Mardi 30 juin 2009

Mei Hua Zhuang

 

 

         Le Mei Hua Zhuang est un art martial chinois authentique, encore méconnu, mais qui commence peu à peu à se développer en Europe.

         Nous vous proposons trois livres, publiés aux Editions You-Feng pour découvrir cet art martial interne qui fait partie du patrimoine culturel de la Chine traditionnelle :

         Mei Hua Zhuang de Yan Yan et Jummin Ren, les deux maîtres chinois installés en France qui assurent aussi la transmission en Europe. Yan Yan et Jummin Ren sont respectivement la fille et le gendre du Professeur Yan Zijie, l’un des grands maîtres actuels du MHZ. Ils nous introduisent dans ce livre aux formes et aux principes du MHZ.        

Un art martial authentique, le Mei Hua Zuang de Séverine Arsène, qui a rédigé un ouvrage synthétique sur la philosophie et l’histoire du MHZ. Elle identifie bien les fondements traditionnels de cet art et les enjeux comme les risques de la rencontre avec l’Occident.

         Cinq séries d’exercices du Meihuazhuang, ouvrage chinois et français, destiné plus spécialement aux pratiquants et qui détaille certains enchaînements.

         Le Mei Hua Zhuang est resté confidentiel et quasi inconnu des occidentaux en raison notamment de sa ruralité. C’est en effet dans les campagnes montagneuses de plusieurs Province du Nord de la Chine qu’il s’est implanté et fut préservé. Son origine est indéterminée, on sait toutefois que le MHZ était déjà pratiquée sous la dynastie Han, 220 – 206 av J.C..

         La Tradition chinoise enseigne qu’il y a environ 4000 ans, le maître Yun Pan, près de la montagne Kunlun, créa deux arts martiaux, le Meihua et le Bagua. Le Meihua resta plus confidentiel et se cantonna dans les montagnes. Les mots Mei Hua désignent la fleur de prunier, l’une des trois plantes sacrées chinoises avec le bambou et le pin. Elle symbolise la longévité et l’unité.  Le mot Zhuang signifie poteau et fait référence à l’ancienne pratique d’entraînement debout sur des poteaux plantés dans la terre à des hauteurs variables, pratique popularisée par les moines de Shaolin.

         Pour Yan Yan et Jummin Ren, « Le MHZ, basé essentiellement sur une pratique interne, a pour objet d’entraîner le Jing (mouvements), le Qi ( énergie) et le Shen, et de réaliser une harmonie entre l’homme et la nature. Avec l’acquisition de l’énergie du corps et de la nature, le MHZ favorise le maintien d’une bonne santé, participe au développement de la capacité à se défendre, et aide à guérir les maladies et à activer le subconscient. »

         Le MHZ se divise en deux grands domaines, Wenchang et Wuchang, champs de théorie et champs de pratique, que Yan Yan et Jummin Ren définissent ainsi :

         « Le Wenchang comprend l’étude de la théorie ; les traditions de cérémonies par lesquelles est offert le respect aux ancêtres ; l’art de soigner les maladies ; l’art de la divination et l’entraînement du Wengong, etc.

         Le Wuchang a pour objet l’entraînement des mouvements du corps tel que le Jiazi, le Chengquan (boxe), le Qixie (armes) etc. »

         Nous retrouvons là ce qui constitue le socle commun des arts martiaux chinois. Le MHZ est imprégné de taoïsme, de bouddhisme tchan et de confucianisme, les trois traditions qui nourrissent la pensée chinoise.

         Le MHZ, comme toute tradition, a évolué, s’est enrichi, développé, au fil des siècles pour devenir un système complet embrassant tous les domaines de la vie. D’abord enseigner au sein des familles ou des clans, le MHZ fut l’un des premiers arts martiaux chinois a développé une fonction sociale en ne restant pas au sein des monastères comme nombre d’autres écoles chinoises.

         Le MHZ joua un rôle particulier dans la floraison des sociétés secrètes qui apparut à la suite de la chute des Ming.

         Selon Séverine Arsène, « Ces groupes se sont donc structurés en particulier dans le contexte de grande insécurité autour de la chute des Ming, sous la forme de communautés simili-familiales, dans lesquelles on retrouve le culte des ancêtres, l’entraide, la notion de frères de MHZ par exemple. Cette structuration en sociétés secrètes était dans le fond très peu fondée sur les valeurs religieuses, qui restaient l’apanage des maîtres et des intellectuels, mais plutôt sur des questions de défense et de sécurité sociale. Les sociétés de MHZ, reliées entre elles, formaient un réseau d’entraide au sein duquel il était toujours possible de trouver un soutien solidaire. Cela formait un maillage de la société, parallèle aux structures officielles. »

         Le MHZs’inscrit donc dans ce mouvement de sociétés secrètes rassemblées sous la devise « Restaurer Ming, renverser Qing », devise qui n’a pas qu’une signification historique puisqu’elle peut aussi bien appeler à restaurer Ming, la Lumière et renverser Qing, l’ignorance. Une partie des pratiquants de MHZ participa, selon le Professeur Ya, à la révolte des Boxeurs du Shandong, violemment réprimée, qui conduisit ces sociétés secrètes à s’occulter et se transformer.

         En tant qu’art martial, le MHZ présente des spécificités tout à fait intéressantes dans les pratiques collectives en face à face, à quatre ou davantage jusqu’au cercle qui permettent de découvrir les puissances serpentines.

