Dimanche 3 juin 2012 7 03 /06 /Juin /2012 08:53

La Venise de Hugo Pratt de Joël Gregogna, Editions Dervy.

Nous devons à Joël Gregogna un excellent Corto l’initié, paru en 2008 chez Dervy également. Ce nouvel ouvrage, à la fois essai et livre d’art nous conduit sur les traces de Corto et surtout de son créateur, Hugo Pratt, dans la cité de Venise, cet écrin pour sociétés secrètes.

Hugo Pratt fut un grand amoureux de Venise qu’il explora, corps, âme et esprit, depuis l’enfance, quand avec ses copains, il cherchait à se rendre au cinéma sans payer.

 

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Avec Hugo Pratt, c’est la Venise qui naît de la déambulation dans le labyrinthe des ruelles ou de l’errance par les canaux qui nous est suggérée. Une Venise imaginale qui exige la conjugaison des détails, de quelque nature qu’ils soient, en une composition sans cesse renouvelée. Venise, cité des mystères, est un hymne à la beauté mais celle-ci contrairement à ce que beaucoup pensent ne se donnent pas à voir. Si Venise met en avant ses palais, ses basiliques et ses églises, c’est pour mieux dissimuler sa véritable beauté, secrète, élégante et subtile faite de juxtapositions improbables, de surprises, de transformations… La magie de Venise vient beaucoup de l’inattendu, de visions ou de moments uniques au détour d’une ruelle, au débouché d’un canal, dans l’ombre d’un porche, derrière le pilier d’une église, sur les pas d’une vénitienne, à travers le jeu des enfants…

Joël Gregogna nous invite à entendre les images, à voir les univers sonores, à goûter les caresses sur la pierre… Venise comme symphonie sensorielle. Plutôt que de penser la cité, la percevoir de tous ses sens (il sera toujours temps de penser). La rencontre avec Venise n’est pas intellectuelle, elle est absolument charnelle et rarement immédiate. Il faut du temps… C’est ce temps-là, le temps de ne rien faire, que nous offre la Venise d’Hugo Pratt en laissant la cité venir à nous.

Il faut saluer le travail remarquable de l’auteur, ici artiste, qui mêle dans de parfaites proportions, histoire, art, mythes et légendes, vie quotidienne, sensations, questionnements pour une dialectique créatrice entre réalité et mystère. Les références maltesiennes rythment l’ouvrage sans ostentation, pour un voyage amoureux dans une Venise certes éternelle mais surtout infiniment présente au corps. Venise est une expérience intime.

Editions Dervy, 19 rue Saint-Séverin, 75005 Paris, France.

Publié dans : Art
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Dimanche 27 mai 2012 7 27 /05 /Mai /2012 10:31

Les coïncidences de Joachim Soulières, collection Les Aventuriers de l’Etrange, Editions Dervy.

L’auteur dresse un état des lieux de la recherche scientifique sur le sujet des coïncidences ou synchronicités. L’ouvrage est divisé en trois parties. La première partie rassemble des témoignages exemplaires. La deuxième s’intéresse aux recherches conduites et la troisième aux modèles théoriques proposés pour expliquer ces phénomènes par ailleurs disparates.

Plusieurs catégories de phénomènes ont été en effet répertoriées : la catégorie small world rassemble les rencontres improbables et surprenantes ; la catégorie lignes croisées évoque « ces lignes téléphoniques qui semblent se croiser, nous faisant tomber sur quelqu’un qu’on connaît en faisant un faux numéro ou en pensant appeler ailleurs ; la catégorie association spontanée s’intéresse aux coïncidences entre deux faits simultanés sur deux canaux différents ; la catégorie résonance « désigne des coïncidences où une information longtemps et passionnément cherchée arrive en même temps en provenance de plusieurs sources indépendantes. Parfois, cette information est la combinaison de plusieurs messages parcellaires qui semblent se compléter l’un l’autre » ; les agglomérats désignent « une coïncidence faible rapidement oubliée qui prend tout son sens lorsqu’elle se répète, s’intégrant dans une séquence » ; le briseur d’habitudes « correspond à un événement significatif qui se produit alors qu’on effectue une action simple qui sort de nos habitudes ; ou, inversement, lorsqu’on n’exécute pas un geste habituel, ce qui aura un dénouement significatif » ; le farceur « est une coïncidence qui donne l’impression d’une intervention extra-humaine, d’une aide cachée, d’un clin d’œil du destin » ; la fiction devenant fait désigne des situations dans lesquelles « les épisodes d’un roman ou d’une nouvelle vont se produire dans la réalité plus tard » ; les perceptions à distance rassemblent « les faits que nous n’aurions pas pu connaître normalement ».

