Samedi 21 janvier 2012 6 21 /01 /Jan /2012 09:39

Un maçon franc, récit secret de Christophe Bourseiller, Editions Pascal Galodé.

Christophe Bourseiller nous propose un témoignage original et courageux, très personnel, sur son expérience maçonnique. C’est l’occasion d’interroger les évidences, ce qui est le propre d’une démarche philosophique. Il aurait pu choisir de rédiger un essai distant, interrogeant la nature et la fonction de la Franc-maçonnerie en ses formes multiples. En rendant compte, par l’intime, en faisant « le récit de l’échec d’une initiation », il nous invite à réfléchir sur ce qu’est et surtout sur ce que n’est pas la Franc-maçonnerie.

Si Christophe Bourseiller est « tombé », par l’un de ces clins d’œil du destin, dans une loge de la GLNF dont une majorité de membres flirtaient à l’époque avec la Nouvelle Droite, il ne faudrait pas, par un raccourci facile, penser que tout s’explique, ce n’est qu’anecdotique au regard des dysfonctionnements qu’il met en évidence, au regard de la cannibalisation du sacré, de l’idéal, par des conditionnements profanes. Car les « anomalies » qu’il décèle pas à pas, au fur et à mesure de sa « carrière » maçonnique, sont générales.

« La Franc-maçonnerie, dit-il, se présente comme un explosif concentré d’humanité. Travers et qualités s’y trouvent exacerbés. L’ordre initiatique ne serait-il qu’un révélateur de l’inconscient ? ».

Carrefour ou « auberge espagnole », la Franc-maçonnerie n’est pas ce « monastère laïque » dont rêvent certains. Il y manque avant tout les exercices spirituels qui conduisent à se rapprocher de soi-même et, partant, de l’autre qui n’est pas, en essence, séparé de soi. Ce chemin vers l’individuation, ou cette reconnaissance de sa propre nature, y compris en l’autre, ne relève pas de la dialectique qui a envahi les loges, dialectique souvent médiocre et dérisoire. Passant de la GLNF à la Grande Loge de France, Christophe Bourseiller ne sortira pas du désenchantement même si celui-ci devient plus banal en s’éloignant des crispations extrémistes.

Christophe Bourseiller met en évidence les prétentions initiatiques exorbitantes de la Franc-maçonnerie mais, rappelons-le, la Franc-maçonnerie est historiquement une société née avec d’un projet politique, sociétal et spirituel sur laquelle les greffes initiatiques, nombreuses, seront invariablement rejetées ou stérilisées. Cependant, l’essentiel est ailleurs, dans la dernière phrase du livre : « L’échec de l’initiation mène à l’initiation. ». En effet, l’aventure, finalement très initiatique, vécue par Christophe Bourseiller, aventure que les Francs-maçons sincères partagent jusqu’à l’inévitable déconvenue, rappelle qu’il n’y a pas des objets initiatiques et des objets non initiatiques mais qu’un rapport initiatique peut-être établi avec tout objet.

Ce livre peut être aussi relu sous un tout autre angle. C’est un morceau de vie, l’histoire de rencontres éphémères répétées (peu importe que le lieu de ses frottements et parfois de ses chocs soit un temple maçonnique), qui éclaire nos conditionnements, les risques du « moi », les actions du triangle archaïque pouvoir-territoire-reproduction qui commande nos gestes, nos paroles, nos pensées, ce même triangle que le travail maçonnique est tenu de verticaliser, rectifier peut-être, en chambre du milieu pour mieux nous affranchir de ses méfaits.

Ce sont de beaux portraits d’hommes que dresse Christophe Bourseiller, par petites touches de certitude, de doute, de désir, de peur, des portraits colorés et nuancés qui montrent la complexité de l’être humain.

Pascal Galodé éditeurs, 18 rue de Toulouse, 35400 Saint-Malo.

http://pascalgalodeediteurs.com

Publié dans : Tradition
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mercredi 18 janvier 2012 3 18 /01 /Jan /2012 12:51

Le Miroir d’Isis, Ecriture et Tradition, n°18.

Le Miroir d’Isis demeure la revue de référence dans le domaine de l’hermétisme. Ce numéro 18 est encore une fois d’une grande richesse et d’une grande rigueur intellectuelle et spirituelle.

Sommaire : Les sept Tarots d’Hermès, C. Beaupère – L’agneau mystique, A. Charpentier – La Terre vivante, R. Arola – Quelques remarques à propos d’Hermès-Idrîs, A.A. – La pharmacie divine, D. van de Werve – La Caverne de Makpelah, J.M. d’Ansembourg – La doctrine des Pères de la tradition (5), C. Froidebise – Un étrange voyage, C. de Laveleye – Dialogue Khunrath Cattiaux, C. Rosereau – Petite leçon de méditation, S. Rinpoché, etc.