         Basé sur l’enchaînement des cinq postures formant le Jiazi, Métal, Eau, Bois, Feu, Terre et les changements de direction dynamiques, le MHZ ouvre à une infinité de variations à partir de cette base, incluant le travail aux armes, épée, sabre, bâton…

         Nous sommes donc en présence d’un trésor traditionnel qui devra sans doute encore évoluer et s’adapter, sans perdre son essence, au contact de l’Occident.

         Pour en savoir plus : www.meihuazhuang.org       

 

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Dimanche 7 juin 2009

Architectes Africains


L’origine égyptienne des Rites Maçonniques Egyptiens et l’Ordre des Architectes Africains, suivi du Crata Repoa
, de Marcos Drake, Editions INRI.

         Nous signalons ce petit livre sans prétention qui réalise une brève synthèse sur les rites égyptiens et plus particulièrement sur celui, qui reste, pour une large part, énigmatique, en l’absence de documents, l’Ordre des Architectes Africains, entendons Egyptiens.

         L’intérêt majeur du livre est de mettre de nouveau à disposition le texte du Crata Repoa, qui constitue presque la seule source connue permettant d’identifier la nature hermétiste et opérative de l’Ordre des Architectes Africains.

         Marcos Drake note parfaitement tout l’intérêt du Crata Repoa :

         « Il m’a souvent été donné l’occasion de lire différents rituels maçonniques, et ce qui est manifeste dans chacun d’entre eux est l’absence totale de références, d’annotations ou bien encore d’une quelconque bibliographie. Les auteurs de ces rituels omettent bien sûr intentionnellement d’en faire mention, ce qui donne à tous ces rituels un caractère sacré, comme s’ils étaient le fruit d’une révélation antique accessible uniquement aux initiés.

         Au contraire, ce qui m’a tout de suite frappé dans le texte du Crata Repoa est la présence d’annotations donnant la référence des auteurs cités dans celui-ci.

         Ces informations sont inestimables pour celui qui comprend l’importance qu’a joué l’Ordre des Architectes Africains, et cherche à connaître l’origine idéologique, véritable source d’inspiration, à la base de la création d’un tel rite. »

         Démystification nécessaire pour une véritable recherche.

L’Ordre des Architectes Africains, comme d’autres ordres importants formalisés à la même époque, se trouve à la croisée de divers courants, hermétisme, néo-platonisme, ésotérisme chrétien, un alliage, voire une alliance, qui a fourni les plus beaux corpus de la tradition initiatique occidentale.

www.editions-inri.com

 

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Jeudi 14 mai 2009

Tradition Ninja

 


Shôninki, l’authentique manuel des ninja
de Natori Masazumi, Editions Albin Michel.

         Le Shôninki fut rédigé par un maître ninja, Natori Masazumi en 1681. Il constitue l’un des textes fondamentaux de la tradition ninjutsu. Le ninjutsu n’est pas seulement une discipline martiale. Comme tous les arts martiaux, il est aussi une voie d’éveil.

Nous avons souvent une vision très partielle du ninja, véhiculée par le cinéma, la littérature populaire et les mangas. Les ninja furent bel et bien les espions du Japon féodal, héritiers probables de leurs équivalents chinois. On retrouve  en effet dans le Shôninki des enseignements présents dans L’Art de la guerre de Sun-tzu.

Le ninjustsu s’est construit au carrefour de diverses influences chinoises et japonaises : taoïsme, bouddhisme Shingon et Tendaï, shugendô, shintoïsme notamment. La doctrine des cinq éléments particulière au taoïsme et qui fonde les arts martiaux chinois est présente dans le Shôninki. Il y eut des liens entre yamabushi et ninja, au moins au début du ninjustsu. Certains aspects occultes, comme les kuji-kiri se retrouvent dans d’autres écoles d’arts martiaux du Japon comme l’école Ken-katori.

Le Shôninki rassemble des enseignements divers : stratégiques, techniques, psychologiques, magiques et spirituels. Comme souvent dans l’enseignement traditionnel japonais, seul l’essentiel est énoncé. Les commentaires sont superflus puisque seule la pratique révèle les principes énoncés. L’enseignement est donc dense, simple mais chargé de conséquences et de profondeur.

« Il existe dans le ninjustsu le principe de sempenbanka qui postule que tout est soumis à d’incessants changements et transformations. L’essence de ce principe ne peut être saisie par la seule étude. (...)

Je ne peux expliquer ici le secret de l’âme avec des mots. Pourtant, si le shinobi en obtient la connaissance, celle-ci atteindra sa plénitude dans les quatre directions du ciel, et même repliée sur elle-même, elle trouvera place dans son coeur. Cette connaissance extrêmement importante intègre les mystères naturels de l’univers, les choses les plus inhabituelles, et éclaire de façon extraordinaire le cours du temps. C’est la voie pour tout connaître sans effort. »

Le shinobi est conduit à distinguer entre Connaissance et Principe :

« Ce que l’on appelle Principe est ce qui est permanent. C’est l’essence immuable. Assimiler la Connaissance est certes intéressant, mais cette Connaissance est soumise à d’incessants changements. Par contre, le Principe fondamental n’est pas quantifiable, et quand on l’étudie attentivement, tout devient clair. »

Le shinobi doit apprendre à contrôler son coeur pour accéder au principe, c’est-à-dire, ne pas se laisser entraîner par les sentiments, les préjugés et les représentations :