Certains chercheurs sceptiques ont appliqué la théorie des probabilités aux coïncidences et ont dégagé trois catégories : « Des crypto-coïncidences : une ou plusieurs causes cachées expliquent la coïncidence ; Des pseudo-coïncidences : des facteurs psychologiques, comme la mémoire sélective ou la sensibilité, font que des individus perçoivent comme inhabituels des événements qui ne le sont pas ; Des exceptions : certains événements sont plus probables sur le plan statistique que la plupart des gens ne l’imaginent. »

La troisième partie, consacrée aux modèles théoriques prenant en compte les coïncidences est tout à fait intéressante, particulièrement « L’adaptation inconsciente et subtile à une connaissance implicite médiatisée par le psi » de Stanford qui met en avant « la rationalité de l’irrationnel ». Mais d’autres modèles ont cherché à approfondir ou développer celui de Stanford. L’intérêt, philosophique et scientifique de ces modèles est d’interroger la relation et la dualité objet-sujet et de rechercher « une autre forme de déterminisme ».

Editions Dervy, 19 rue Saint-Séverin, 75005 Paris, France.

 

Publié dans : Parapsychologie
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Lundi 21 mai 2012 1 21 /05 /Mai /2012 18:59

Le génie du capitalisme (Le génie de la bête) par Howard Bloom, Editions le Jardin des Livres.

Nous devons à Howard Bloom un passionnant et étonnant Principe de Lucifer, publié chez le même éditeur, dans lequel il démontre que nous sommes, en tant qu’espèce, un simple terrain pour l’activité des gènes et que le savoir serait le premier pas vers une très hypothétique et relative forme de liberté.

C’est le même principe qu’il applique cette fois au capitalisme qui devient chez Bloom le fruit de l’inévitable créativité biologique. Cette défense du capitalisme, et non de l’ultra-libéralisme, s’appuie sur la puissance émotionnelle, un produit de notre structure biologique, et invite à un messianisme laïc et économique. L’ouvrage est passionnant, la thèse, qui est une synthèse, contestable, voire très contestable, mais résolument optimiste et créatrice de valeurs intellectuelles et éthiques. Il faut lire ce livre pour décider s’il faut l’offrir à ses amis ou le mettre, par frustration et irritation, à la poubelle.

« L’objectif de ce livre, annonce Howard Bloom, est de nous emporter, vous et moi, pour une plongée profonde et de haut vol – une mission exploratoire à l’intérieur d’un secret qui se trouve juste sous nos nez – à l’intérieur d’un ensemble d’impératifs moraux et d’exigences héroïques qui sont implicites au mode de vie occidental. Une mission exploratoire à l’intérieur des secrets d’une magie cachée, à l’intérieur des secrets de nos cadeaux invisibles et à l’intérieur des secrets de nos capacités utopiques. »

 

Et Howard Bloom décline son nouveau programme conceptuel :

 

« le moteur de recherche évolutionnaire

les oiseaux et les abeilles du boom et du crash

le cycle de l’insécurité

une vision accumulée

donner du pouvoir à petites doses

l’empathie syntonisée

les enfers et les paradis créés par notre neurobiologie, sept fois par jour

les fringales dans les plis de votre cerveau

la soif de nouveauté

les outils d’identité

le capitalisme créatif versus le capitalisme criminel

une gestion externe. »

 

Mettre en évidence les moteurs des émotions et des sentiments, identifier les schémas qui nous conduisent à des excès regrettables mais aussi à une créativité intelligente permet de mieux se connaître. Howard Bloom invite à un égoïsme lucide au service des autres. Il dénonce le mythe prométhéen du rendement à tout prix.

 

« Aidez les autres à devenir égoïstes au nom des autres ! Demandez en quoi vos idées fixes et vos passions personnelles peuvent contribuer à la vie des autres ! Devenez passionné sur ce point !  Partez en croisade ! Qu’il s’agisse d’une enveloppe artistiquement conçue pour la poste qui illuminera les gens qui la recevront dans leur boîte aux lettres, qu’il s’agisse d’un service qui donnera à vos clients l’impression honnête que vous vous préoccupez de leur sécurité, peu importe ce que c’est, faites-le ! Oubliez ces bêtises de rendement à tout prix ! Tôt ou tard ils sont punis par le système capitaliste. Ils sont punis par un plongeon des bénéfices à long terme, des valeurs à long terme et de la capitalisation à long terme de l’entreprise. Ils sont frappés par la haine que ses auteurs génèrent. Le profit, la valeur et la longévité proviennent des soins prodigués, pas de la sauvagerie sans pitié. »

 

Ce livre, si riche en analyses partielles, est finalement pauvrement visionnaire. Il reste très « américain », incapable d’imaginer autre chose que le capitalisme. Nous pouvons, à l’approche du centenaire de la naissance d’Albert Camus (1913-1960), opposer Camus à Bloom. Albert Camus rappelle qu’on ne choisit pas d’être pauvre mais qu’on peut choisir de le rester. Camus pense que ce qui caractérise l’humain, gènes ou pas, biologie des émotions ou pas, c’est de « pouvoir s’empêcher ». Là se trouve notre capacité à inventer plutôt qu’à recycler.