Nous attirons votre attention sur l’étude très pertinente consacrée à Hermès-Idrîs dont nous reproduisons ici la conclusion, de la plus haute importance :

« … les prophètes, depuis Adam en passant par Seth et Idrîs, sont les transmetteurs effectifs d’un dépôt bien réel reçu par l’humanité depuis l’aube des temps et destiné à demeurer au centre de l’état humain jusqu’à la consommation de ceux-ci. Il résulte de ce que nous avons vu au cours de cette étude, et notamment d’indications données par le Cheikh al-Akbar, que le prophète Idrîs – sur lui la Paix – est celui qui s’identifie plus particulièrement avec ce centre et qu’il joue donc, depuis le ciel du Soleil où il réside, le rôle de Pôle de l’état humain. Il apparaît ainsi avec la plus grande clarté que la tradition islamique, si elle assimile Hermès à Idrîs, considère ce dernier comme représentant bien davantage que le « recteur » de la tradition hermétique au sens strict et conventionnel du terme. Le fait même qu’elle parle d’un Hermès antédiluvien montre bien qu’il ne s’agit plus de l’hermétisme entendu comme « tradition d’origine égyptienne, revêtue par la suite d’une forme hellénisée, sans doute à l’époque alexandrine, et transmise sous cette forme, au moyen âge, à la fois au monde islamique et au monde chrétien, et, ajouterons-nous, au second en grande partie par l’intermédiaire du premier » ; si cet hermétisme stricto sensu, qui d’une certaine manière correspond à l’héritage du troisième Hermès, ne constitue pas, comme l’indique René Guénon, une tradition complète en soi, ce que démontre le simple fait qu’il a pu s’intégrer à des traditions différentes, la révélation rapportée par Hermès-Idrîs apparaît quant à elle comme un pur rameau de la tradition pérenne, conservé depuis des temps antédiluviens dans des centres spirituels qui en ont toujours sauvegardé l’essentiel pour les générations ultérieures. La continuité sous-entendue par l’utilisation du même nom « sacré » d’Hermès pour désigner des fonctions similaires qui se sont exercées à des époques différentes est quant à elle, croyons-nous, l’indication du fait que l’alchimie, science « hermétique » par excellence, tire une légitimité pleine et entière de sa révélation en mode prophétique, et constitue donc bien à l’inverse, pour ceux qui sont en quête, une voie d’accès à la « Lumière sortant par soi-même des ténèbres » ou, selon l’expression du Philalèthe, une « entrée ouverte au palais fermé du Roi ».

Autre contribution remarquée, celle de Clément Rosereau qui étudie en miroir Le Message Retrouvé de Louis Cattiaux et le célèbre Amphithéâtre de l’Eternelle Sapience d’Heinrich Kunrath.

« Nous avons l’impression, nous dit-il, que le même souffle, que la même inspiration, bien au-delà d’un certain hermétisme chrétien, celle de la Science Eternelle, anime les deux textes, qui eux-mêmes font écho aux Saintes Ecritures. »

Après avoir rendu compte de quelques rapprochements possibles, parmi d’autres, il conclut tout en nous invitant à relire Kunrath :

« … tout ceci, comme la clé de la quête, pourrait se résumer par la parole que le Seigneur prononce à Abraham : « lekh lekha », « marche vers toi », « va vers toi », va vers ton centre, tel est le vrai chemin, la voie du salut. »

Le Miroir d’Isis. Clément Rosereau, 54 bis rue d’Angleterre, F-59870 Merchiennes, France.

 

Publié dans : Hermétisme
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 12 décembre 2011 1 12 /12 /Déc /2011 18:04

Cheminer avec la méditation de Nadège Amar, Editions Le Relié.

Livre simple qui vise l’essentiel à travers l’expérience d’une vie dans laquelle la méditation tient une place centrale, ce témoignage sera utile à beaucoup de débutants ou de pratiquants qui s’interrogent sur les ajustements nécessaires mais aussi qui pressente sans pouvoir l’installer le sens intrinsèque de la pratique.

« Ma pratique ne s’arrêtera pas, elle est à vie, je ne le savais pas en commençant, je pensais qu’au bout de quelques années je réaliserais ma profondeur, je n’avais jamais imaginé où cela allait me conduire. je réalise qu’il faut nourrir sans cesse cette grâce. Quand je vois mon maître avec son mala accompagner tous les temps de méditation des chercheurs qui viennent à l’ashram qu’il habite, il est l’exemple même du fait que la pratique est essentielle et reste le cœur de l’existence.