« Le coeur humain n’a rien de mystérieux. Il est doté des cinq éléments de l’Univers : le bois, le feu, la terre, le métal et l’eau, qui ne se révèlent que pendant un court instant. »

Le lâcher-prise, le rappel de soi, la présence, constituent le centre de cet enseignement qui conduit, dans un paradoxe apparent, au respect de la vie comme peut en témoigner le chapitre consacré à l’art de ne pas briser les individus :

« Détruire un homme éloigne du but vers lequel on tend. Si la rage nous anime, on perd l’avantage. C’est par des principes mondains que l’on devient arbitraire et que les choses deviennent difficiles. En conséquence, il y a des époques dans lesquelles l’individu est soumis à l’oppression et d’autres où l’on doit reconstruire. Cela est difficile à exprimer par des mots. Il est pourtant important d’en tenir compte. »

La lecture du Shôninki, traité sec et efficace, donne cependant au lecteur disponible et ouvert, un sentiment de beauté sans doute parce qu’il ne s’éloigne jamais de l’essentiel, de ce qui demeure au-delà des phénomènes.

Le Shôninki intéressera tous ceux qui se consacrent aux arts martiaux et aux voies d’éveil comme, plus largement, tous ceux, de plus en nombreux, qui sont attirés par la richesse de la culture japonaise.

Editions Albin Michel, 22 rue Huyghens, 75014 Paris.

 

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Mercredi 29 avril 2009

L’Institut Métapsychique International est une fondation reconnue d’utilité publique depuis 1919 par l’Etat français. Elle se consacre à l’étude scientifique des potentialités inexplorées de l’être humain : télépathie, clairvoyance, précognition, psychokinèse, par exemple. Comme fondation reconnue, l’Institut est tenu à des obligations administratives et morales vis-à-vis de l’Etat. Il est habilité à recevoir des donations de particuliers ou d’organismes qui bénéficient alors de déductions fiscales. En France, la recherche métapsychique, ou parapsychologique, ce mot s’étant imposé depuis la fondation de l’Institut, s’est heurté au déni d’une grande partie de la classe scientifique et au mépris d’une partie de l’opinion. Toutefois, aujourd’hui l’Institut Métapsychique International, loin d’être une institution vieillotte, montre qu’il au se restructurer pour lancer de véritables programmes de recherches tout à fait rigoureux, avec de nouvelles équipes de scientifiques. Une rapide exploration du site de l’IMI suffira pour vous intéresser aux dimensions actuelles de la recherche métapsychique :

 http://www.metapsychique.org/

L’Institut Métapsychique International s’est donné trois missions essentielles : la recherche, la formation et l’information. Ses missions sont conduites grâce à une équipe pluridisciplinaire, à des protocoles expérimentaux spécifiques et scientifiques, en s’appuyant sur une longue tradition de rigueur scientifique. L’IMI fait partie d’un vaste réseau scientifique international de chercheurs dans les domaines parapsychologiques. Sa bibliothèque rassemble des milliers d’ouvrages et de documents spécialisés et constitue une source précieuse de références. Dans le domaine de la formation, elle propose à des étudiants engagés dans des cursus universitaires divers, une approche transdisciplinaire des phénomènes paranormaux. Un Groupe d’Etudiants de l’IMI a été fondé en 2003 sous la direction de Paul Louis Rabeyron, Docteur en médecine, pédopsychiatre, maître en biologie humaine, ancien interne et assistant des hôpitaux psychiatriques de la région Rhônes Alpe. Il exerce actuellement en tant que psychiatre des hôpitaux et directeur médical d’un centre médico-psychopédagogique. Responsable d’enseignement à l’Université Catholique de Lyon, il est le seul universitaire à proposer en France depuis 1995 une Unité de Valeur intitulée "Sciences, société et phénomènes dits paranormaux". Vous trouverez sur le site de l’IMI quelques exemples de mémoires de recherches menées par les étudiants du GEIMI : Sentiment d’être observé – Expériences et résultats par David Acunzo, TER licence de physique, Université de Bretagne Occidentale, année 2003-2004 ; Approches psychologiques de la personne hantée par Renaud Evrard, Mémoire de maîtrise de psychologie clinique, Université Louis Pasteur de Strasbourg, année 2004-2005 ; Etudes des répercussions psychologiques et comportementales d’une expérience de mort imminente par A.D., Mémoire de DEA de psychologie clinique, Université de Grenoble, année 2004-2005 ; Epistémologie du paranormal et éducation critique : le conflit paradigmatique par Philippe Garnier, Mémoire de DEA de Sciences de l’éducation, Université Paris 8, année 2004-2005 ; Approche psychodynamique et psychopathologique des expériences vécues comme « paranormales » par Thomas Rabeyron, Mémoire de Master Recherche de psychologie clinique, Institut de psychologie de l’Université Lumière Lyon II, 2005-2006, mention TB.