 

L’ouvrage d’Howard Bloom apporte de la clarté sur notre monde mordelé. Il conceptualise à distance. Il fait lien. Il est passionnant, souvent juste, à l’exception notable de l’intention originelle et de la finalité de ce travail. Mais, les matériaux proposés peuvent être utilisés par et pour une autre pensée. Ce livre est une opportunité.

Editions Le Jardin des Livres BP 40704, 75827 cedex 17, France.

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Mardi 8 mai 2012 2 08 /05 /Mai /2012 08:21

L’Europe sous l’acacia. Histoire des Franc-maçonneries européennes du XVIIIème à nos jours. Tome 1 - le XVIIIème siècle, par Yves Hivert-Messeca, Editions Dervy.

Yves Hivert-Messeca entreprend ici une œuvre unique et nécessaire rendant compte de l’histoire et de l’évolution de la Franc-maçonnerie et des Franc-maçonneries en Europe depuis le XVIIIème siècle. Le premier des quatre tomes annoncés est consacré au XVIIIème siècle maçonnique, particulièrement riche.

La complexité de l’histoire maçonnique, traversée par les grands bouleversements de l’Europe comme par les secrètes mutations européennes, rendait nécessaire un tel travail afin d’observer, à distance, le déploiement étonnant de la Franc-maçonnerie dans une Europe chrétienne. Il interroge ainsi les spécificités et les singularités locales qui conduisirent la Franc-maçonnerie au kaléidoscope quasi-insaisissable que nous connaissons aujourd’hui.

Née principalement en Ecosse et en Irlande, organisée par l’Angleterre, la Franc-maçonnerie connait rapidement une extension dans toute l’Europe, créant des espaces préservés de pensée et de liberté. Après avoir présenté « l’invention de la Franc-maçonnerie spéculative, « une forme de sociabilité typiquement insulaire », l’auteur s’intéresse au franchissement de la Manche par une maçonnerie qui n’est pas encore une institution. C’est dans la décennie 1750-1760 que l’on observe un essor numérique et une transformation globale à travers un projet universel et utopique qui n’empêcha pas la polymorphie maçonnique et les singularités nationales voire nationalistes. Si l’espace maçonnique n’échappe pas aux préjugés de son époque, c’est aussi un lieu où ils sont interrogés.  Cette dialectique entre universalité et altérité compose la symphonie maçonnique.

Yves Hivert-Messeca conclut ainsi ce premier tome érudit, rigoureux, lucide et passionnant :

« Même si la franc-maçonnerie apporta son parfum, sa palette, son esprit au XVIIIème siècle, elle ne fit pas le siècle. On peut dire que l’Art royal fut d’abord le produit de son siècle. La franc-maçonnerie fut consubstantiellement du siècle, des Lumières et de l’illuminisme, rationaliste et mystique, conformiste et novatrice, aristocrate et bourgeoise, porteuse de grandes espérances et microcosme de petites ambitions. La loge fut un espace de rencontres et d’échanges matériels et culturels, mais la franc-maçonnerie participait, et participe encore, des relations interpersonnelles. L’Art royal constitua ainsi une communauté plus ou moins homogène, somme relative et partielle de trajectoires individuelles, d’appartenances sociales diverses et de fors intérieurs, traversée, transformée, travaillée par les forces profondes et les courants légers qui parcourent la société globale. Cependant, il ne faudrait surtout pas négliger le rôle politique, culturel, scientifique, social et/ou économique des milliers d’aristocrates, clercs, bourgeois, politiques, militaires, intellectuels, artistes, négociants ou employés, qui manièrent la truelle. Au XVIIIème siècle, et sans doute plus tard, la franc-maçonnerie fut à la fois un lieu d’expression, un point d’observation et un miroir des structures et des pratiques de la sociabilité élitaire. Fille de son siècle et amante de son temps, le XVIIIème fut son âge d’or. »

Editions Dervy, 19 rue Saint-Séverin, 75005 Paris, France.

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Samedi 5 mai 2012 6 05 /05 /Mai /2012 10:36

Le livre du Tantra de Vicent Bardet, Editions Dervy.

La tradition tantrique s’exprime sous forme de dialogues entre Shiva et Shakti principalement, parfois entre d’autres divinités masculines et leurs parèdres respectives.

Si le tantrisme s’appuie sur la transgression et la « folie orientée », l’auteur prend soin de balayer les clichés courants et faciles qui associent trop systématiquement sexualité et tantrisme en rappelant les exigences, les singularités et la profondeur de ce courant majeur des voies non-duelles.

