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Les enfants de Salomon

Les Enfants de Salomon. Approches historiques et rituelles sur les compagnonnages et la Franc-maçonnerie de Hugues Berton et Christelle Imbert, Editions Dervy.

Cette somme monumentale, tout à fait remarquable, de près de 1000 pages, sera rapidement un ouvrage de référence dans le domaine de la recherche sur l’histoire, les mythes et les rites au sein du Compagnonnage et de la Franc-maçonnerie.

Soulignons d’emblée, avec les auteurs de la préface, Pierre Mollier et Jean-Michel Mathonière, spécialistes, le premier de la Franc-maçonnerie, le second du Compagnonnage, que Hugues Berton et Christelle Imbert évite un premier écueil, malheureusement encore trop rarement évité par nombre d’auteurs, celui de ne pas séparer les deux courants traditionnels et d’entretenir une confusion qui perdure aujourd’hui. En s’inscrivant dans la démarche de ce que les historiens de Grande-Bretagne désigne comme « Ecole authentique », Hugues Berton font preuve de la rigueur indispensable à une telle étude, rigueur qui n’exclut ni l’originalité du propos ni les découvertes.

Il s’agit donc d’une étude parallèle de ces deux courants qui se déploient en multiples structures à la recherche des racines et contextes religieux, politiques et sociétaux de leur temps. L’enjeu est considérable puisqu’il s’agit de mettre en évidence la matière des mythes qui peut servir l’opérativité des rites. Cette matière s’inscrit dans ce que Gilbert Durand désigne comme mythèmes.

En préliminaire, les deux auteurs précisent la fonction du mythe :

« Le mythe définit une origine, point d’émergence du sacré, en relation avec un Principe. Le mythe a pour fonction de narrer ce qui est dans le monde en tant qu’espace sacré. Il a pour effet de préciser la manifestation et les modalités du passage du Non-Être à l’Être, de l’émergence de l’Être juste avant l’émergence de l’Histoire, ou encore du passage de l’Être au Non-Être, dans le cas de la mort et de la fin dernière, de l’eschatologie. Le mythe est l’expression métaphorique et dramaturgique des origines, récit fondateur et exemplaire d’un acte sacré, et par là même, réservé, car qui connaît l’origine des choses et des êtres peut agir à leur instar. Il met en jeu des dieux ou des héros représentatifs de la communauté, sous des formes souvent tragiques rappelant la perte subie par la collectivité lors du passage du temps des origines, paradis, âge d’or, à la décadence vécue dans le monde contemporain. Unificateur, le mythe est indissociable des rites et cérémonies qui constituent sa réactivation ici et maintenant et qui canalisent la violence sociale, image du chaos qui prééxiste à l’émergence des êtres d’origine. Il transforme l’individu qui va, par identification, assimiler la nature de la divinité ou les capacités de l’ancêtre, du héros fondateur. Il fonde et justifie comportements, fonctions, et activités humaines dans les sociétés traditionnelles. Il est alors facteur d’ordre et de cohésion sociale, maintenant un équilibre entre les différentes composantes collectives et individuelles, dans l’espace et dans le temps. »

Les auteurs rappellent très justement le rôle dynamique essentiel des antinomies comme vecteur de traversée de l’opacité dualiste.

La première partie de l’ouvrage est consacrée aux éléments historiques relatifs aux organisations de métiers, aux compagnonnages et à la Franc-maçonnerie. La deuxième partie traite de la pratique rituelle et de l’opérativité à travers les éléments symboliques et les rituels de divers compagnonnages, les Anciens Devoirs anglais, l’art de la mémoire et l’Ars notoria, les catéchismes et les rituels maçonniques enfin.

Les distinctions apportées, entre rites de passage, qui marquent une appartenance, une adhésion, et rite initiatiques, qui libèrent, entre transmission verticale, directe, d’origine non humaine et transmission horizontale, temporelle, par un médiateur humain, entre mythes, légendes et histoire, permettent à la fois de dissiper nombre de malentendus mais aussi de restaurer « les possibilités d’accomplissement de l’être humain, dans toutes ses dimensions ».

L’ouvrage, étayé par de très nombreux documents, est davantage qu’une vaste synthèse née de l’alliance entre compétences d’historien et compétences d’ethnologue, la dimension initiatique, marquée par l’inclusivité, est toujours présente dans le propos :

« Passant par des phases de construction, de destruction et de reconstruction, les initiés sont conduits à expérimenter, à se perfectionner, à s’élever sur le plan moral, intellectuel et spirituel au moyen des rites, rituels et symboles. La démarche initiatique est une démarche volontaire, libre et individuelle de l’homme en recherche de transcendance, de spiritualité et permet la découverte de l’harmonie.

La pratique se révèle comme étant un élément essentiel (…) Donner et se donner, accepter de recevoir sans être en mesure d’en évaluer pleinement les conséquences, prendre le risque de se mesurer à l’inconnu, d’abandonner ses béquilles pour aller de l’avant : voilà la gageure à laquelle le cherchant doit accepter de se prêter. »

Editions Dervy, 19 rue Saint-Séverin, 75005 Paris, France.

http://www.dervy-medicis.fr/

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