         L’Institut Métapsychique International va jouer un rôle essentiel dans les prochaines décennies pour prévenir et accompagner les grandes mutations à venir que la mécanique quantique, notamment, laisse présager. Pour prendre pleinement la mesure de l’enjeu, il n’est pas inutile de lire attentivement l’ouvrage, désormais célèbre, de Dean Radin, intitulé La conscience invisible et disponible désormais en poche chez J’ai lu. Dean Radin est docteur en psychologie, ingénieur et chercheur à l’Institut des Sciences Noétiques en Californie, l’un des meilleurs spécialistes mondiaux de la recherche scientifique en parapsychologie. L’ouvrage, publié en 1997 aux USA, demeure tout à fait d’actualité. L’ouvrage est divisé en quatre grandes thèmes : motivation, preuves, compréhension, implications. Il étudie en détail les contextes, les résistances, l’évolution des mentalités, les expériences réalisées, les preuves établies,  les conséquences sur la recherche scientifique, sur la métaphysique, la nécessité d’une nouvelle esthétique et d’une théorie globale encore à édifier, les applications futures. Bien entendu, nombre de ces travaux croisent les observations relevées par les adeptes des philosophies de l’éveil, même si celles-ci les considèrent comme épiphénoménales. Ces recherches qui mériteraient un soutien massif des Etats seront à l’origine de véritables révolutions scientifiques. Voici la conclusion de Dean Radin :

«  Lorsque davantage de scientifiques voudront bien reconnaître certaines évidences, je suis sûr que des industries innovantes se mettront à soutenir les applications psi, car les premières compagnies qui les développeront deviendront les leaders de la haute technologie du XXIeme siècle. Le mouvement se dessine déjà en Asie et l’Europe commence à suivre, tandis que les Etats-Unis traînent derrière le reste du monde industriel. Les générations futures auront sans doute de la peine à comprendre l’arrogance que nous manifestons aujourd’hui, avec notre si modeste intelligence de la nature. Elles se demanderont pourquoi il a fallu trois siècles de progrès scientifique laborieux pour vérifier simplement l’existence de ce que les humains ont éprouvé depuis des millénaires.

Au début du XXeme siècle, les scientifiques imaginatifs ont lentement pris conscience que des conceptions nouvelles de l’espace, du temps, de la matière et de l’énergie s’apprêtaient à émerger. Certains ont compris que des théories telles que la relativité et la mécanique quantique allaient radicalement changer notre compréhension de la réalité elle-même. Près d’un siècle plus tard, l’impact de ces découvertes continue d’ébranler la science, la technologie et nos sociétés.

A l’aube du XXIeme siècle, nous savons que de nouvelles et bouleversantes visions du réel vont bientôt s’offrir à nous. »

C’est le cadre d’une révolution de la conscience du réel et de sa nature qu’ébauche Dean Radin dans ce livre.

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Mercredi 8 avril 2009

La magie du Bouddha

 

 

Nous attirons votre attention sur le site www.magiedubouddha.com de Kunzang Namdjial. Ce site propose d’authentiques objets traditionnels utilisés dans l’ésotérisme du Bouddhisme Tibétain et Théravada. Vous y découvrirez des objets de provenances variées, Chine, Tibet, Inde, Cambodge, Thaïlande... aussi divers que des statues de divinités, des armes rituelles, des amulettes comme les dzi dont la pratique est probablement d’origine Bön, des amulettes en alliages alchimiques Mekkapat et Mekkasil, ou encore les surprenants yeux de Naga.

Mais ce site ne doit pas être réduit à un beau catalogue, l’auteur replace les objets dans leur contexte traditionnel, leur histoire, les mythes dont ils sont les véhicules ou les excroissances, présente les rituels qui les accompagne, pour faire du site un véritable musée virtuel où les chercheurs trouveront nombre d’informations importantes par exemple pour saisir de la manière dont les voies serpentines et les alchimies internes se manifestent dans les représentations ou dans les rituels, ou comment une conscience non-duelle peut se servir de tout ce qui se présente, de tout ce qu’offre la vie sans rien rejeter. Vous pouvez aussi y découvrir comment fabriquer certains objets comme les Dorodango, objets initialement fabriqués par jeu par les enfants japonais, oubliés et devenus supports de méditation.

Ceux qui s’intéressent à l’alchimie et à ses applications médicinales ou internes (voies d’immortalité) seront intéressés par les différentes perles, pilules et autres créations médicinales.

Kunzang Namdjial, tout en apportant des informations peu connues sur les pratiques traditionnelles, fait aussi tomber quelques préjugés et idées naïves quand aux différentes formes de bouddhisme. Il met notamment en garde contre les pseudo-instructeurs qui se multiplient ici et là, contre certaines pratiques non traditionnelles et, plus généralement, dénonce avec raison la marchandisation de la tradition sous l’influence de la caste des commerçants.

Kunzang Namdjial propose de nombreux objets à la vente, objets rituels, certaines amulettes rares et aussi des objets de sant. Il veille à respecter les règles d’un commerce éthique et équitable. Qui plus est, une partie des bénéfices sert à financer des projets humanitaires comme l'association Un pas vers les Tibétains et le Vénérable LP Sao.

         A découvrir longuement...

 

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Mercredi 8 avril 2009

Les Héritiers de la Franc-maçonnerie égyptienne de Memphis-Misraïm de Joseph Tsang Mang Kin, Editions AMMOI.

         Il n’est pas inutile de présenter l’auteur de cet essai courageux et précieux à la fois pour son apport historique et pour son souci de préserver le caractère initiatique de la Franc-maçonnerie égyptienne.