« Le Tantra, précise-t-il, est issu de cultes anciens de Déesses mères et de rituels de fécondité, il remonte aux origines ethniques dravidiennes et peut-être au-delà dans la préhistoire. La philosophie shivaïte a trouvé sa plus belle expression du VIIème au XIIème siècle de notre ère au Cachemire avant l’invasion musulmane et possède une figure de premier plan en la personne du philosophe Abhinavagupta. (…)

Le Tantra traite de l’élargissement du champ de la conscience. Depuis la nuit des temps, les yogins tantriques ont réalisé qu’il existe une force potentielle dans le corps physique, ils l’ont nommée Kundalini, « la lovée », la comparant à un serpent qui ne demande qu’à se déployer le long de la colonne vertébrale. (…)

L’éveil de la Kundalini est celui de l’énergie cosmique qui gît, latente, en chaque être humain. Elle est à l’origine de l’énergie vitale, prana, et de l’énergie héroïque, virya. Selon Abhinavagupta : « Shiva, conscient, libre, d’essence transparente, sans cesse vibre, et cette suprême énergie monte à la pointe extrême des organes sensoriels ; il n’est plus alors que jouissance et, comme lui, vibre l’univers entier ». »

Par des chapitres brefs, précis et clairs, Vincent Bardet introduit le lecteur aux multiples facettes du Tantra : corps tantrique, chakras, Hamsa, Kundalini, Bhairava, Mahakala, Raja Yoga, Yantra, Kali pour clore cette partie par un hymne à la Déesse Kali.

La seconde partie, dans laquelle nous croisons George Bataille et Antonin Artaud, est intitulée Les guerriers de Lumière. L’auteur rend compte d’un regard tibétain sur la fonction guerrière dans le contexte hostile de l’agression chinoise contre le peuple tibétain. Il rappelle la permanence d’une sagesse guerrière qui sait la stérilité finale de l’agression et qui veut, dans la tradition de Shambhala, faire du monde un lieu propice à l’éveil.

La troisième partie est consacrée à la tradition bouddhiste et la pratique de Vajrayogini qui fut fortement influencée par la haute métaphysique non-duelle du shivaïsme :

« Comme dans le système shivaïte, les pratiques kapalikas et sexuelles dans le bouddhisme tantrique sont fondées sur une métaphysique non-duelle. Les pratiques kapalikas sont un défi aux tendances dualistes de l’esprit, attaquant la dichotomie sujet et objet, et donnant accès à une réalité non-duelle. C’est ce que l’on appelle la voie de la main gauche. (…)

Le développement du shivaïsme non-duel et des anuttara Tantras bouddhistes préparent le terrain à l’émergence du culte des Déesses. »

Naturellement, la dernière partie est consacrée au « Secret de Shambhala et à la tradition du Kalatchakra.

L’ensemble du livre permet une perception globale et saine de ces voies directes, de leurs opérativités et de leur inscription inévitable dans le silence de la conscience non-duelle.

Editions Dervy, 19 rue Saint-Séverin, 75005 Paris, France.

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Lundi 23 avril 2012 1 23 /04 /Avr /2012 11:25

Dictionnaire des athées, agnostiques, sceptiques et autres mécréants de Georges Minois, Editions Albin Michel.

Voici un dictionnaire amoureux qui ne dit pas son nom. Passionnant, surprenant, il nous interroge. C’est en cela qu’il est un dictionnaire et non un catalogue.

Dès les premiers mots de sa préface, André Comte-Sponville pose le cadre de cette pensée qui se veut libre :

« Il y a plusieurs façons de ne croire en aucun dieu. On peut douter de tous, juger que la question de leur existence est indécidable, ou encore affirmer leur inexistence. Cela définit trois positions différentes : le scepticisme, l’agnosticisme, l’athéisme. Ce qui les rapproche ? De n’être pas religieuses. A la question : « Croyez-vous en Dieu ? », les partisans de l’un ou l’autre de ces trois courants peuvent en effet, en toute rigueur, apporter la même réponse : « Non. » C’est ce qui justifie que Georges Minois ait pu les assembler dans un même et remarquable dictionnaire : tous sont des mécréants, si l’on entend par là, conformément à l’usage, quelqu’un qui ne croit pas en Dieu. Ce n’est pas une raison, comme l’auteur le rappelle dès son titre, pour annuler, entre eux, toute différence. Ce qui les sépare ? La réponse qu’ils apportent à une autre question, beaucoup plus ambitieuse et difficile : « Dieu existe-t-il ? » (ou, dans une culture polythéiste, « Les dieux existent-ils ?). Le sceptique répondra : « J’en doute. » L’agnostique : « Je n’en sais rien. » L’athée : « Non. » »

La lecture de ce dictionnaire est une occasion de clarifier nos valeurs, nos concepts et d’enrichir notre pensée sur ce rapport essentiel au monde et à l’autre à travers la question de Dieu ou des dieux. C’est aussi une opportunité de découvrir la richesse des nuances de la palette des pensées et émotions humaines. Pour nombre de personnalités qui habitent ce dictionnaire, la complexité de la question se traduit dans la complexité de la réponse qui ne peut s’inscrire dans une sentence monolithique.

