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Tatouages sacrés. Thaïlande, Cambodge, Laos et Myanmar par Isabel Azevedo Drouyer. Photographies René Drouyer. Soukha Editions, 39 rue du Cherche-Midi, 75006 Paris.

http://www.soukha-editions.fr

 

Le tatouage traditionnel se retrouve sur tous les continents et à toutes les époques. S’il semble connaître un renouveau aujourd’hui, il convient de se souvenir qu’il est une constante depuis des millénaires de l’expression humaine, inscrivant à même la peau de simples protections magiques comme les plus hauts accords métaphysiques :

 

« Malgré la disparition de beaucoup de cultures et l’apparition de beaucoup d’autres, insiste Isabel Azevedo Drouyer, la pratique du tatouage s’est maintenue tout au long des millénaires. De la Préhistoire à nos jours, pour répondre aux standards esthétiques culturels et religieux de leur époque, hommes et femmes ont toujours essayé de modifier leur corps. En effet, les tatouages établissent une sorte de lien entre les cultures primitives et les sociétés modernes. »

 

Seules certaines religions monothéistes et notamment le judaïsme et l’islam prirent nettement position contre le tatouage.

 

Cet ouvrage, érudit et magnifique par ses illustrations, introduit le lecteur aux différentes dimensions artistiques ou philosophiques du tatouage et à son universalité même si, culturellement, il se circonscrit à l’Asie du Sud-Est.

Isabel Azevedo Drouyer pose tout d’abord cette question très actuelle : Pour quelle raison se fait-on  tatouer ?

 

« Dans les sociétés sans écriture, répond-elle, la décoration du corps est un moyen de communication. En réalité, dans beaucoup de cultures, le corps a besoin de parler et il ne s’exprime qu’après avoir été décoré. Dans ces sociétés les tatouages, plus que toute autre forme d’ornementation, servent à transmettre des informations concernant les changements permanents affectant la vie des individus : âge, mariage, maternité, rang et/ou statut social. »

 

Nous observons là une fonction sociale essentielle du tatouage. Cependant, bien d’autres raisons apparurent au fil du temps et des civilisations. Le tatouage est ainsi un châtiment dans l’Egypte ancienne mais aussi dans le Cambodge du XIIIème siècle. Le tatouage peut être aussi thérapeutique, ou protecteur, en orient comme en occident. Il se révèle parfois comme un lien entre le tatoué et certaines divinités. Il est aussi un élément de séduction et ceci participe en partie du phénomène de mode dont il est l’objet de nos jours.

 

Les tatouages sak-yant qui se développent en Thaïlande, Laos, Cambodge et Myanmar sont considérés comme sacrés. Le bouddhisme, en ses multiples expressions,  présentant une extraordinaire capacité à intégrer les traditions rencontrées, n’a pas rejeté les pratiques animistes du tatouage. Le sak-yant, avec ses représentations figuratives et géométriques, est un tatouage de yantra, dessin sacré, à la fois porteur d’enseignement et de pouvoir, associé généralement à des mantras.

 

« Un sak-yant, précise Isabel Azevedo Drouyer, est un tatouage qui incorpore des dessins et des lettres ou des versets magiques ou sacrés. Dans les pays bouddhistes Theravada, on dit que ces tatous ont la capacité de « déverrouiller » certains pouvoirs invisibles. En effet, contrairement à la tradition occidentale où l’art privilégie la vue, dans le Sud-Est asiatique le plus important n’est pas le dessin mais l’accès que celui-ci permet au monde invisible. »

 

Les maîtres de sak-yant passent donc par un long apprentissage. A la fois moines et artistes, ils associent leurs connaissances de l’ésotérisme bouddhiste, mais aussi d’autres traditions, avec une maîtrise technique indispensable. « Le pouvoir d’un sak-yant repose sur la capacité de prière et de méditation d’un maître » affirme l’un d’eux, Ajarn Neng On Nut. Le tatouage établi ainsi un pont entre son porteur et les mondes subtils afin d’instaurer ou restaurer dans sa vie, matérielle comme spirituelle, l’équilibre et l’harmonie recherchées.

 

Cet ouvrage superbe, à la fois livre d’art et introduction à la philosophie d’une pratique traditionnelle étonnante par sa permanence, croise de nombreuses disciplines, de l’anthropologie à l’étude des religions en passant par la médecine ou l’art et rend compte de la complexité humaine mais aussi de la richesse comme de la profondeur des liens de l’être humain tant avec la nature qu’avec l’invisible.

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