         Joseph Tsang Mang Kin est né en 1938 à Port Louis, dans l’Ile Maurice. Il est d’abord un homme de lettres, un poète, un auteur, un fin connaisseur de Malcom de Chazal. Il eut de multiples responsabilités sociales et politiques dont celle de Ministre des Arts et de la Culture. Il est aussi Franc-maçon égyptien depuis 1974. Détenteur des Arcana Arcanorum du Régime de Naples, il présida le Souverain Sanctuaire de l’Océan Indien.  A la fin de l’année 2002, avec cinq autres Patriarches Grands Conservateurs, devant l’ampleur de la crise des rites égyptiens en Europe, il fonda l’Ordre Maçonnique Traditionnel du Rite Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm. Il en est encore le Grand Maître Général.

         D’une certaine manière, ce livre marque peut-être l’entrée des rites maçonniques égyptiens dans l’ère post-Robert Ambelain. Ces quinze dernières années, nous avons assisté en effet à l’éclatement du système mis en place par Robert Ambelain et développé par Gérard Kloppel, récemment disparu. Joseph Tsang Mang Kin nous offre le premier essai historique rendant compte des bouleversements récents que traversèrent les rites maçonniques égyptiens, principalement en Europe mais avec des conséquences partout où ces rites sont représentés.

         Joseph Tsang Mang Kin identifie « l’insight » des problèmes qui rongent les rites égyptiens, depuis le départ de Robert Ambelain, dans l’entre-deux-guerres, quand les Constitutions de MacBean établies en 1921 furent mal traduites de l’italien au français, laissant place à l’ambiguïté et au malentendu et favorisant le petit jeu toxique du triangle pouvoir-territoire-reproduction, jeu qui s’est cristallisé sombrement dans une affaire très franco-française avant de polluer presque tous les territoires maçonniques.

         Reprenant brièvement l’histoire maçonnique, il rappelle comment la Franc-maçonnerie traditionnelle hermétiste, née en Ecosse à la fin du XVIème siècle, va être repoussée dans les marges à partir de 1717 par une Franc-maçonnerie moderne surtout soucieuse de pouvoir politique et de colonialisme. Il synthétise ensuite l’histoire complexe des rites maçonniques égyptiens, notamment en Angleterre, Egypte, France et Italie, avant de détailler les récents développements.

         Joseph Tsang Mang Kin met en évidence le rôle destructeur du Grand Orient de France pour, d’abord, affaiblir les rites maçonniques égyptiens puis les accaparer, alors même qu’il est incompétent dans ce domaine, aussi bien sur le plan historique que juridique ou, surtout, initiatique, comme le montre la farce du Grand Ordre Egyptien mis en place par le Grand Orient de France. Le simple fait d’avoir choisi une échelle de grade en 33 degrés au lieu de l’échelle traditionnelle symbolise l’inanité de ce projet. Nombre de Frères égyptiens, souvent naïfs, parfois complices, furent piégés par le miroir aux alouettes mis en place avec intelligence par le Grand Orient de France. Nombre de ceux qui contribuèrent à cette supercherie eurent à le regretter, écartés dès qu’ils ne présentèrent plus d’utilité pour les desseins hégémoniques du Grand Orient. L’auteur démonte les mécanismes du processus établi par le G :. O :. de F :. pour s’approprier en les dénaturant les rites maçonniques égyptiens.  Il remarque en effet que dès 1998, le Conseil de l’Ordre annonçait que « sa déclaration de principe :

         Inclura en outre le refus des postes ad vitam, les grades secrets, les pratiques occultes, les liens d’influence avec des structures non maçonniques, et des obligations religieuses… »

         Par cette phrase, le Grand Orient de France vient donc de s’interdire le respect des principes, l’accès à la nature et la pratique des Arcana Arcanorum, c’est-à-dire des trois ou quatre degrés terminaux, selon les cas, de l’Echelle de Naples, qui constituent le rite de Misraïm proprement dit.

         Cependant, Joseph Tsang Mang Kin est également lucide sur les erreurs et les inconséquences des animateurs des rites maçonniques égyptiens :

         « Comme la freemasonry au Royaume Uni, la Franc-maçonnerie française semble devenue une administration officielle. Elle fait désormais partie de l’Establishment et possède sa Nomenklatura. On sait aussi que, derrière la façade, les Obédiences sont diversement portées vers la laïcité, la symbolique, l’ésotérique ou les affaires. En face et à la différence de cette maçonnerie française officielle, qui fait front commun, il y a une Maçonnerie égyptienne, désunie mais présente en rangs dispersés. Elle est constituée de groupes disparates qui se réclament tous de Memphis-Misraïm, possédant de vrais ou faux Arcanes, se disant tous légitimes, et animés des meilleurs intentions et de la même volonté d’honorer le Rite. On y trouve de tout, des cabbales et même des sectes avec leurs gourous. Ils ne se parlent pas ou ne se reconnaissent pas. Ils se dénoncent, s’excommunient. Une grande partie rêve de reconnaissance coûte que coûte et vit douloureusement sa mise au rancart qui, admettons-le, dans nombre de cas, est amplement justifiée. »

         Le tableau est sombre. Cependant Joseph Tsang Mang Kin demeure optimiste et esquisse quelques pistes pour sauver ce rite « gênant mais convoité » dont celle, intéressante, d’un Réseau International de la Maçonnerie Egyptienne, RIME, rassemblant conservateurs, chercheurs, femmes et hommes de bonne volonté, les forces vives du Rite.

         Il conclut en répondant par ces mots à la question Que faire ? :

         « Il n’y a rien à faire. Il y a tout à faire.