L’auteur note, avec pertinence, qu’il serait « impossible et sans intérêt de faire un dictionnaire des croyants, car la croyance reste la norme. (…) Un dictionnaire des athées, c’est la reconnaissance du caractère minoritaire et original du phénomène, tout au moins au niveau de l’expression publique et de la revendication ouverte de l’incroyance. ». Il y a bien sûr une spécificité française unique qui nous empêche de voir en l’athéisme ou l’agnosticisme une croyance parmi d’autres comme dans certains pays voisins. L’auteur rappelle que Schopenhauer « n’aime pas cependant le terme d’athéisme, qui est une invention des croyants pour obliger les incroyants à se placer sur leur terrain et à lutter avec leurs armes et leurs concepts… »

A côté d’athées radicaux, nous trouvons dans ce dictionnaire des penseurs qui interrogent la foi, l’identification brute à une croyance et invite à une pensée non conditionnée, comme Montaigne, ou Spinoza le philosophe non-dualiste. Ce dictionnaire est finalement un éloge de la liberté. Ces hommes et ces femmes (trop peu nombreuses), à travers la question de Dieu, ont bousculé le pouvoir exorbitant des institutions religieuses et inviter les êtres humains à l’autonomie, à se donner eux-mêmes leurs propres lois, d’où quelques bûchers, excommunications et autres désagréments.

D’Alain à Whitehead, nombre de philosophes ont été retenus par l’auteur. Certains sont croyants mais le dieu ou les dieux des philosophes diffèrent des dieux totalitaires des églises. Beaucoup de ces mécréants furent des acteurs de la dialectique, parfois sanglante, entre l’Eglise et la science.

A la notice consacrée à Robert Devereux, deuxième comte d’Essex (1567-1601), nous lisons : « Noble anglais qui se distingue par des faits d’armes aux Pays-Bas et devient le favori de la reine Elisabeth, à l’âge de vingt ans. Arrogant et ambitieux, c’est un libertin débauché, connu pour son athéisme notoire. En 1601 il tente un coup d’Etat. Arrêté, il est exécuté pour trahison, et lors de son procès le juge Edward Coke ajoute aux autres accusations celle d’incroyance. » Le Comte, personnage romanesque, serait sans doute surpris de se retrouver dans les mêmes pages que Colonna, Benjamin Franklin, le neurobiologiste Jean-Pierre Changeux, George Palante, Erasme, Joyce ou Jung. Il apprécierait sans doute la proximité de Rabelais, Sade ou Georges Bataille, peut-être moins celle d’un Johann Peter Spaeth (1644-1701) : « Ecrivain radical allemand, successivement catholique, luthérien, catholique à nouveau, socinien, quaker, et finalement converti au judaïsme, mais en réalité, écrit son adversaire Johan Watcher, « ayant adopté les dogmes de Spinoza, il croyait que Spinoza avait fait revivre l’ancienne cabbale des Hébreux », et il assimilait l’Incarnation et la Résurrection aux fables d’Ovide ».

Ce dictionnaire est un voyage extraordinaire dans la pensée humaine, dans l’univers infini des valeurs, partagées ou non. Une réflexion politique également sur le sens du « vivre ensemble » dont on nous rabat les oreilles sans jamais traiter les préalables à ce partage nécessaire qui ne peut s’envisager qu’en pleine et lucide liberté.

Editions Albin Michel, 22 rue Huyghens, 75014 Paris, France.

www.albin-michel.fr

 

 

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Dimanche 22 avril 2012 7 22 /04 /Avr /2012 10:16

La malédiction de Nephrem-Kâ par Sophie Bellocq-Poulonis, Editions L’œil du Sphinx.

Il est toujours délicat de s’inscrire dans la tradition holmésienne et de faire vivre de nouvelles aventures à ce cher Holmes, plus encore quand il s’agit d’introduire le célèbre détective dans une enquête sur la disparition de Philip Lovecraft. Le risque est grand de faire fausse route.

Pari réussi cependant pour Sophie Bellocq-Poulonis qui nous plonge immédiatement dans une ambiance et un style holmésiens. Un série de décès, un fou, un disparu… une nécropole mystérieuse, celle de Nephrem-Kâ, un pharaon maudit, et bien entendu l’ombre de Cthulhu. Holmes va devoir décoder un art magique du renversement à travers la folie supposée de certains et la raison supposée des autres.

« Je serai curieux de savoir, dit Holmes au Dr Watson, quelle part de vérité accorde votre esprit trop crédule à la somme de divagations que vous avez pu glaner au cours de cette enquête. » Holmes veut s’en tenir à sa science criminologique, mais celle-ci sera-t-elle suffisante pour résister à la puissance du mythe ?

Le lecteur est entraîné dans cette enquête holmésienne à la fois classique et originale où la question pourquoi ? demeure angoissante.

