ses propres conditionnements par l’observation de soi-même et des interactions avec ses divers environnements, touche parfois à la métaphysique mais renvoie immanquablement à la question de la nature de la réalité et à celle de la réalité de la réalité.

 

« Je ne peux pas croire en un dieu fini, confie Gil. j’attends diablement plus de lui. Mais je comprends que l’on puisse croire en lui, que d’autres puissent s’en satisfaire. Car si l’on ne peut pas saisir Dieu dans sa totalité, il faut bien le réduire pour un temps, l’adapter à notre niveau de compréhension. Evidemment, ce que l’on met alors sur la table n’est que notre propre croyance. (…)

En attendant, le « je » est parfaitement adapté au mécanisme de croyance. Et la croyance est un stade intermédiaire, une étape nécessaire, une impulsion vers le haut. »

 

Cependant, Gil ne peut se contenter de croyances rassurantes, préférant prendre le risque de l’incertain. Observer la croyance, c’est identifier ses composés, critères, valeurs, présupposés et la manière dont ils s’installent, par l’expérience, fusse-t-elle vicariante.

Traquer le réel dans les recoins sombres de la psyché permet de poser les masques et d’accéder au silence et à cette part indivisible que constitue l’être. Jeu de miroirs ou partie de cache-cache, il n’y a pas de règles et s’il n’y a pas de règles, il est aussi impossible de tricher avec soi-même. Ce qui est parfois douloureux.

 

« Je n’ai plus aucune certitude. Je doute de chacune d emes pensées. Ma vieille réalité n’existe plus, mais rien ne l’a encore remplacée. Je ne suis plus qu’un spectateur à l’identité inconnue. Par la fenêtre, je regarde une façon de vivre qui ne me concerne plus. Je regarde les autres s’agiter. Dans le miroir, mon corps, dernier lien avec ce monde, se contemple tout seul... »

 

A force d’interroger ce « je », de le dérouter, le déstabiliser, le fendre, le décomposer, il cède après avoir longuement bataillé et repris ce qu’il avait perdu à maintes reprises :

 

« Ce matin, la Pure Conscience est là.

En fait, elle a toujours été là. Il n’y a juste plus d’ombre pour la cacher. Sur l’écran du Monde, le faiseur et le banc disparaissent progressivement. Ce film est terminé. Il est « l’heure bleue ».

Seule demeure Celle que j’ai un jour appelé Léna.

Ma conscience vient de troquer ses habits individuels pour quelque chose d’indéfinissable. »

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