         Il y a le wei, le mouvement de notre vouloir posé sur le temps qui coule, délébile, immobile, le fini dans l’infini.

         Il y a le wu-wei, la non-action, spirale de la nécessité, toujours en expansion, inexorable, l’infini dans le fini.

         En portant la démence des uns ou habitant le silence des autres, le Rite suit son cours, illisible. Ou presque…

         Puisse chaque Conservateur entrevoir les Plans parfaits de la Sagesse ! »

         C’est bien de Sagesse dont à besoin la Franc-maçonnerie, égyptienne ou non.

         A lire impérativement.

 

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Mardi 24 février 2009

Nouvelles Tentations

Le magazine culturel des plaisirs

 

 

En matière d’érotisme, c’est le site de langue française le plus intelligent du web. Il s’appelle Nouvelles Tentations. Tous les aspects de la sexualité et de l’érotisme sont abordés sans tabous avec culture, humour, légèreté ou sérieux selon les cas. L’iconographie, ancienne ou contemporaine, est superbe, jamais envahissante, laissant la part belle à un écrit élégant.

       L’érotisme célébré ici est un érotisme en liberté, non contraint, non conditionné. Aucune orientation sexuelle n’est oubliée. Pas de jugement, pas de prosélytisme. Contrairement à la pornographie, qui se réduit à l’acte, l’érotisme est un processus qui implique toutes les composantes de l’individu et qui invite à se rapprocher de soi-même à travers la célébration de l’autre. Une exploration que certaines cultures ont amenée jusqu’à un art véritable. Si l’érotisme demeure l’un des domaines les plus investis par les arts, de la peinture à la littérature, c’est parce qu’il est une composante essentielle de l’être en liberté et que son opération n’implique pas que le corps. « L’érotisme sans métaphysique conduit à la névrose. » dit Sarane Alexandrian et l’art est bien une métaphysique.

        De l’anatomie du sexe à l’histoire des pratiques sexuelles, Nouvelles Tentations tisse une indispensable culture de l’érotisme. En ce début du XXIème siècle, les occidentaux, hommes et femmes, se croient à tort libérés sexuellement alors que le corps est réduit, grossièrement ou subtilement, à l’état d’objet comme jamais auparavant. La culture, qui est ici en fait une contre-culture, peut seule apporter la lucidité et la présence nécessaires à la réappropriation de son corps et de son esprit. Cela n’exclut pas la fantaisie, la dérision, le décalage et le jeu, sexuel ou non, qui reste parfois la dernière subversion capable de réenchanter le monde.

        Les Nouvelles Tentations sont donc lucifériennes (et non sataniques, il faut toujours préciser pour les esprits bourgeois qui persistent à inventer et réinventer le diable et se multiplient par la rumeur). En ce sens, elles s’opposent à ce qui est pré-établi, annoncé à l’avance, figé ou fixé. Elles invoquent le choix et la liberté du choix dans les méandres serpentines de la psyché.

       Il ne reste vous plus qu’à « voir », « lire » et surtout « entendre » :

http://www.nouvellestentations.com/

 

 

 

 

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Mercredi 11 février 2009

Initiation amoureuse



        
Il était très attendu, depuis longtemps, le voilà enfin et c’est une réussite. Le livre de Diane Bellego, Maculin / Féminin, l’initiation amoureuse est paru chez Guy Trédaniel éditeur. L’objet lui-même est particulièrement soigné, l’auteur n’ayant rien laissé au hasard. Le livre est accompagné d’un CD audio de musiques et exercices.

         Il ne s’agit pas d’un essai sur le tantrisme traditionnel ou de l’une de ses vulgarisations qui ont fleuries ces vingt dernières années en Occident. Diane Bellego, qui a une authentique expérience tantrique et qui est portée par l’intuition de la conscience non-duelle, a conçu ce livre à partir de son expérience du couple. Professionnellement, depuis quinze années, elle a accompagné des couples, certains en perdition, d’autres déjà épanouis, vers une nouvelle aventure de réconciliation, en soi, en l’autre et dans le jeu divin de l’un et de l’autre.

         Il y aurait un parallèle à faire entre ce travail profond au coeur de l’intimité et la danse. Cela requiert à la fois détermination, lâcher-prise, amour, silence, courage, consécration... Diane Bellego excelle dans cet accompagnement vers soi-même.

         L’ouvrage, à la conception et aux propos tout à fait originaux, est organisé en vis-à-vis, en miroir et en croisements entre le masculin et le féminin. Le livre tisse, tout comme le travail suggéré. Le lecteur est conduit à se découvrir à travers les nombreuses vignettes rassemblées à partir de témoignages vécus qui viennent illustrer, pas à pas, les multiples facettes de l’initiation amoureuse. Il s’agit d’abord de prendre conscience de notre double polarité puis d’explorer notre ombre, l’ombre du féminin et l’ombre du masculin, nos blessures, les blessures du féminin (victime et honte), les blessures du masculin (culpabilité et impuissance). Puis vient « la mise en amour », l’approche des fonctions du féminin et du masculin « en vérité » puis de l’essence du féminin et de l’essence du masculin. Diane Bellego invite alors à la célébration du féminin et du masculin avant d’aborder les noces alchimiques, la fusion au coeur de la séparation.