A déguster.

Les Editions de L’œil du Sphinx, 36-42, rue de la Villette, 75019 Paris, France.

www.oeildusphinx.com

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Mercredi 18 avril 2012 3 18 /04 /Avr /2012 16:06

La Géomancie. Origines, structure et pratique par Jean-François Gibert, Editions Le Mercure Dauphinois.

La géomancie, souvent attribuée aux Arabes, comme « art du sable », émanerait des cultes à la Déesse-Mère de la préhistoire. Elle est universelle et non spécifiquement chinoise rappelle l’auteur :

« Bien différentes sont les façons de considérer la géomancie. Elle est, le plus souvent, une pratique divinatoire. Chinois, Arabes, Grecs et Occidentaux depuis le Haut Moyen-Âge, l’ont utilisée comme telle. Les techniques oraculaires, bien que très différentes, se ramènent à la construction d’une série de figures censée donner une réponse à une question qui doit être formulée de façon la plus précise possible. (…)

La géomancie, de par sa nature intimement liée au nombre et, entre autres, au calcul binaire, peut faire l’objet d’études structurelles de haut niveau. »

Les mathématiques étant un langage universel, la géomancie tend aussi vers l’universalité même si elle « est liée à des ensembles sémantiques dépendant des zones culturelles où elle est pratiquée ». L’auteur note également le rapport étroit entre géomancie et sémiologie astrologique.

Jean-François Gibert, élève d’Henri Coton-Alvart, place son travail dans la même perspective que son maître qui fait de la géomancie « une des clés majeures de la tradition et de la pensée hermétique ».

Le matériel géomantique est composé de seize figures, Via, Puella, Caput draconis, Rubeus, Populus, Puer, Cauda Draconis, Albus, Amissio, Acquisitio, Conjunctio, Tristitia, Fortuna major, Fortuna minor, Carcer, Laetitia dont les valeurs philosophiques se développent à partir du point, l’indifférencié. L’auteur étudie ce matériel sous l’angle des figures, de leurs noms, de leurs notations, de leur analyse enfin. Au passage, il dit l’importance de distinguer la linguistique commune d’une linguistique traditionnelle ou sacrée, seule à même de révéler le sens transcendant.

Une grosse partie de l’ouvrage est consacrée à la symbolique et aux correspondances. C’est en effet le cœur de la portée multidimensionnelle de la géomancie qui, plus qu’un art divinatoire, est aussi une métaphysique et un véhicule des arcanes hermétiques.

L’introduction à la pratique commence par une nécessaire mise au point. Citant Boileau : « Avant donc que d’écrire, apprenez à penser. », Jean-François Gibert avertit :

« Cette remarque s’applique à l’étude et à la pratique géomantiques. Beaucoup d’auteurs donnent des grilles d’interprétation des thèmes et établissent une systématique découlant, semblerait-il, d’une étude statistique que, pourtant, ils n’ont jamais effectuée et qui ne peut se justifier dans une démarche divinatoire par essence irrationnelle où chaque cas est un cas d’espèce.

Nous verrons par ailleurs qu’une réponse est le reflet d’une situation et/ou un jugement sur l’évolution possible d’un problème dont la complexité ne peut en aucun cas s’accommoder de recettes toujours schématiques.

Le langage individuel ou collectif évolue en permanence autour d’un noyau sémantique auquel s’ajoutent des variables multiples : émotionnelles, ressortant de l’histoire, individuelles, issues de craintes, de rancoeurs, d’attentes, de déceptions, etc. Il est ainsi illusoire de construire des schémas. 

Les meilleurs auteurs ont transmis une expérience ; les autres les ont copiés pour combler les vides de leur propre pratique. »

Cet avertissement pertinent, qui vaut bien au-delà de la géomancie pour tous les arts traditionnels, est une invitation à la méditation afin de saisir la place, la fonction et l’essence de chaque figure dans un ensemble vivant.

Ce livre, rigoureux et structuré, nous introduit, d’une manière déjà approfondie, à la géomancie, « parfait exemple, selon Henri Coton-Alvart, guide détaillé, véridique, logique de l’opération cachée par tous ceux qui l’ont connue : le Grand Œuvre, substratum concret de toutes les religions, ainsi que l’a si bien dit Magophon dans son commentaire du Mutus Liber.»

Le Mercure Dauphinois, 4 rue de Paris, 38000 Grenoble, France.

http://www.lemercuredauphinois.fr/

 

 

 

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Samedi 14 avril 2012 6 14 /04 /Avr /2012 08:16

Dans l’ombre du Sphinx, l’Egypte, la Grèce et le destin de l’Occident par Jean Bouchard d’Orval, Editions Almora.