Durant des années, je ne pouvais que pratiquer à travers l’attention que je déployais pour ma famille, dans les gestes imparfaits de mon quotidien, en épluchant des légumes, en repassant, en rangeant le lave-vaisselle, en vaquant à toutes sortes d’autres tâches. je suis bien consciente que tous ces actes ont accompagné le travail souterrain que réalise la pratique de l’attention quand on y met tout son cœur. »

Trente-quatre ans de méditation prière et japa ont conduit Nadège Amar à écrire ce livre afin de partager. A l’origine de sa démarche, une rencontre  avec Chandra Swâmi Udassin, elle avait alors 24 ans, rencontre déterminante qui orienta toute sa vie. Nadège Amar éclaire ce qu’est une voie spirituelle. Rien de spectaculaire, des hauts et des bas, de la densité et de la légèreté, du changement et des résistances, beaucoup de résistances. Elle a choisi le simple et le simple est difficile.

Au fil des pages, le lecteur se retrouve dans les nœuds partagés par la plupart des pratiquants. Certains des noeuds se desserrent, d’autres deviennent des points d’appui pour passer au-delà ou encore apparaissent pour ce qu’ils sont, objets vides. Nadège Amar invite à laisser se dissoudre ce qui nous encombre.

« La méditation est un état intérieur, c’est l’état de méditant qui à force de pratique va se révéler. Il faut s’impliquer – c’est un engagement – et avoir beaucoup, beaucoup de patience et de persévérance. En me remémorant ce que j’ai pu traverser dans mes assises tout au long de ces années, je réalise à quel point, il ne faut pas associer méditer et corps immobile. Oui, le corps est immobile, mais on ne se coupe pas de son corps. »

La méditation est accompagnée d’une introspection. Voir ce qui se présente, prendre de bons risques, le risque de la lumière, renoncer à stocker, décider pour soi-même, rencontrer l’autre tel qu’il est, laisser la place pour l’amour inconditionnel. Grandir.

Pas de lyrisme, du quotidien.

« Toutes les souffrances que nous traversons, nous nous devons d’en faire quelque chose, à quoi servent-elles sinon ? Seulement à nous faire mal, à nous permettre de nous plaindre et d’être des victimes ? Je ne crois pas. Il me semble qu’elles sont aussi là pour nous permettre de découvrir nos faiblesses, afin de faire de mieux en mieux connaissance avec nous-même, afin d’essayer de prendre conscience pour grandir. »

Il y a beaucoup d’authenticité dans le témoignage, l’invitation à la vie, de Nadège Amar, de cette authenticité qui naît quand le corps et l’esprit font accord en un axe de cohérence.

Editions Le Relié, La Cerisaie n°15, Les Imberts, BP 30, 84220 Gordes.

www.editions-du-relie.com

 

Publié dans : Eveil
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Samedi 3 décembre 2011 6 03 /12 /Déc /2011 11:52

Le Rite en 33 grades, de Frederick Dalcho à Charles Riandey par Alain Bernheim, Editions Dervy.

Alain Bernheim est un historien renommé de la Franc-maçonnerie, premier français à rejoindre les Quatuor Coronati de Londres. Il nous livre ici un travail remarquable sur des étapes-clés de l’histoire de ce rite en 33 grades qui nous est devenu familier sous le nom de Rite Ecossais Ancien et Accepté.

Cette genèse chaotique, parfois violente, qui opposa des francs-maçons entre eux, aussi bien en France qu’en Europe, met en scène des protagonistes parfois cannibalisés par des désirs on ne peut plus profanes qui ne devraient pas se manifester dans le temple.

A tel point que Alain Bernheim fut interrogé sur l’opportunité de publier un tel livre :

« Mais pour certains, ce rôle ne fut pas toujours à leur honneur. D’où la question qui m’est souvent posée : n’est-ce pas nuire à la franc-maçonnerie que de ressusciter ces événements du passé ? Ma réponse est claire : les responsables sont ceux qui se comportèrent comme ils le firent et non ceux qui sont à la recherche de la vérité. »

Ce travail monumental est le fruit de vingt années de recherches rigoureuses sur des événements méconnus des francs-maçons mêmes du REAA.

Le rite en 33 grades annonça son existence en 1803.

Ce livre de sept cents pages, dont deux cents pages de documents qui viennent appuyer la démonstration de l’auteur, « commence par décrire, presque au jour le jour, la genèse et le déroulement du drame qui déchira maçons français et européens lors de la scission qui amena la création du Suprême Conseil pour la France, il y a moins d’un demi-siècle. On découvrira ensuite les révolutions intérieures des deux Suprêmes Conseils des Etats-Unis d’Amérique au XIXème siècle et leurs rapports de confiante amitié avec le Grand Orient de France, puis la rupture de ces rapports en 1870 qui les amena alors à établir des relations avec le Suprême Conseil de France avec lequel ils n’en avaient aucune depuis 1821. On lira aussi dans quelles circonstances singulières les trois Suprêmes Conseils des Îles Britanniques ont été fondés. ».