         Diane Bellego aborde toutes les questions sans le moindre tabou, avec l’élégance requise pour traiter de l’intime. Elle relie toujours, et sans insistance, ce qui est en jeu, à des éléments traditionnels. Un exemple avec certaines significations alchimiques du sperme :

         « Le Sperme dans sa dimension divine est l’émission incarnée du Masculin Divin. Le Sperme porte la vision du Masculin. Il véhicule la conscience en transmettant le code de notre origine divine. Il porte le code de Dieu et l’histoire de la Déesse. Il transmet à travers ce code la conscience de nous-mêmes en tant que « semences d’étoiles » invitées à s’éveiller.

         Le Sperme, émission du Masculin, garde un contact de conscience avec son émetteur, tel un contact de conscience télépathique. Ce contact, cette forme de conscience, est généralement ignoré. En l’actualisant dans une relation amoureuse, le Masculin d’un homme prend conscience de lui-même par le reflet alchimique de la Yoni de la femme. Le Masculin de l’homme connaît et choisit son rêve qu’il transmet consciemment et amoureusement au féminin par son sperme afin que le Féminin le manifeste. Pour cette raison, le sperme détermine si un enfant sera mâle ou femelle. L’ovule reste le même, le sperme prend la décision. La décision est pour l’instant inconsciente. A nous de nous éveiller. Aux hommes de prendre conscience de la vision qu’ils portent. Ils peuvent le transmettre par leur Sperme et choisir de créer une terre de paix, de lumière et d’amour. Les femmes ont soif d’hommes dans la conscience aimante de leur action jusqu’à leur sperme. Les hommes ont soif de femmes dans la puissance consciente de leur amour.

         (...) la guérison du Sang des Lunes révèle la puissance qui y est cachée. Quand un Homme et une Femme dans une relation profonde et sacrée s’unissent et unissent le Sang des Lunes avec le Sperme, un mystère archaïque, un mystère des temps anciens est disponible. L’identité la plus intime de la femme et sa puissance sont transmises à l’Homme par l’explorateur qu’est le Sperme, la femme a accès à la conscience cellulaire de sa propre origine. Cela passe par une fréquence vibratoire  que la personnalité ne peut saisir. On dit qu’au temps de la déesse, l’union du Sang des Lunes et du Sperme était une clef de l’immortalité. »

         Le livre présente nombre d’indications alchimiques, sans les strates traditionnelles qui les rendent parfois incompréhensibles. Dans la plus pure tradition tantrique, Diane Bellego prend le désir comme lieu même de la conscience. Dans cette intensité là, elle part en quête de l’intervalle qui ouvre à toutes les libertés.

         Un très beau livre où se mêlent heureusement science et poétique de l’être.

Editions Guy Trédaniel, 19 rue Saint Séverin, 75005 Paris.

 

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Jeudi 29 janvier 2009

René Pons

 

         René Pons, tel un Ulysse des forêts, nous offre une perle imaginaire avec Une forêt de signes publié par Les Editions Le bruit des autres et la Galerie L’oeil écoute. L’ouvrage est illustré, mais c’est bien davantage qu’une illustration, par de magnifiques photographies de Magali Ballet.

         Tout commence par un conte initiatique des plus classiques :

         « Le prince Golaud, puissant et vêtu de cuir, erre dans la forêt, ayant perdu ses chiens. Cette forêt, il croyait la connaître, et voilà qu’elle se referme sur lui comme un piège. S’il était sur un plateau désert, peut-être un arbre solitaire, à l’horizon, lui servirait-il de repère, mais ici plus d’horizon, plus de direction.

         Une lumière diffuse s’insinue entre les hautes branches, tout juste capable de faire pâlir la pénombre. Des oiseaux crient et leurs cris résonnent comme sous une voûte, tantôt ici, tantôt là. L’air immobile, tout chargé d’une odeur d’humus et de champignon, est difficile à respirer. Sous ses pas, Golaud sent le grouillement de la vie, le vivant défait par la pourriture, la mort sinueuse qui glisse entre les racines. Autour de lui, le bas des troncs des plus grands arbres ressemble aux pattes figées de dinosaures paralysées, mais rien ne dit que ces pattes, soudain, ne vont pas se soulever pour écraser le prince errant.

         Golaud n’a pas peur, ou plutôt il se persuade qu’il n’a pas peur, c’est un homme courageux, mais peut-être croit-il aux maléfices, peut-être inconsciemment, sent-il qu’ici commence le malheur... »

         Le conte est aussi prétexte à une pensée originale de René Pons sur la littérature, la vie des mots, des phrases, des livres, les siens comme ceux des autres. Comment, par exemple, ces personnages, aventuriers, fous, errants... apparaissent-ils dans la conscience de l’auteur, nourris de ses angoisses, de ses peurs, de ses doutes, de ses cris, de ses désirs ? Comment l’écriture s’impose-t-elle à la conscience et au corps ?

         « Un jour, près d’une source, dans la forêt de ma perplexité, j’ai, moi aussi, rencontré cette nécessité d’écrire – ou plutôt de tracer, maculer – dont les yeux ne se fermaient jamais, l’immortelle nécessité sans fin recommencée, et au fond de ses yeux j’ai vu, faute de notes, se former des lettres, j’ai vu se commencer un texte dont je ne savais pas que son développement se terminerait avec moi, non pas que j’eusse grand-chose à dire, mais comme si je ne pouvais plus fermer les yeux de mon désir de tracer, comme si je ne pouvais plus détacher mes yeux des yeux immenses qui me regardaient, de ce regard qui m’enfermait dans une sorte d’autisme, m’intimant l’ordre d’écrire et me poussant dans une forêt de signes où je me suis perdu, d’où je ne sortirai qu’avec ma mort, une forêt où, sans me retourner je m’enfonce de plus en plus dans l’exaltation de l’obscur... »

         La forêt comme métaphore de la pensée. D’une forêt à une autre, René Pons définit ce qui fait l’auteur, ce qui le distingue de l’écrivain, de celui qui écrit en vain, de celui qui se demande comment il va remplir cette page blanche que l’éditeur attend. L’écriture est ici une ascèse laïque d’une grande puissance, puissance que l’on peut apprivoiser mais jamais dompter.