Ce livre est important. Il contribue à mettre fin à une ambiguïté qui pollue largement les processus initiatiques. Toute initiation s’inscrit dans une métaphysique non-duelle. Une métaphysique véritable n’est pas qu’une abstraction, c’est aussi une technique. Or l’Occident, à de rares exceptions, Eckhart, Rabelais, Spinoza… a sombré dans un dualisme stérilisant le procès initiatique. Jean Bouchard d’Orval nous rappelle que les traditions de l’Egypte antique et de la Grèce antique, jusqu’à Parménide sont profondément non-dualistes.

L’Occident et l’Orient ont puisé à une source unique, non-duelle, mais l’Occident a rompu cette alliance qui nourrit l’initiation traditionnelle. Certes, des lignées persistent, parfois inattendues, certes les connaissances et les praxis traditionnelles perdurent mais dans un contexte peu favorable voir hostile.

« La même Source, précise l’auteur, s’est incarnée en Grèce archaïque, à travers les nombreux sages-poètes-guérisseurs-législateurs qui perpétuèrent une tradition influencée par l’Asie, le Moyen-Orient et l’Egypte. A partir du Vème siècle avant notre ère, les grands penseurs de la Grèce classique, ceux à qui nous sommes pourtant redevables de plusieurs belles choses, ont de plus en plus méconnu ou négligé cette Source, ont donné préséance à la pensée rationnelle et oublié les dieux pour replier l’homme en tant qu’individu sur lui-même. C’est ce rationalisme et cet humanisme qui furent repris à la Renaissance – période fort mal nommée – pour finalement aboutir, depuis le Siècle des Lumières – époque tout aussi mal nommée du point de vue traditionnel – à la manière absurde dont nous vivons maintenant sur terre. Le résultat est l’oblitération irrémédiable de tous les éléments d’une civilisation traditionnelle. Même si cela ne pouvait être su à l’époque,  le destin de l’Occident s’est joué durant le siècle qui sépara Parménide et Platon. »

Jean Bouchard d’Orval analyse les constituants de cette « perte du sacré » avant de rappeler les fondamentaux de la tradition égyptienne ammonienne en insistant sur le caractère non-duel de celle-ci, derrière l’apparaître organisé, nécessairement dualiste dans sa forme manifestée.

« L’activité d’Atoum est « interne », car il n’existe rien en dehors. Comme il n’y a qu’une seule Réalité, cette « activité «  qui semble pourtant être autre chose que l’Etendue indifférenciée, engendre une sorte de résistance et c’est cela qui crée le phénomène, la manifestation de ce que nous appelons le monde. Atoum, par son activité, engendre donc la dualité, même si cette dualité demeurera toujours apparente. »

L’auteur aborde un autre aspect fondamental du procès initiatique, l’axialité et le rapport entre cette solarité et sa manifestation lunaire, périphérique, rapport qui se trouve au cœur des opérativités :

« Au sein de la plupart des traditions spirituelles de l’humanité, on trouve deux courants, qu’on peut appeler solaire et lunaire. Le premier se réfère à la spiritualité parfois qualifiée d’hyperboréenne, dans laquelle domine l’homme engendré de lui-même : conception spirituelle de l’homme sans la femme maternelle, la création adamique. Les inscriptions égyptiennes l’appellent souvent « Taureau de sa mère », ce qui signifie la conception spirituelle, de soi-même Rê, autosuffisant, est le symbole suprême de ce courant, cette manière de concevoir la genèse cosmogonique. C’est aussi ce que symbolise Amon-Min dans sa représentation ithyphallique omniprésente sur les murs des temples. C’est l’Homme Cosmique, l’Homme Royal, celui qui servit de modèle à la construction du temple de Louxor.

Le deuxième courant se réfère à la civilisation de la Mère. Isis, la femme initiatrice, redonne vie à Osiris et engendre Horus, l’Homme Nouveau. Les deux courants ne sont pas contradictoires, mais la prépondérance du deuxième dans les derniers siècles s’accompagna d’une sorte de relâchement par rapport à la spiritualité verticale et sans compromis des siècles précédents. »

Ce rapport ajusté entre solarité et lunarité vaut non seulement pour la civilisation égyptienne mais constitue une clé opérative pour tout questeur. Ce livre n’est pas seulement une analyse du passé, il livre des éléments traditionnels indispensables à celui qui, aujourd’hui, s’engage sur un chemin de liberté.

Le travail, rigoureux et passionnant de Jean Bouchard d’Orval, qui porte tant sur la civilisation égyptienne et la civilisation grecque, identifiant les causes profondes d’une décadence spirituelle dont nous vivons les conséquences quotidiennement, invite à ne pas laisser « la pensée se substituer à la fulguration de la lumière de la vérité ».

Editions Almora, 51 rue Orfila, 75020 Paris, France.

www.almora.fr

 

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Dimanche 25 mars 2012 7 25 /03 /Mars /2012 15:44

Dictionnaire comparatif C.G. Jung et la Franc-maçonnerie de Jean-Luc Maxence, Editions Dervy.