De l’histoire donc, mais de l’histoire qui permet de comprendre la situation particulière présente du REAA en France et en Europe. De l’histoire mais aussi du mystérieux et du romanesque dans ces parcours personnels mouvementés où la sagesse et l’ambition se heurtent.

Le travail, d’une grande rigueur, d’Alain Bernheim fera date dans l’étude du REAA tant il rétablit une vérité historique à partir de faits vérifiés replacés dans leurs contextes et non plus de distorsions, approximations ou omissions.

Publié dans : Tradition
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Jeudi 1 décembre 2011 4 01 /12 /Déc /2011 19:01

Paris Le Caire, correspondance entre Louis Cattiaux et René Guénon, Editions du Miroir d’Isis.

René Guénon (1886-1951) et Louis Cattiaux (1904-1953) eurent une correspondance régulière du 17 novembre 1947 au 10 octobre 1950. La publication heureuse de ces lettres éclaire significativement les personnalités de ces deux figures du XXème siècle et la période difficile de l’immédiat après-guerre.

Louis Cattiaux espère une introduction à une future édition du Message Retrouvé, son œuvre magistrale, inspirée, révélée dit-il, qui connaîtra un destin peu ordinaire. C’est d’ailleurs par la médiation du compte-rendu que fera René Guénon d’une première édition du livre dans la revue Etudes Traditionnelles, qu’Emmanuel d’Hooghvorst se rapprochera de Louis Cattiaux et assurera au Message Retrouvé le rayonnement qu’il mérite.

La lecture de la correspondance montre que si René Guénon s’intéresse au texte et qu’il en fait une aimable présentation alors qu’il est habituellement très sévère avec les lectures qu’on lui propose, il ne semble jamais vraiment en saisir l’importance, en percer le mystère opératif. Il est certes intrigué, il interroge, suggère, compare, mais reste un penseur brillant et érudit face à un hermétisme qui lui est finalement étranger comme le montrent ces diverses incursions dans le domaine au fil des lettres.

Les échanges sont toutefois riches quand l’un et l’autre se laissent aller à la profondeur. Mais René Guénon ne se départira jamais d’une distance, d’une posture intellectuelle. A l’intuition et la poésie créatrices de Louis Cattiaux, sans lesquelles, rappelons-le, l’hermétisme, fusse-t-il juste techniquement, est vain, il oppose sa rigueur intellectuelle, ses certitudes brillantes.

Plus encore, il reste une personne là où il n’y a plus personne. On sent que Louis Cattiaux, qui se présente en position d’apprenti face au maître reconnu, s’est déjà grandement débarrassé ses crispations de la personne. Il en maintient finalement l’ombre par politesse mais demeure « à plus haut sens ».

Cette relation ne pouvait que finir par une rupture, rupture qui se concrétise sans violence dans les dernières lettres, mais où l’incompréhension grandit autour de cette introduction impossible au Message Retrouvé.

Un autre intérêt de cette correspondance tourne autour de leurs difficultés respectives face à leur environnement, culturel et intellectuel, politique et économique également, dont ils cherchent, en leur style respectif, à se protéger. Les deux hommes se sentent incompris dans ce monde, ce qui est le lot de tous les questeurs, cela les rapproche. Ils se retrouvent également dans une même condamnation de la modernité telle qu’elle se manifeste dans l’art. Nous sommes en présence parfois de deux souffrances qui se renversent dans une intellectualité supérieure pour René Guénon, dans la réalisation opérative pour Louis Cattiaux.

Pour nous lecteurs, il y a beaucoup à apprendre car les difficultés qui sont les leurs sont les nôtres. Il y a quelque chose d’un rapport permanent entre la lumière et l’opacité qui ne peut que s’inscrire dans la situation, quelle que soit l’époque.

A découvrir.

12,50 Euros à l’ordre du Miroir d’Isis. Contact : Clément Rosereau, 54 bis rue d’Angleterre, F-59870 Marchiennes.

Publié dans : Hermétisme
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires
Lundi 28 novembre 2011 1 28 /11 /Nov /2011 17:32

Le Yiking selon Matgioï ou les graphiques de Dieu par José Nogueira, collection Voir l’essentiel, Maison de Vie Editeurs.

Après Le Tao selon Matgioï ou Comment gouverner notre vie ?, chez le même éditeur, José Nogueira poursuit sa mise à disposition de l’œuvre très intéressante de Matgioï né Albert de Puyou, comte de Pouvourville, personnalité complexe connue des milieux ésotériques du XXème siècle.