         Le travail de Magali Ballet relève de la même quête. Photographies et textes dansent ensemble pour célébrer le complexe et le simple dans le complexe, le chemin dans l’enchevêtrement. Le Noir & Blanc, l’argentique, sont porteurs d’ensorcellements, de tourbillons engendrés par le jeu subtil entre les miroirs des mots et les miroirs des images.

         « Si j’ai assimilé, nous dit René Pons, ce que représentent ces photos à mes obsessions, c’est parce que je suis persuadé qu’une oeuvre, quelle qu’elle soit, ne nous touche, aussi monstrueux que cela paraisse, que de la part de similitude avec notre moi conscient ou inconscient qu’elle contient. »

         C’est de la fonction même de l’art que nous entretient René Pons dans cet essai. Beau, vrai, profond.

Editions Le bruit des autres, 15 rue Jean-Baptiste Carpeaux, 87100 Limoges.

Site : www.lebruitdesautres.com

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Samedi 17 janvier 2009

Patrick McGoohan

 

L’ultime évasion

 

 

 

            Le prisonnier le plus célèbre du XXème siècle s’est évadé définitivement de ce monde ! En nous quittant au tout début de cette année, à quatre vingt ans, Patrick McGoohan scelle une véritable légende qui n’a pas fini de nous surprendre.

            Le Prisonnier, chef d’oeuvre télévisionnaire des années soixante, est devenu un véritable mythe donnant lieu à un grand nombre d’écrits et de travaux universitaires dans le monde. Nous avions dit, il y a plusieurs années, toute la force de cette métaphore[1] déroutante, aussi révélatrice dans le domaine des voies d’éveil que dans celui des chemins révolutionnaires car l’homme conscient n’a de cesse de se libérer,  que ce soit de l’oppression, de l’ignorance, de la bêtise étatique, de la régression par la consommation ou de l’illusion moïque.

            Le Prisonnier a inauguré de la manière la plus étonnante et la plus brillante qui soit de nouvelles modalités d’interrogation sur la vie, l’être et, la liberté, ces trois mots étant en essence synonymes. D’autres oeuvres visionnaires, comme Matrix des frères Wachowski ou Avallon de Oshi, ont depuis bousculé les réalités mouvantes pour tenter d’approcher le mystère du Réel dont Gilles Deleuze disait que c’était le seul véritable inconscient. Aucunes de ces oeuvres, aussi talentueuses soient-elles, n’ont développé la puissance paradoxale de la série dont Patrick McGoohan, rappelons-le, fut à la fois le concepteur, le réalisateur, le metteur en scène, le héros et... la victime puisque le succès de la série fut aussi important que l’incompréhension des spectateurs face à une fin « surréaliste » au sens où l’entendait André Breton, et non dans un sens commun devenu vulgaire à force d’emplois journalistiques hasardeux.

Le Prisonnier fut conçu comme « une énigme allégorique dont chacun devait donner sa propre interprétation » expliqua Patrick McGoohan[2]. Cinquante ans après l’apparition de cette improbable série dans le monde de l’image, elle demeure un pont entre les générations et un fil invisible qui relie entre eux tous ceux qui, rebelles, ne veulent pas accepter d’être réduits par qui que ce soit, pour quoi que ce soit.

Mais Patrick McGoohan ne fut pas que le héros des dix-sept épisodes de la série la plus envoûtante de la télévision. Il fut auparavant le personnage central de la série Danger Man, ou Destination Danger, qui lui avait déjà apporté la notoriété. Lauréat de deux Emmy Awards, équivalent des Oscars pour la télévision, McGoohan a joué également pour le cinéma : L'évadé d'Alcatraz avec Clint Eastwood en 1979, Braveheart de Mel Gibson ou encore Le droit de tuer? avec Samuel L. Jackson en 1996. Il aura finalement incarné Le Prisonnier toute sa vie, sans jamais pouvoir échapper à ce rôle hors norme. C’est sans doute parce que nous sommes tous des prisonniers. La métaphore télévisionnaire continuera dans l’avenir à nous renvoyer aux combats essentiels pour la liberté.

 

                                                                                                          Rémi Boyer

« Je suis un homme libre ET je suis un prisonnier... qui combat avec beaucoup de bonheur. Et cela est sans fin. Chaque jour est un commencement et, comme on dit, be seeing you. »

                                                                                                          Patrick McGoohan

 

 

 


 



[1] Du Prisonnier à Matrix par Rémi Boyer in Pris de Peur n° 15, Cordes-sur-Ciel, 2006.

[2] Dans un entretien accordé à Alain Carrazé pour le livre Le Prisonnier, chef d’œuvre télévisionnaire de Alain Carrazé et Hélène Oswald, aux Editions Huitième Art.

- Publié dans : Art
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