Voici une tentative très intéressante de Jean-Luc Maxence de traiter de la fonction thérapeutique, réelle ou supposée, de la Franc-maçonnerie.

Nous avons à maintes reprises mis en garde contre la tentation psychanalytique de certains Francs-maçons qui souhaite redonner du contenu à la Franc-maçonnerie, en trouvant dans cette discipline ce qui lui manque par défaut de praxis traditionnelle. Nous avons aussi spécifié que la fonction initiatique ne peut se déployer que hors de tout besoin thérapeutique et que la loge ne devrait pas être un espace thérapeutique.

Le cas de Jung, qui est allé bien au-delà des propositions parfois étriquées de Freud, doit toutefois être différencié de cette appréciation, notamment en raison des appartenances initiatiques de ce père de la psychanalyse, appartenances qui finiront pas être officialisées au grand jour. Le processus d’individuation, tel qu’étudié par Jung, fait partie du processus initiatique. Faut-il pour autant en appeler à une « maçonnerie jungienne » comme le fait Jean-Luc Maxence ? Peut-être pas, même si Jung pourrait se révéler un formidable vecteur de retour à la tradition au sein d’une Franc-maçonnerie sans âme, devenue stérile.

Le dictionnaire commence par le mot Abraxas. Un livre entier pourrait être consacré à ce mot et au texte de Jung qui justifie sa place en ouverture, Les sept sermons aux morts, dont la fonction opérative est semblable à celle du Livre des morts égyptiens. Dans ce texte, remarquable, qui puise dans les sources gnostiques familières à Jung, souvenons-nous de Aïon, Jung décrit de manière dense et précise le cheminement de la dualité de l’homme à la non-dualité de l’Abraxas, le dieu caché. Jean-Luc Maxence esquisse un parallèle entre l’Abraxas et le Grand Architecte de l’Univers, parallèle tout à fait pertinent mais dont les conséquences pour la Franc-maçonnerie, conséquences bouleversantes, ne sont pas ici traitées.

Jean-Luc Maxence, par le mot à mot choisi de ce dictionnaire, dessine une possible opérativité maçonnique, nourrie de Jung, mais pas seulement, puisqu’à travers ses travaux, Jung renvoie l’étudiant à des points essentiels du monde traditionnel, que ce soit par son intérêt pour Le Mystère de la Fleur d’Or, un classique des alchimies internes, son intérêt pour la kabbale, l’hermétisme du Tarot ou les textes alchimiques. Jung, bien que disciple de Freud, au moins jusqu’à la rupture consommée semble moins psychanalyste qu’ésotériste, tout comme Lacan est bien davantage un existentialiste qu’un psychanalyste. D’ailleurs, tout ce pan traditionnel, si riche de l’œuvre jungienne, gène nombre de psychanalystes jungiens qui cherchent une caution universitaire tout à fait illusoire.

Sur un point essentiel, laissons la parole à l’auteur :

« C.G Jung appelle le Soi un centre idéal, « équidistant entre le moi et l’inconscient » (selon son entretien avec Miguel Serrano de 1959).  Il précise aussi que ce Soi « équivaut probablement à l’expression naturelle maximum de l’individualité au stade d’accomplissement ou de totalité ». Ce concept jungien du Soi n’est point entièrement compréhensible par l’intellect. Il marque une sorte de capitulation de l’ego, correspond à une unification des antinomies, et trouve ses plus justes expressions grâce à des symboles souvent spontanés. Pour la clinique des profondeurs, l’approche du Soi est un objectif majeur et permanent de tout itinéraire de vie. (…)

Dans la pratique de l’art royal, le personnage légendaire de maître Hiram est souvent perçu comme indéniablement christique, et l’on pourrait aisément, en suivant à la trace l’idée jungienne esquissée plus haut, amplifier sans mal l’analogie entre le Soi et Hiram. Hiram deviendrait alors le Soi du Franc-maçon en marche, si l’on ose dire. Chaque maître maçon, en effet, est l’Hiram substitué qui prolonge le maître architecte du temple de Salomon dont la parole a été perdue… Autrement dit, le Soi de l’initié est comme endormi et il s’agit de le réveiller sans relâche. L’initiation maçonnique qui a un départ (la cérémonie qui fait du profane un apprenti) mais ne finit peut-être jamais (sauf à l’orient éternel ?), ne constitue pas un parcours de transformation personnelle visant à tout prix un individualiste hors pair, mais elle est une fois de plus comparable au processus d’individuation de la psychologie des profondeurs.

Tout frère, embarqué dans sa quête sacré, s’efforce toujours d’approcher au plus proche le Soi, sachant qu’il ne l’atteindra sans doute jamais, de son vivant tout au moins. »

Souhaitons que ce dictionnaire, utile et agréable à lire, contribue à réveiller les endormis.

Editions Dervy, 19 rue Saint-Séverin, 75005 Paris, France.

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