Son œuvre sur la Chine initiatique devait présenter, précise José Nogueira, « trois parties : La Voie métaphysique relatant les principes de la tradition et son mouvement philosophique et cosmogonique ; La Voie rationnelle exposant la systématisation de la tradition, avec le taoïsme, ou «  Voie et Vertu de la raison », de Laotseu ; La Voie sociale, traçant l’adaptation de la tradition, avec la philosophie politique de Kongtzeu, appelé Confucius par les missionnaires chrétiens. »

Cette troisième partie ne vit jamais le jour. C’est La Voie métaphysique qui se retrouve, pour l’essentiel, dans ce livre, présentée de manière plus structurée et plus accessible au lecteur.

Matgioï avait parfaitement percé les apparences culturelles, ce qui se donne à voir, pour toucher l’essentiel :

« Ne se réclamant pas d’une source divine (au moins directe et spéciale à la race), ignorant la doctrine théocratique imposée, ne se constituant pas de dogmes religieux, cette tradition a pour corollaire immédiat que toutes les religions, toutes les liturgies n’ont pas d’origine traditionnelle, elles ne sont que des « facultés ». La Tradition ne s’impose pas autrement que par sa clarté et la toute puissante vertu de son passé. Comment les religions, traductions plus ou moins pures de cette tradition, dans le but de la plus facilement adapter au populaire, oseraient-elles prendre ce caractère de certitude obligatoire, qui n’est nulle part imposé par la Tradition elle-même ?

« Aimez la religion : défiez-vous des religions. » Cette maxime, inscrite au fronton des temples et dans l’esprit des hommes, est le seul conseil donné à la race jaune ; et ce conseil n’est pas un ordre. Mais il définit comment la Religion est précisément la Tradition primordiale, exclusivement humaine, et comment les religions à interventions célestes sont des moyens, plus faciles mais moins exacts de s’élever à la religion. »

Il cerne rapidement le caractère libertaire, non contraignant du taoïsme avant de s’intéresser au Yiking, « premier monument de la Connaissance ». Son approche est à la fois traditionnelle, dans son rapport à l’art et à la philosophie du Yiking et originale par le rapport à la vie conditionnée qu’il inspire, se risquant à une dialectique entre conceptions orientales et occidentales. Notamment, il éclaire de différentes manières le paradoxe selon lequel le dualisme est exempt de dualisme.

Le Yiking apparaît comme un chemin de réintégration de la Perfection, chemin évolutif qui n’est pas sans surprise. Ainsi, à propos du symbole du yin-yang et des quatre lois du tétragramme de Wenwang :

« En existant l’yin-yang satisfait au principe de causalité en se mouvant autour de son centre avec la vitesse de l’évolution humaine spécifique, il satisfait à la loi d’activité ; en ayant la forme circulaire, il satisfait à la loi d’harmonie ; en étant précédé et suivi d’un nombre indéfini de cercles concentriques, il satisfait à la loi du bien. Mais remarquons ici – et c’est une réflexion qu’il faut faire très profondément – que les trois premiers principes sont satisfaits à l’intérieur même de l’yin-yang, et que la satisfaction du quatrième principe (principe du Bien) se trouve hors de l’yin-yang c’est-à-dire qu’il faut considérer, pour procurer cette satisfaction, la situation des cercles voisins immédiatement. Dans l’intérieur d’un cercle considéré, seule la loi du bien n’est pas satisfaite. C’est dire que, dans l’intérieur d’une évolution humaine individuelle, l’attraction de la Volonté du ciel ne se fait pas sentir. Cette étonnante constatation ressort de la considération mathématique du graphique ; et elle va nous conduire aux conséquences métaphysiques sinon les plus imprévues, du moins les plus remarquables. »

Cet extrait montre qu’une lecture superficielle de Matgioï serait une erreur. S’il est relativement accessible, il énonce sans ostentation le plus souvent, des points qui devraient nous alerter.

MdV Editeur, 16 bd Saint-Germain, 75005 Paris, France.

www.mdv-editeur.fr

 

Publié dans : Philosophie
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mercredi 16 novembre 2011 3 16 /11 /Nov /2011 15:30

Le bonheur avec Spinoza. L’Ethique reformulée pour notre temps de Bruno Giuliani, Editions Almora.

Bruno Giuliani, professeur agrégé et Docteur en philosophie de l’Université de Nice Sophia Antipolis est aussi créateur de la biosophie, une pédagogie de la joie, du bonheur et de la sagesse. Il nous propose une superbe introduction à la pensée de l’un des rares penseurs non-dualistes de l’Occident, une pensée essentielle pour nos temps de bouleversement.

L’œuvre spinoziste est un hymne à « l’unique et éternelle présence de tout ». Bruno Giuliani, conforme en cela à la tradition des approches non-dualistes, annonce d’emblée de quoi il s’agit :

« Si l’éveil de notre conscience à la connaissance suprême doit un jour se produire, ce sera donc indépendamment de notre volonté et de nos efforts. Contre toute attente, aucune pratique spirituelle n’est donc utile pour s’éveiller… La compréhension est tout, et elle peut surgir à tout moment, comme une grâce, dans la danse du mystère. La seule chose que nous pouvons « faire » , c’est « méditer », c’est-à-dire nous abandonner. Vider notre mental et ouvrir les yeux de l’esprit pour voir qu’il n’existe en réalité personne pour faire quoi que ce soit. Nous pouvons nous détendre et laisse agir la Vie en nous abandonnant à sa danse : « conscience est tout ce qui est » comme le dit Ramesh Balsekar à la suite de Nisargadatta. Seule l’expérience mystique compte : voir qu’il n’existe aucune différence entre Dieu et moi, entre la transcendance et l’immanence, entre l’être et le paraître, le temps et l’éternité… »

Pour Spinoza, « la réalité et la perfection sont la même chose ».

Bruno Giuliani, pour qui « La joie n’est pas au bout du chemin, elle est le chemin. » nous fait voyager dans L’Ethique, « le plus grand livre de philosophie de tous les temps », ce faisant, il nous invite à expérimenter la conscience non-duelle, cette plénitude du vide toujours présente sous les contractions de l’apparence. Spinoza est non seulement le philosophe des philosophes mais celui par qui nous dépassons la philosophie, nous la traversons en la reconnaissant elle-même comme simple apparence.

Au cœur de la question, la beauté et la liberté : « Nous avons tous le pouvoir de percevoir la splendeur du réel et de vivre dans la liberté. », liberté d’être Dieu : « ce qui apparaît [dans l’expérience non-duelle] est exactement le même monde qu’avant, mais vécu sans sentiment de séparation avec une félicité incroyable, plus profonde que toute joie pensable, que Spinoza appelle la béatitude et qu’il définit comme la joie infinie d’être Dieu. ». Un Dieu non conçu et inconcevable « dont l’autre nom est la nature », la Vie.

Parcours plutôt que livre, Le bonheur avec Spinoza comprend cinq étapes. Après une introduction méthodologique sur « la conversion à la philosophie », la première partie, Ontologie aborde le thème de L’être infini : Dieu, c’est-à-dire la nature. La deuxième partie, Anthropologie traite de L’être humain : l’esprit et le corps et s’emploie à dissoudre l’illusion dualiste. La troisième partie, Psychologie aborde L’affectivité : les passions et les vertus et introduit à une sagesse du quotidien. La quatrième partie, Ethique s’intéresse au Bonheur : la raison et la liberté. La cinquième partie, Mystique consacre La béatitude : la joie et l’éternité comme permanence de l’amour et de la liberté accessibles à l’instant-même.

« L’esprit du sage, conclut Bruno Giuliani, vit pratiquement sans connaître de trouble et cela quoiqu’il arrive, le pire comme le meilleur. Possédant par une sorte de nécessité éternelle la conscience de soi-même, de la Vie et des choses, il ne cesse jamais d’être libre et actif, et il jouit en permanence de la plus profonde sérénité et de la plus haute joie, autrement dit du plus parfait bonheur. »

Editions Almora, 51 rue Orfila, 75020 Paris.

www.almora.fr

 

 

Publié dans : Philosophie
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mercredi 16 novembre 2011 3 16 /11 /Nov /2011 15:23

L’art de bien vieillir dans l’esprit du Tao, poèmes chinois traduits et présentés par Hervé Collet et Cheng Wing Fun, collection Spiritualités vivantes, Editions Albin Michel.

Alors que nous cherchons des lieux où parquer nos vieux pour qu’ils ne nous cassent pas les pieds, si possible à moindre frais, la Chine traditionnelle a toujours su considérer le quatrième âge comme un âge d’or. L’expérience est cette matière précieuse qui donne accès à l’essence des choses à travers le sens de l’éphémère.

Emerveillement de la vieillesse, ce très beau recueil rassemble des textes du IVème siècle au XVIIIème siècle, écrits par sept poètes chinois : Wang Wei (701-761), Tu Fu (701-761), Po Chu-yi (772-846), Lu Yu (1125-1210), Yang Wan-li (1127-1206), Yuan Mei (1716-1797).

 

De retour la nuit

 

de retour au milieu de la nuit, je croise un tigre

la montagne est noire, dans la maison

tout le monde dort déjà

sur le côté je contemple la Grande Ourse

qui décline vers le Fleuve

je regarde en haut, Vénus en plein ciel

est lumineuse

la cour est généreusement éclairée par deux torches

à l’embouchure des gorges j’entends le cri

effrayé d’un gibbon

la tête blanche, le vieillard danse et chante

appuyé à ma canne, ne dormant pas,

que ferais-je d’autre ?

 

                                                                                 Tu Fu

 

Nous trouvons aussi dans ces pages Chuang-tzu et bien sûr Li Po. La fin de l’ouvrage est consacrée aux poèmes de l’art de mourir de Chuang-tzu, Tao Yuan Ming (365-427).

 

Mon pinceau ne vieillit pas

 

quand on compose des poèmes, c’est comme pour

les fleurs qui éclosent, elles sont chétives

à plus forte raison pour un homme

de quatre-vingt ans,

dont l’inspiration et l’imagination

depuis longtemps sont taries

pourtant les gens me réclament des poèmes

toute la journée ils ne cessent de m’importuner

ils savent bien que les vers à soie,

tant qu’ils ne sont pas morts,

continuent à dévider la soie jusqu’au dernier instant

je dois me faire violence pour m’exécuter

en moi-même j’ai honte, ce ne sont là que des brouillons

comment comprendre que mes bons amis,

quand ils viennent,

en fassent tous sincèrement l’éloge ?

je ne les crois pas,

néanmoins j’en conserve une copie

peut-être que ma tête et mes quatre membres

sont tous affaiblis

mon pinceau ne vieillit-il pas

 

Yuan Mei

 

les cheveux blancs, assis en lotus,

les fleurs jaunes de toutes parts m’entourent

rêvant que je suis papillon,

je volette autour de leur suave parfum

 

Yuan Mei

 

Les traducteurs dressent des portraits forts de ces grands poètes de l’âge et de la sagesse. « Le sage est nécessairement un « vieux sage » », rappellent-ils. Ils évoquent aussi Peng Tsu qui maîtrisait parfaitement l’art du souffle et  est considéré comme l’initiateur des « arts de la chambre intérieure », pratiques sexuelles de longévité. Dans le taoïsme, il faut entendre les voies d’immortalité comme voies de longévité. Peng Tsu fut l’auteur des Principes pour nourrir la vie, « recueil de conseils pour préserver la santé et prolonger la vie, qui part du postulat que participer aux joies du monde est primordial pour progresser sur la voie du tao, la voie de l’accord au cours des choses. ».

C’est ce postulat de la joie qui se déploie dans ce recueil malgré le gris de la vieillesse.

Publié dans : Philosophie
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 7 novembre 2011 1 07 /11 /Nov /2011 18:04

Les six yogas de Naropa, les pratiques secrètes du bouddhisme tibétain par Dakpo Tashi Namgyal, Editions Dervy.

Les six pratiques présentées dans ce petit texte attribué à Dakpo Tashi Namgyal (1511-1587) mais d’origine incertaine relève de l’école Drugpa Kagyu. Il s’agit d’une synthèse puissante des pratiques du véhicule de Diamant, le Vajrayana. Nous trouvons cependant des pratiques similaires dans d’autres écoles bouddhistes et sur d’autres courants internes y compris occidentaux, d’où l’intérêt de ce livre.

Les six pratiques abordées sont Toumo, l’art de développer la chaleur psychique intérieure, Gyoulé, la doctrine du corps illusoire, Mi.lam le yoga du rêve, qui permet d’atteindre à la conscience dans le rêve et de saisir le caractère illusoire de la réalité quotidienne, Eu.sel, le yoga de la Claire lumière, Po.wa, sortie consciente du corps et le yoga du Bardo. L’ensemble forme un tout et constitue une voie d’éveil rigoureuse. Ces yogas présentés comme séparés sont en réalité emboîtés les uns dans les autres.

« Avec les six yogas de Naropa, il s’agit donc d’introduire la lumière de la conscience dans ces trois aspects de l’être humain, d’habiter et de transfigurer d’abord le corps, puis de demeurer conscient dans l’état de rêve qui reflète habituellement un « moi » dissocié, en proie aux forces obscures de la psyché, et finalement de maintenir la continuité de conscience dans les états de mort, d’extinction, qui représentent des ténèbres encore plus grandes par rapport à la conscience de veille. Car l’être humain vit à la surface de lui-même. Il habite une étroite zone mentale, ignorant les profondeurs qui s’étendent bien au-delà. Finalement, en introduisant sa conscience dans le rêve et le sommeil profond, le yogi habite des parties de lui-même qui lui échappaient complètement. »

Dans cet ensemble de pratique, Toumo est essentiel, préalable sans lequel les autres pratiques sont vaines :

« Toumo est la pratique fondamentale, la base de toutes les autres et ultimement, ce yoga permet de transmuer la corporéité et de réaliser le corps arc-en-ciel. »

Toutes ces pratiques demandent une attention et une conscience accrues qui conduisent à une simplification et un rappel à sa propre nature.

Souvent, ce livre se révélera précieux car il ne retient que l’essentiel, retirant les vêtements culturels surimposés le plus souvent par les traditions pour des raisons pédagogiques ou par ignorance quand des disciples non accomplis se mêlent de transmettre.

Editions Dervy, 19 rue Saint Séverin, 75005 Paris, France.

Publié dans : Eveil
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 7 novembre 2011 1 07 /11 /Nov /2011 17:49

Paroles de Sarana choisies par Prabhushankar, Editions Âgamât.

Au XIIème siècle, une vaste rénovation du shivaïsme, considéré décadent, est entreprise par une personnalité influente du Karnataka, Basaveśvara. Une nouvelle école va naître de cet effort de rectification éthique, le Viraśaivisme, appelé encore religion Lingayat.

L’éthique viraśaiviste se construit autour d’un fort idéal de beauté, d’harmonie, de bonté et de vérité. C’est un courant fortement dévotionnel, adorateur du lingam, qui est marqué par un rejet du système de castes, un souci d’équilibre social, une distance face à l’ancien ritualisme. Démarche très inclusive, le Viraśaivisme vise à éteindre les désirs par un Śiva-yoga unifiant, tout en reconnaissant le corps comme une « grâce » de Shiva et le travail, ou l’accomplissement des devoirs comme une réalisation.

Cette école, à laquelle se rattache la sainte Akka Mahadevi, a laissé des « paroles », à la fois poétiques et opératives, dialogues entre dieu et son dévot,  en langue kannada, l’une des anciennes langues dravidiennes. Ces paroles devinrent très populaires en Inde.

Ce livre rassemble cent et une perles, choisies avec soin par Prabhushankar et traduites pour la première fois en français par l’indianiste Vasundhara Filliozat.

 

« La connaissance de soi est le guru,

la conduite est le disciple,

la connaissance est le linga,

l’aboutissement est l’ascèse,

la tranquillité de l’âme est le yoga ;

Mahalinga Kalleśvara rit de celui

qui devient chauve sans connaître cela. »

 

« Si vous parlez, il faut que ce soit comme un collier de perles ;

si vous parlez, il faut que ce soit comme l’éclat d’un rubis ;

si vous parlez, il faut que ce soit comme un bâton de cristal ;

si vous parlez le linga, avec plaisir, doit dire : « Oui, oui ».

Si la conduite n’est pas en conformité avec les paroles

cela plaira-t-il au Dieu Kudala Sangama ? »

 

Pensées, paroles, gestes, participent d’une ascèse de l’instant-même sans concession. C’est le quotidien qui fait voie, et matière de l’éveil. L’offrande est la congruence de la vie quotidienne. Il y a une totale responsabilisation du disciple pour qui tout naît de Shiva et retourne en Shiva, l’Absolu. Ici la parole devient « linga lumineux ».

 

« Moi, le batelier sans corps je suis venu,

près d’une rivière sans rive et sans profondeur

si vous me payez comme tarif votre esprit tenant et lâchant,

je vous ferai traverser la grande rivière,

et vous déposerai dans une ville sans parole et sans borne,

dit Ambigara Caudayya (des bateliers). »


Ces paroles profondes sont accompagnées d’un exposé dense qui permet au lecteur de comprendre les particularités métaphysiques et spirituelles du Viraśaivisme, voyage vers le non-duel.

 

« Quand il n’y avait ni début ni non-début,

ni Vacuité ni Grande Vacuité,

ni possibilité ni non-possibilité,

ni forme ni non-forme,

ni grossier ni subtil,

ni figure ni non-figure,

la parole n’était pas encore née,

les dualité et non-dualité n’était pas,

n’étaient pas là les chefs des gana nommés

Śankara, Śaśidhara, Iśvara,

activité et non-activité n’étaient pas,

pas encore le mariage d’Uma,

Ô Kalidevayya, Tu étais là sans son. »

 

Editions Âgamât, 45 allée de la Tramontane, 83700 St Raphaël, France.

http://www.agamat.fr/

Publié dans : Eveil
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

Présentation

Créer un Blog

Recherche

Calendrier

Janvier 2012
L M M J V S D
            1
2 3 4 5 6 7 8
9 10 11 12 13 14 15
16 17 18 19 20 21 22
23 24 25 26 27 28 29
30 31          
<< < > >>
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés